Déclaration à la presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur les relations franco-russes, l'aide française au démantèlement des armes nucléaires et la sécurité européenne, Paris le 20 octobre 1993.

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Circonstance : Visite de M. Andrei Kozyrev, ministre des affaires étrangères de Russie, le 20 octobre 1993

Texte intégral

J'ai été très heureux de pouvoir m'entretenir avec M. Kozyrev, qui est en visite officielle en France. Nous avions eu précédemment, à de multiples reprises, l'occasion de nous entretenir en marge de réunions multilatérales, notamment à New York. Cette fois nous avons eu, dans un autre cadre, un très long entretien bilatéral qui est un peu un prélude comme l'ont été cet après-midi les conversations de M. Kozyrev avec le Président de la République et le Premier ministre qui donne un nouvel élan à nos relations, ce qui sera marqué par le déplacement de M. Balladur au début du mois de novembre à Moscou. Nous avons évoqué de très nombreux sujets de caractère bilatéral. Nous avons également fait le point de grands sujets internationaux et de la manière dont nous voyons la future architecture européenne. Sur bien des sujets, nous avons constaté une très grande similitude de pensées : je pense que la France et la Russie peuvent, dans bien des domaines, resserrer leurs liens et prendre des initiatives communes profitables à la paix.

J'ai évidemment renouvelé c'est par là que j'ai commencé tout à l'heure pendant l'entretien et je finis par ce point le soutien de la France au processus de réforme et de démocratisation qui est en cours en Russie. Vous le savez, nous avons été parmi les tous premiers, lorsque les derniers événements de Moscou ont été connus, à apporter notre soutien au Président Eltsine et à son gouvernement. (...)

Question : Comment peut-on traduire concrètement le programme d'aide française au démantèlement des armes nucléaires russes et, de façon générale, la France va-t-elle continuer à aider la Russie ?

Le ministre : Puisque vous souhaitez des chiffres, je voudrais vous rappeler que la France a mis en place une enveloppe de 400 millions de francs pour les prochaines années, de façon à contribuer au démantèlement de certains armements nucléaires. Les accords que nous allons signer dans un instant avec A. Kozyrev portent sur une première tranche de 160 millions affectés, comme le ministre russe vient de le dire, d'abord à des conteneurs et ensuite à l'acquisition de machines-outils permettant de manipuler les matières en question.

Permettez-moi d'ajouter juste un petit mot. La France essaie d'aider la Russie à la mesure de ses propres moyens, qui ne sont pas illimités, mais il y a quand même une petite caractéristique de l'aide française sur laquelle je voudrais insister : c'est que vraisemblablement, c'est celle qui se concrétise le plus vite et dont le taux de réalisation est le plus élevé. Autrement dit, il ne suffit pas d'annoncer, encore faut-il réaliser.

Question : Partagez-vous les réticences de la Russie à une adhésion de certains pays d'Europe centrale et orientale à l'OTAN et que pensez-vous des déclarations américaines à la réunion des ministres de la Défense de l'OTAN à Travemünde ?

Le ministre : Je me suis déjà exprimé sur ce sujet. Vous savez que nous sommes en train de préparer le sommet de l'Alliance qui doit avoir lieu le 10 janvier. Ce que j'ai dit à M. Kozyrev, et là-dessus nos préoccupations se rejoignent, c'est que nous voulons travailler bien entendu, les uns et les autres, à la stabilité de l'ensemble du continent européen, sans pour autant recréer d'une autre manière des camps antagonistes, des blocs ou des frontières artificielles.

Je pense que la bonne démarche, c'est d'abord d'essayer de régler les problèmes les plus sensibles qui se posent aujourd'hui ce sont les problèmes des minorités et c'est là que l'on retrouve à la fois le rôle de la CSCE et de l'initiative Balladur, devenue une initiative à Douze, sur le pacte de stabilité en Europe. Ceci m'a fourni l'occasion d'en exprimer l'esprit, et d'en expliquer les buts pour ce qui concerne l'Alliance.

Comme je l'ai indiqué, avant de s'engager dans un processus d'élargissement, faisons donc fonctionner ce qui existe, en particulier le conseil de coopération, le CCNA (ou le NACC en anglais). C'est par ce biais-là que les évolutions nécessaires pourront être préparées.

Question : Et la célébration du centenaire de l'Alliance franco-russe ?

Le ministre : Mon ami Kozyrev ira célébrer demain cet anniversaire en visitant l'exposition « Les Tsars et la République ». Il le disait tout à l'heure lui-même dans notre conversation autour de la table, cette célébration n'est évidemment dirigée contre personne, elle marque notre commune volonté d'aller de l'avant dans une coopération qui, j'en suis sûr, peut être très fructueuse.