Texte intégral
7 septembre 1993
RTL
J.-J. Bourdin : Michèle Alliot-Marie, vous venez d'avoir une réunion importante avec Jean Fournet-Fayard, président de la FFF, et Noël Le Graët, le président de la Ligue nationale de football. Qu'avez-vous décidé ?
M. Alliot-Marie : Eh bien d'une part nous avons examiné les circonstances de la décision de l'UEFA, d'autre part nous avons envisagé ses conséquences sur l'OM et sur le football français. En ce qui concerne l'OM, je crois que tout le monde regrette la décision. Ceci dit, moi ce qui me paraît très positif, c'est de voir tous les Marseillais, pas seulement les Marseillais d'ailleurs, l'ensemble des Français finalement, se retrouver autour de ce club pour l'encourager, pour lui dire qu'il convient qu'il continue de jouer, et de représenter à la fois une grande équipe, d'exister, de représenter une grande équipe en France et de représenter également la France à l'étranger. Alors nous avons essayé de voir quelles étaient les conséquences notamment financières, et pour ma part je souhaite et je suis persuadée qu'il y aura les concours économiques nécessaires pour continuer.
J.-J. Bourdin : Le club va être aidé, Michèle Alliot-Marie ?
M. Alliot-Marie : Je crois que le club aujourd'hui avait déjà quelques difficultés. Mais je crois qu'il y a aussi beaucoup d'organismes, à la fois privés et pour certains publics, qui ont déjà joué. Je pense qu'ils continueront à jouer, parce que l'OM est une grande équipe et ce n'est pas parce qu'il y a une décision qui le touche, qui l'empêche de participer à certaines compétitions, que ça ne demeure pas une grande équipe.
J.-J. Bourdin : Michèle Alliot-Marie, parlons de la Coupe d'Europe des Clubs Champions. L'OM donc est exclu de la Coupe d'Europe. Un club français participera à cette Coupe d'Europe des Clubs Champions ?
M. Alliot-Marie : C'est ce que je souhaite, et c'est ce qu'ont déclaré le président de la Fédération et le président de la Ligue tout à l'heure. Et…
J.-J. Bourdin : PSG ?
M. Alliot-Marie : Ah ! Je ne sais pas qui. Ensuite ils verront les différents intéressés. Je sais simplement que PSG a décliné la possibilité de se substituer à l'OM.
J.-J. Bourdin : Alors Jean Fournet-Fayard vient de faire une déclaration sur la première chaîne de télévision. Il dit : PSG est le club qui a terminé deuxième lors du dernier championnat, c'est donc à lui de participer à la Coupe d'Europe des Clubs Champions et s'il le faut nous l'obligerons à participer à cette Coupe d'Europe.
M. Alliot-Marie : Écoutez, ça c'est un problème qui est à régler au sein de la fédération et au sein de la Ligue. En ce qui me concerne je souhaite que la France soit présente. Et maintenant, je n'ai jamais vu effectivement obliger un joueur à jouer quand il n'en a pas envie. Mais ce qui me paraît très important dans cette affaire, encore une fois, c'est que la France continue à montrer son football au rang international, et à le montrer sur son côté positif. On a trop parlé ces temps-ci des hooligans, on a parlé d'affaires etc. Nous essayons, quand des problèmes se posent, de les régler, notamment sur les hooligans nous avons pris un certain nombre de décisions, je vais déposer un projet de loi. En ce qui concerne l'affaire OM-Valenciennes, je crois qu'elle est traitée sur le plan de la justice et donc je ne me prononcerai pas. J'ai simplement dit que si la justice est amenée à dire qu'il y avait eu des fautes, eh bien je souhaitais qu'il y ait des sanctions. Et par ailleurs, je voudrais vraiment que l'on parle de ce qui marche bien dans le football. Et ce qui marche bien c'est le fait qu'il y ait davantage de spectateurs qu'il n'y en a eu, qu'en deuxième division… 50 % de spectateurs en plus, que les finances des clubs marchent bien aussi, et j'espère surtout que notre équipe de France va gagner demain à Helsinki. Ça nous le souhaitons parce que c'est une très, très bonne image. On a besoin de se remonter un peu le moral.
H. Beroud : Madame Alliot-Marie, tout de même vous dites, tout le monde doit rester derrière l'Olympique de Marseille. Mais il n'y a pas encore de décision de justice, l'OM a peut-être été coupable de cette affaire de corruption !
M. Alliot-Marie : Alors écoutez, tant qu'il n'y a… Je crois qu'il y a plusieurs choses. Il y a d'abord effectivement le fait que tant qu'une décision de justice n'est pas intervenue nous ne savons pas qui est coupable et qui ne l'est pas. D'autre part je crois qu'il convient également de distinguer entre des fautes qui ont pu être commises par certains et les conséquences qu'elles doivent avoir et puis d'autre part la qualité d'une équipe. Or personne je crois ne niera que l'OM est une grande équipe.
J.-J. Bourdin : Un mot sur le référé de Bernard Tapie ? Il a peu de chances d'aboutir ?
M. Alliot-Marie : Écoutez, comme juriste, comme professeur de droit, je vois mal dans le droit français comment ce référé pourrait aboutir.
J.-J. Bourdin : Rien de plus Michèle Alliot-Marie ? Prochaine réunion avec les dirigeants du football français, avec Bernard Tapie peut être ?
M. Alliot-Marie : Nous nous reverrons avec les dirigeants du football français, et nous nous reverrons d'une façon positive. Parce que je crois qu'après toute l'hypermédiatisation de ce qui ne marchait pas, et qui a probablement d'ailleurs compté également dans la décision de la Fédération européenne, je souhaiterais qu'il y ait une grande campagne de communication sur ce qui marche dans le football français et sur ce qu'il peut représenter comme idéal et également comme modèle. Alors j'espère que vous vous y associerez également.
J.-J. Bourdin : Pour terminer, un club français à la place de l'OM en Coupe d'Europe des Clubs champions, c'est pratiquement sûr ?
M. Alliot-Marie : C'est pour ma part ce que je souhaite. Ensuite encore une fois c'est à la Fédération et à la ligne de faire des propositions.
J.-J. Bourdin : Michèle Alliot-Marie, merci beaucoup.
M. Alliot-Marie : Je vous en prie.
J.-J. Bourdin : Merci à bientôt.
7 octobre 1993
RTL
J. Esnous : Philippe Caloni, vous avez en ligne maintenant le ministre de la Jeunesse et des Sports, madame Michèle Alliot-Marie.
P. Caloni : Madame le ministre, bonjour.
M. Alliot-Marie : Bonjour.
P. Caloni : Alors c'est un titre de France-Soir de ce matin, les hooligans taclés par le gouvernement, alors "taclé", c'est un terme de football. Les hooligans, on les appellera des voyous, ce n'est pas mieux non ?
M. Alliot-Marie : Oh, je crois que c'est aussi bien, oui. Mais c'est plus français en tous les cas.
P. Caloni : Est-ce que vous pensez, Michèle Alliot-Marie, que ces mesures qui… Décidées par le gouvernement pour essayer de faire que les stades ne soient plus forcément des champs-jeux de bataille, sont applicables ou pas ? Est-ce qu'on peut les appliquer ?
M. Alliot-Marie : Bien entendu. D'ailleurs ça a été un des soucis du groupe de travail que de prendre des mesures qui soient immédiatement applicables et des mesures qui effectivement soient très concrètes et notamment la peine complémentaire d'interdiction de pénétrer dans les stades qui est une mesure préventive importante, s'accompagnera par exemple de la possibilité de convocation à l'heure du match des sanctionnés dans un commissariat.
P. Caloni : Oui, mais Michèle Alliot-Marie, ce sont des mots pour l'instant. Comment voulez-vous d'abord fouiller tous les gens qui vont entrer dans un stade type Parc des Princes et puis après convoquer ceux qui pourraient être suspects dans un commissariat à l'heure du match ? Il faut ouvrir des commissariats…
M. Alliot-Marie : Ah, non, non. Attendez, là, je crois que vous confondez plusieurs choses. Il y a deux types de mesures. D'une part, il y a cette mesure préventive qui consiste lorsque des gens bien connus ont été arrêtés et sont condamnés pour des violences commises dans le stade de leur interdire de pénétrer de nouveau dans un stade pendant un certain temps et cette mesure-là très concrètement nous la mettons en œuvre par exemple en les faisant convoquer à l'heure du match dans un commissariat et il y a des peines lourdes qui sont adjointes à cela, s'ils ne se rendaient pas à cette convocation dans le commissariat. D'autre part, il y a des pénalités dissuasives, je dirais, pour ceux qui effectivement essaieraient de pénétrer dans le stade, soit en état d'ivresse, soi essaieraient d'y faire pénétrer des objets destinés à servir d'arme en quelque sorte, contre d'autres supporters, contre des joueurs, etc. Nous l'avons vu hélas, au cours des dernières manifestations, et là effectivement, quand on les attrape, et on les attrape, la preuve, c'est qu'il y en a un certain nombre qui sont déférés devant la justice à la suite des derniers événements, eh bien les peines sont effectivement très, très lourdes, et je pense que c'est dissuasif. Et puis il y a un certain nombre d'autres mesures, que nous sommes en train en complément de mettre au point, mais ces mesures-là ne sont d'ordre législatif.
P. Caloni : Alors Michèle Alliot-Marie, pourquoi le football ?
M. Alliot-Marie : Pourquoi le football ? Ce n'est pas le football d'abord qui est précisément visé dans cette loi, c'est l'ensemble des sports, l'ensemble des manifestations sportives.
P. Caloni : Bien sûr, mais ces voyous…
M. Alliot-Marie : Je crois qu'il faut être très net, mais c'est vrai que nous avons assisté à ces débordements et à ces violences au cours des dernières manifestations sportives à l'occasion de match de football.
P. Caloni : Alors pourquoi ? Est-ce qu'on a un commencement d'explication à ce phénomène. Pourquoi est-ce que c'est sur le football que s'agrègent les voyous ?
M. Alliot-Marie : C'est sur le football depuis des années que s'agrègent les voyous. Nous avons des comptes-rendus de journaux de début du siècle qui montrent qu'en Grande-Bretagne par exemple, des voyous de même type à l'issue de matchs de football allaient détériorer tous les chemins de fer qui passaient à leur proximité. Donc c'est un très ancien phénomène, un phénomène de foule parce que c'est vrai que le football entraîne davantage de spectateurs que n'importe quel autre sport, et il y a là une sorte de phénomène de défoulement et en même temps d'agressivité à l'égard de la société.
P. Caloni : C'est donc un…
M. Alliot-Marie : Je dirais d'ailleurs une chose, c'est qu'au cours de ces dernières années, il est certain que la grande médiatisation, le rôle de la télévision a joué aussi un rôle. C'est aussi une excitation supplémentaire si vous voulez que de faire ça sous l'œil de la caméra.
P. Caloni : Oui, mais Michèle Alliot-Marie, lorsqu'il y a, mais ça, je vais évoquer un sport que vous connaissez bien, filialement parlant, lorsqu'il y a la finale du championnat de France de rugby au Parc des Princes, lorsqu'il y a un match du tournoi des Cinq Nations, le Parc des Princes est rempli et ce n'est pas pour autant que lorsque les spectateurs sortent ils cassent tout.
M. Alliot-Marie : Non, c'est vrai, l'ambiance d'ailleurs est très, très différente. Moi, je la ressens, je dirais, chaque fois que je pénètre par exemple au Parc des Princes. Je crois que cela peut venir du fait que le rugby est finalement un sport beaucoup plus provincial et souvent un sport je dirais de commune petite, ou de moyenne importance. Le football même s'il est réparti sur l'ensemble du territoire est aussi un phénomène très urbain. Et je pense que ce sont un certain nombre des problèmes de la ville d'ailleurs qui s'expriment à travers ces phénomènes des violences.
P. Caloni : Une dernière chose, madame Michèle Alliot-Marie, je sais que vous allez tout à l'heure passer devant la commission des finances, pour défendre votre budget, budget de la jeunesse et des sports. Alors est-ce que comme tous les autres ministres vous allez dire, je n'ai pas assez de sous ?
M. Alliot-Marie : Oh, je ne vais pas dire que je n'ai pas assez de sous. Je crois qu'avec le budget que j'ai cette année, je pourrais engager assez nettement la politique que je souhaite, et puis, plus j'aurai d'argent et plus j'en ferai. Mais je dirais que j'ai la pu cette année garder tous les cadres sportifs mis à disposition du mouvement sportif. C'est quelque chose d'important pour la… dynamisation… Pardon…
P. Caloni : Oui, il est sept heures cinquante-sept.
M. Alliot-Marie : J'ai également pu obtenir que le Front national de développement du sport soit garanti à hauteur de huit cent cinquante millions. J'ai également la possibilité de mettre en la politique de formation et la création de contrats d'apprentissage aux métiers du sport qui vont déboucher, je pense, sur deux ans, à la création de dix mille emplois destinés à des jeunes qui s'intéressent aux sports. Je pense que ce sont là des éléments positifs dans ce budget.
P. Caloni : Bon, aller en dix secondes, Michèle Alliot-Marie, le Grand Stade, c'est définitif quand ?
M. Alliot-Marie : Oh, vers la fin de cette semaine puisqu'aujourd'hui nous sommes en train de travailler très activement avec mon équipe pour réunir toutes les confirmations et toutes les précisions que souhaitait le Premier ministre avant que la décision soit définitive.
P. Caloni : Merci madame le ministre.
M. Alliot-Marie : À bientôt. Au revoir.
J. Esnous : Merci beaucoup.