Texte intégral
Monsieur le Président,
Mesdames,
Messieurs,
Mes chers confrères,
C'est pour le ministre de la Santé un grand honneur – et, permettez-moi de le dire, un grand plaisir pour le médecin –, d'inaugurer avec vous ce matin la campagne annuelle de prévention de la Fédération Française de Cardiologie.
Je suis en effet, comme vous, profondément convaincu qu'il ne peut y avoir de politique de santé publique efficace sans dimension préventive forte et vous savez que j'ai, dès mon entrée en fonctions, fait de la prévention l'un des axes cardinaux de l'action de mon ministère.
Mais la prévention ne peut être une politique si elle n'est pas d'abord un comportement, une attitude générale envers le risque de la maladie, j'allais dire : un réflexe – réflexe du médecin bien sûr, mais aussi réflexe du public.
C'est précisément grâce à des actions de sensibilisation comme celle-ci que la prévention entre dans les faits, c'est à dire dans les mœurs ; et je veux ici rendre publiquement hommage à votre Fédération, dont l'expérience et le dynamisme sont pour les Pouvoirs Publics un atout inappréciable ; permettez-moi aussi de vous féliciter pour la remarquable qualité pédagogique de l'exposition que nous venons de voir.
Vous avez choisi, cette année, de consacrer votre exposition à la prévention des maladies cardio-vasculaires chez la femme.
"Cœur de femme : nous sommes protégées, sachons le rester" : le slogan de cette manifestation indique assez votre ambition.
Il ne faut pas, bien sûr, voir dans cet intitulé je ne sais quel sexisme à rebours.
Car les faits sont là, incontestables : la femme – le cœur de la femme – est relativement moins exposé au risque cardio-vasculaire que l'homme.
Les statistiques nous le disent: avant cinquante-cinq ans, les femmes ne représentent qu'un quart des patients souffrant d'affections cardio-vasculaires. Cet "avantage comparatif", si je puis m'exprimer ainsi, tend ensuite à s'amenuiser, mais sans jamais disparaître tout à fait. Même dans la vieillesse, les hommes et les femmes ne sont pas tout à fait égaux devant le risque cardio-vasculaire.
Merveilleuse inégalité, dira-t-on, dont nous autres, médecins et Pouvoirs Publics, ne pouvons que nous réjouir !
Tout est-il alors pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Certainement pas, et c'est ici que la démarche de cette exposition, de cette campagne, prend tout son sens.
Car les statistiques nous disent aussi que sur les 175 000 accidents cardio-vasculaires mortels qui surviennent chaque année en France, plus de la moitié affectent des femmes !
Tout se passe donc comme si les femmes, relativement bien protégées tant que durent la période ovarienne et le cycle austro-progestatif, payaient ensuite un lourd tribut à la maladie. Nous savons également, même si certaines données doivent être interprétées avec précaution, que le diagnostic de l'affection cardio-vasculaire est sensiblement plus difficile à poser chez la femme, malheureusement, certaines thérapeutiques donnent souvent de moins bons résultats que chez l'homme.
Pourtant, il n'y a aucune fatalité dans tout cela, et c'est pourquoi il n'est pas question de baisser les bras : d'abord parce que dans ce domaine comme dans les autres, la science ne cesse de progresser et de sauver des vies je n'en veux pour preuve que l'essor extraordinaire de la transplantation cardiaque au cours des dernières années; ou les avancées, sans doute très prometteuses à terme, de la génétique et de la biologie moléculaire.
Mais surtout, il faut dire et redire – et cette exposition le fait à sa manière, c'est à dire avec éloquence et clarté –, que s'il est vrai que la femme est spontanément, "naturellement", plus exposées aux maladies cardio-vasculaires au fur et à mesure que les années passent, cette tendance est aggravée par des facteurs de risque liés aux modes de vie et aux comportements.
Et c'est bien là qu'il faut agir, qu'il est urgent d'agir comme vous le faites grâce à cette campagne de sensibilisation on peut, on doit en effet pouvoir influer sur les attitudes individuelles, sur les comportements à risque, grâce à une pédagogie intelligente et un effort d'information mené sans relâche, ici même, mais aussi dans les écoles, sur les lieux de travail, dans les médias.
Chacun doit se convaincre que la responsabilité individuelle n'est pas un vain mot, que le risque de la maladie est aussi l'affaire de l'individu, même si la solidarité nationale ne doit jamais faire défaut lorsque la maladie survient.
Parmi les facteurs de risque des affections cardio-vasculaires, j'en retiendrai trois : la sédentarité bien entendu, il s'agit d'une évolution irréversible, inhérente à notre civilisation industrielle et urbaine ; mais chacun d'entre nous peut en atténuer les conséquences néfastes par la pratique d'une activité sportive ; les déséquilibres alimentaires : ici encore, chacun peut veiller à éviter les excès de sucre, de sel, et de graisses animales; dans les lieux de restauration collective, notamment dans les écoles où les habitudes alimentaires, bonnes ou mauvaises, se prennent si vite, vous savez que des efforts substantiels ont été menés ; ils devront continuer de l'être dans l'avenir, et être accentués chaque fois que cela sera possible, enfin, et ce risque-là est pour moi comme pour l'ensemble du Gouvernement, une préoccupation quotidienne le tabagisme.
Or le tabagisme ne cesse de s'étendre dans la population féminine : la consommation de tabac chez les femmes a augmenté de 30 % au cours des quinze dernières années.
Plus inquiétant encore : les femmes fument de plus en plus tôt : on estime aujourd'hui que les jeunes filles de 13 à 18 ans fument en moyenne plus que les garçons du même âge.
Si l'évolution devait se poursuivre à ce rythme, le risque de mortalité lié au tabac pourrait être multiplié par 20 chez la femme en l'an 2000 : mais je refuse de faire mienne cette perspective ; nous devons faire mentir cette sinistre logique statistique, et tout faire pour qu'il n'en soit pas ainsi.
Tout faire, et notamment dénoncer, en toutes circonstances, les dangers de l'association de la pilule et du tabac. Les effets néfastes de cette combinaison sont bien connus de tous les spécialistes, et je n'y insisterai pas : ce qu'il faut, c'est que chaque femme en prenne conscience, et sache qu'il dépend d'elle de modifier sa consommation de tabac en conséquence. Et plus tôt cette prise de conscience intervient, plus vite l'information est délivrée, – dès l'école, par exemple –, mieux cela vaut.
Cette tâche difficile et nécessaire, la modification des comportements individuels, ne peut être menée à bien sans une concertation approfondie entre les Pouvoirs Publics et les associations – au premier rang desquelles votre Fédération. Je veillerai à ce qu'elle se poursuive de manière régulière et soutenue, et vous pouvez être assurés que chacune de vos initiatives trouvera, comme celle qui nous réunit ce matin, toute l'attention qu'elle méritent auprès de mes services.
Pour l'heure, permettez-moi de vous féliciter encore pour cette initiative heureuse et de grande qualité puisse votre exposition rencontrer le plus large écho, et apporter sa pierre à cet édifice toujours inachevé qu'est la prévention en matière de santé publique !
Je vous remercie.