Déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur l'ordre du jour du prochain Conseil européen, la mise en place de l'union européenne et la suspension de l'aide humanitaire dans l'ex-Yougoslavie après de graves incidents, Luxembourg le 26 octobre 1993.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Conseil affaires générales à Luxembourg le 26 octobre 1993

Texte intégral

Q. : Qu'attendez-vous du prochain Conseil européen ?

Le ministre : Ce Conseil sera consacré quasi exclusivement au « lancement », si je puis dire, de l'Union européenne, maintenant que l'ensemble des États membres ont déposé les instruments de ratification du Traité de Maastricht, et donc l'ambition de ce Conseil européen est celle-là, elle est forte mais elle est limitée à cet ordre du jour. À ce titre, nous parlerons de la mise en œuvre de la deuxième phase de l'Union économique et monétaire sur laquelle les ministres de l'Économie et des Finances se sont mis d'accord hier cela ne pose plus problème, nous parlerons également de la mise en œuvre de la politique extérieure et de sécurité commune avec une liste d'actions communes prioritaires concernant en particulier le Proche-Orient, l'aide à la Russie et également la situation dans l'ex-Yougoslavie, plus le Pacte de stabilité qui sera une des initiatives fortes de l'année 1994, et enfin de la mise en œuvre du troisième pilier, c'est-à-dire les affaires intérieures et de justice.

Voilà l'objet de ce Conseil européen. Il faut en attendre ni plus, ni moins. C'est l'affirmation très claire que l'Union européenne est en route.

Q. : Vous attendez en fait des douze chefs d'État et de Gouvernement la réaffirmation des objectifs de Maastricht, parce qu'on a vu qu'il y avait des doutes, après les tempêtes monétaires, après l'article de John Major notamment ?

Le ministre : Vous êtes en train d'illustrer la nécessité et l'intérêt de ce Conseil par votre question même. Il y a eu beaucoup de doutes, eh bien, il s'agit de lever les doutes et dire maintenant l'Union européenne, c'est parti. C'est cela l'objet de ce Conseil, les autres sujets sont inscrits à l'ordre du jour du Conseil européen ordinaire du mois de décembre.

Q. : Sur une initiative franco-allemande, on en parle beaucoup dans les couloirs ?

Le ministre : Vous verrez vendredi, elle n'a pas été prise aujourd'hui.

Q. : De manière concrète sur l'ex-Yougoslavie, est-ce que l'initiative concernant les corridors, les accès pour les vivres humanitaires vous paraît réaliste ?

Le ministre : Nous en avons parlé. Il ne s'agit pas de savoir si elle est réaliste ou pas, il s'agit de savoir si elle est nécessaire ou pas. Il y a des moments où le réalisme doit peut-être céder le pas à la nécessité.

Vous savez que des incidents graves sont survenus hier soir en ex-Yougoslavie puisque je crois que c'est sept membres des Nations unies chargés de l'acheminement de l'aide humanitaire qui ont été tués et donc les Nations unies ont décidé de suspendre l'aide humanitaire, ceci appelle une réaction de la Communauté et des Nations unies. Je suis sûr que les chefs d'État et de Gouvernement auront cette réaction vendredi prochain, mais c'est à eux de le dire et pas à moi aujourd'hui.

Q. : Lord Owen était très réticent. Cela vous a étonné ?

Le ministre : Non, Lord Owen a été réticent sur l'idée de passer en force contre l'avis des différentes factions en présence. Il n'a pas été réticent à l'idée de rechercher les moyens de maintenir ou de rétablir l'aide humanitaire puisqu'aujourd'hui nous sommes confrontés à une situation où elle est suspendue. Donc, il faut faire quelque chose et les chefs d'État et de Gouvernement prendront leurs responsabilités vendredi.

Q. : Quels conseils pouvez-vous donner à nos compatriotes restés en Algérie ?

Le ministre : Comment ils l'ont fait depuis plusieurs jours, et notamment depuis l'enlèvement de nos trois otages, de garder leur calme, leur sérénité, de rester en contact avec les autorités françaises qui ont pris toutes les dispositions habituelles. S'agissant de nos ressortissants, les vacances approchent et à cette occasion les familles souhaiteront vraisemblablement regagner la France pour cette période.