Déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur les relations entre la France et l'OLP, et sur l'accord entre Israël et l'OLP, Paris le 22 octobre 1993.

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Circonstance : Visite de M. Yasser Arafat, président de l'OLP, à Paris le 22 octobre 1993

Texte intégral

Monsieur le président,
Madame,
Mesdames, Messieurs.

Chacun le sent bien autour de cette table, ce dîner qui réunit autour de vous, Monsieur le Président, qui réunit autour de vous, Madame, de nombreuses personnalités de la vie politique, des entreprises, du journalisme, de toutes les catégories de la vie publique française n'est pas un dîner tout à fait comme les autres. J'y ressens pour ma part, une charge émotionnelle toute particulière que je n'éprouve pas toujours lorsque j'officie dans ces grands salons. C'est d'abord l'émotion, Monsieur le Président, de voir que ce que nous souhaitions tous ici, je crois depuis si longtemps et si profondément au fond de nous-même, est en train de se réaliser. C'est-à-dire le miracle de la paix. Et c'est aussi l'émotion d'être à côté d'un homme courageux qui a voulu cela aussi au fil des décennies, au fil des années, qui vient de prendre des risques considérables pour aller sur ce chemin de la paix, et dont nous saluons ici la présence à nos côtés, avec cette charge particulière que j'évoquais tout à l'heure dans la voix et dans le cœur.

Pour vous, Monsieur le Président, ce n'est pas la première visite à Paris. Il y a quatre ans et demi je crois, vous étiez déjà parmi nous. Que de chemin parcouru depuis cette date. Vous le savez, la France, depuis près de trois décennies a été constamment aux côtés des Palestiniens, elle a constamment soutenu le droit de votre peuple à déterminer son avenir, elle a constamment reconnu la place éminente que vous occupiez vous même à la tête de l'Organisation de libération de la Palestine.

Et cela, faut-il le rappeler, sans rien renier de son attachement à Israël, de sa compréhension pour le désir de sécurité de ce peuple, de sa double conviction qu'Israël et l'Organisation de libération de la Palestine ne pourraient indéfiniment se combattre ou même s'ignorer. Tel est bien là l'esprit dans lequel s'est ouvert, il y aura dans quelques jours deux ans, le processus de paix, avec ses deux voies indissociables, bilatérales et multilatérales.

Processus laborieux, parfois décevant, souvent remis en cause, mais auquel la déclaration de principes négociée à Oslo et signé à Washington le 13 septembre est venu donner l'élan nécessaire. On a ainsi vu consacrer ce que la diplomatie française appelait de ses vœux depuis 1967, à savoir le dialogue direct entre Israël et l'OLP. 

Votre courage, votre clairvoyance, Monsieur le Président, ainsi que celle de M. Rabin et de M. Peres ont permis cet accord qui fait que, selon la formule traditionnelle, rien ne sera plus désormais comme avant.

Que sera cet avenir, dont Israéliens et Palestiniens débattent désormais face-à-face ? Vous connaissez la vision que s'en fait la France, de manière constante depuis le Général de Gaulle, et qui est conforme aux résolutions des Nations unies un État israélien assuré d'exister à l'intérieur de frontières sûres et reconnues. Un peuple palestinien libre de choisir son destin, et d'acquérir les structures fondamentales de l'État moderne qui sont un territoire clairement défini, une nation rassemblée, des institutions pleinement représentatives.

L'avenir que la France souhaite aux Palestiniens, c'est surtout la réconciliation des peuples enfin apaisés après un siècle de tensions, d'affrontements, de guerres ouvertes. C'est une coopération entre les Palestiniens, les Israéliens et leurs voisins librement acceptée et tout entière tournée vers le développement régional, la prospérité de tous, le retour des réfugiés et des exilés. C'est un Proche-Orient renonçant au surarmement, débarrassé des armes de destruction massive, jouant son rôle par chacune de ces composantes, dans le concert des nations, parce que la paix y serait assurée à tous.

La tâche est immense et vous le mesurez mieux que quiconque, Monsieur le Président. Des questions fondamentales restent à régler, à commencer par la plus sensible de toutes, celle qui concerne, au-delà des habitants du Proche-Orient, tant de millions de croyants à travers le monde, je veux parler bien sûr de Jérusalem, sacrée aux yeux de trois religions, et pour laquelle la France a, de par l'histoire, des devoirs particuliers.

Nous savons, je le répète, que la route sera longue et difficile, au-delà des manifestations de joie et de notre optimisme commun au lendemain de ces accords historiques. L'essentiel du travail est devant vous et devant nous. Rien n'est définitivement gagné. Il nous faudra être attentif à chaque étape, à chaque détail. Nous devrons veiller tous ensemble à ne pas nous décourager lorsque les obstacles se feront jour, ni même lorsque les actes de violence surviendront, comme le lâche assassinat qui hier est venu vous frapper dans votre amitié pour Assad Saftaoui.

La France, vous le savez, Monsieur le Président, le Président de la République, Le Premier ministre vous l'ont dit aujourd'hui, je vous le répète ce soir, – la France sera à vos côtés dans tous ces instants de réussite mais aussi de difficultés. Son attachement à votre région et au succès de votre entreprise fait que vous trouverez en elle une alliée et une amie –, aussi bien des bons que des mauvais jours. Nous vous aiderons avec nos moyens et notre capacité de mobilisation, à gagner votre avenir de paix et de prospérité.

Le défi que vous allez relever avec l'appui de la Communauté internationale et celui de la France n'est pas seulement économique, il est aussi politique. Nous attendons de vous, Monsieur le Président, que vous représentiez au Proche-Orient tout entier un nouvel exemple de démocratie.

Je lève mon verre à la santé du Président Arafat, à la santé de son épouse, des personnalités qui l'accompagnent, à la paix au Proche-Orient tout entier, à l'amitié demain comme hier au peuple palestinien et du peuple français, et au succès des négociateurs désormais résolument engagés sur le chemin de la paix.