Texte intégral
Monsieur le Directeur général
Mesdames, messieurs,
J'ai tenu à vous rencontrer aujourd'hui lors de votre réunion annuelle avec la direction générale de la santé pour vous dire combien je suis consciente qu'au sein de mon département ministériel vous représentez les véritables messagers de la santé publique et donc l'importance que j'attache à votre mission.
Visitant ou inspectant régulièrement les établissements de votre circonscription, vous détenez mieux que personne d'utiles informations sur l'activité des services, le besoin en équipements, la qualité des soins qui y sont prodigués, les effectifs de personnel. Vous n'ignorez pas le souci du Gouvernement de procéder aux restructurations hospitalières, notamment dans le but d'offrir une qualité des soins égale pour tous et également pour assurer la pérennité de notre système de soins. Vous avez une responsabilité particulière non seulement du fait de votre connaissance du terrain, mais aussi parce que vous avez été formés dans les facultés de médecine et dans les hôpitaux et qu'il y a entre vous et l'hôpital une complicité. Aussi n'est-ce pas le hasard si vous vous réunissez en ce moment dans un amphithéâtre de la faculté de médecine au sein d'un hôpital.
Cette complicité vous donne un atout que personne ne peut vous contester ; vos rapports privilégiés avec les praticiens. Certes par eux vous obtenez des informations que seul un médecin peut obtenir. Mais surtout c'est en recueillant leurs observations et en les informant à votre tour que vous pouvez faire évoluer les mentalités. J'en veux pour preuve les efforts considérables qui ont été faits pour réaliser les projets d'établissement ou les projets de service et je ne peux ici que vous en remercier.
Pour autant vos relations confraternelles ne se limitent pas aux institutions publiques. Elles doivent s'élargir aux médecins de ville, en particulier par l'intermédiaire des conseils de l'ordre et des représentants professionnels. Le développement de la médecine ambulatoire en effet vous donne l'occasion de resserrer les liens entre les établissements et les médecins de ville, en particulier les généralistes.
Par votre formation spécifique vous êtes, au cœur des problèmes : ceux de la médecine et donc des pathologies, des diagnostics, et des thérapeutiques ; également ceux de l'économie de la santé. Vous savez combien il a été difficile de faire admettre dans le milieu médical la notion de coût les soins. Je me réjouis que le corps médical se sente de plus en plus concerné par la maîtrise médicalisée des dépenses de santé. Je souhaite que ce ne soit pas seulement les médecins libéraux mais également les médecins hospitaliers. Vous pouvez agir pour cela dans les différentes instances que vous fréquentez.
Naturellement votre rôle ne se limite pas à la maîtrise médicalisée des dépenses de santé et la planification hospitalière. J'attends de vous bien autre chose ; messagers de la santé publique comme je l'ai dit, cela vous amène à repenser sans cesse l'orientation de votre travail quotidien pour l'adapter aux besoins prioritaires.
Certes vous êtes depuis longtemps familiarisés avec les maladies à déclaration obligatoire. Votre expérience et votre contribution active dans le domaine du SIDA permettent de connaître la situation épidémiologique quasiment en temps réel et de prendre les mesures qui s'imposent : ainsi, le nombre de départements concernés par le programme de prise en charge des personnes atteintes par le VIH va doubler passant de 20 à 40.
Des recrudescences de la tuberculose apparaissent ou réapparaissent, notamment dans les établissements pénitentiaires, et imposent un dépistage : il sera facilité par la loi que je vais prochainement défendre devant le Parlement.
Mais je sais que précisément dans le domaine de l'épidémiologie, nous avons encore des progrès à faire dans le recueil et l'exploitation des données existantes ; vous dénoncez parfois la difficulté d'obtenir des informations détenues par les caisses d'assurance maladie ; je m'emploierai à ce que ces données soient plus transparentes et que les rapports avec les médecins conseils soient une source de complémentarité.
J'ai retenu de vos travaux, le souci que vous avez qu'il soit mis l'accent sur l'observation de l'état de santé de la population, que nous devons adapter aux évolutions constatées. L'augmentation du nombre des plus démunis aussi bien que l'ampleur de la toxicomanie posent des problèmes auxquels nous ne pouvons rester indifférents. C'est bien pour répondre à ces nouveaux fléaux que j'ai décidé de développer une politique de proximité dans les villes et les quartiers.
L'observation c'est aussi, être en alerte afin de maîtriser tout incident anormal susceptible d'entraîner un risque pour la santé. Cette vigilance a déjà fait la preuve de son efficacité dans différents domaines.
Je n'en donnerai qu'un exemple concernant la dernière épidémie de listériose, maladie qui touche non seulement les adultes mais également les enfants in utero ; le réseau mis en place permet désormais de déceler très rapidement les dangers d'un produit ou d'un matériel biomédical. C'est un succès dont nous pouvons nous féliciter mais qu'il nous faut désormais conforter : et je compte sur vous pour améliorer encore l'efficacité du système mis en place.
Enfin je voudrais insister sur votre active contribution dans les deux domaines suivants : la prévention et l'évaluation.
La prévention primaire, la lutte contre le tabac et l'alcool, représente une activité que vous connaissez bien parce que déjà ancienne et constamment entretenue. Les actions de dépistage vous sont moins familières. Or le dépistage du cancer du sein a récemment fait l'objet d'une évaluation positive dans les sites expérimentaux ; un cahier des charges pour de nouveaux sites est en cours d'élaboration par le haut comité de la santé publique. Vous serez amenés à coordonner les acteurs de ces campagnes dont les femmes attendent beaucoup.
L'évaluation, notion plus récente dans le domaine de la santé, fait partie de vos nouvelles attributions : elle doit porter non seulement sur les structures mais également sur les pratiques cliniques et les actions de santé publique.
Votre décret statutaire, du 7 octobre 1991 prévoit en effet que « les membres du corps des médecins inspecteurs de santé publique participent à la conception, à la mise en œuvre à l'exécution et à l'évaluation de la politique de santé publique ». Des projets sont en cours visant à associer dans cette démarche la direction générale de la santé, l'échelon régional et l'école nationale de santé publique.
Je n'ignore pas que vous êtes encore trop peu nombreux pour répondre à un programme aussi ambitieux.
En 1992, le nombre de postes mis au concours a été de 40, en 1993 il est de 73 en deux sessions. C'est là monsieur le directeur général un effet des recommandations de votre rapport.
Vous êtes heureusement un corps jeune, mature et dynamique puisque que beaucoup d'entre vous sont loin sinon très loin de la retraite.
Dans divers rapports, l'inspection générale a insisté sur la nécessité d'un renforcement de vos effectifs tant à l'administration centrale que dans les services déconcentrés. Ces effectifs de la direction générale de la santé ont récemment augmenté et l'apport des médecins inspecteurs y est précieux. Pour autant je n'oublie pas les services déconcentrés et je sais que dans certains départements il n'y a pas un seul médecin inspecteur. Il s'agit certes d'un cas rare mais qui montre le chemin qui nous reste à accomplir.
Enfin, je connais vos préoccupations concernant la création d'agences ou d'établissements publics.
La situation doit être claire : le rôle de l'État, que vous représentez, doit être affirmé voire réaffirmé, dans toutes les décisions qu'il prend, dans les missions qu'il se donne, dans les crédits qu'il affecte. Mais l'État ne peut et ne doit pas tout faire ; certaines attributions très techniques ou purement opérationnelles peuvent être mieux exercées par des organismes spécialisés. Il faut donc collaborer avec eux en réservant aux structures proprement ministérielles le rôle d'animation, de coordination et d'orientation.
Une circulaire sur vos missions est en cours de préparation. Mais le projet définitif devrait s'enrichir de vos discussions d'aujourd'hui, et je vais demander qu'on la soumette à ma signature le plus rapidement possible.
Le renforcement du rôle de l'État en matière de santé publique est une nécessité pour surveiller l'apparition des nouvelles pathologies, prévenir et prendre en charge les maladies, garantir l'adaptation de notre dispositif sanitaire à l'évolution des besoins et des technologies dans un environnement financier dont vous connaissez les contraintes.
Médecins inspecteurs de santé publique, vous êtes, par nature, au premier rang dans la mise en œuvre de ces compétences nouvelles.
Vos responsabilités sont grandes. Soyez assurés de ma confiance et de mon soutien dans votre action.