Articles de M. André Lajoinie, secrétaire du comité central du PCF, dans "L'Humanité" des 8 et 24 juillet 1993, sur la politique de M. Balladur, la hausse des loyers et les privatisations, intitulés "Non au plan Balladur et à son aggravation" et "Pas de relâche contre les mauvais coups".

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8 juillet 1993
L'Humanité

Non au plan Balladur et à son aggravation

Alors que la plan Balladur commence à faire sentir ses effets par l'abaissement brutal qu'il entraîne, dès ce mois de juillet, sur le pouvoir d'achat des salariés, retraités et chômeurs, le Premier ministre vient d'annoncer une "nouvelle étape" pour l'automne. L'argument invoqué pour effectuer ce nouveau tour de vis est l'aggravation actuelle et prévisible du chômage qui résulte précisément de la lourde ponction opérée sur les revenus des couches populaires, donc de la consommation.

Cette ponction est redistribuée après tant d'autres au patronat qui en profite pour licencier et réduire l'emploi. Les entreprises nationales condamnées aux privatisations donnent l'exemple des suppressions d'emplois, comme à Bull et à l'Aérospatiale.

Les chiffres officiels confirment que cette politique que le gouvernement veut aggraver accroit les inégalités sociales, affaiblit les revenus du monde du travail, et conforte celui du capital, tandis que le chômage s'envole vers des sommets toujours dépassés.

Les projets d'aggravation de M. Balladur, qui s'appuient sur cette progression du chômage, ne pourront que l'accroître encore. D'après les déclarations du gouvernement lui-même, il s'agirait notamment de "réduire la progressivité de l'impôt sur le revenu", c'est-à-dire de faire payer moins ce qui touche le plus et donc plus ceux qui reçoivent le moins. Il ne s'agit pas, comme l'affirme mensongèrement la droite, de réduire les impôts, mais de les augmenter lourdement pour la majorité des ménages, comme c'est déjà le cas avec le doublement de la CSG, les majorations de la taxe sur les carburants qui s'ajoutent aux multiples diminutions des remboursements des dépenses de santé et l'abaissement des retraites.

Il s'agirait ensuite de faire de nouveaux et somptueux cadeaux au patronat puisqu'il est prévu le transfert total des cotisations patronales d'allocations familiales et une partie des charges de Sécurité sociale au compte du budget national alimenté essentiellement par les petits et moyens contribuables.

Il s'agirait enfin, toujours prétendument au "nom de l'emploi", de multiplier les pressions pour abaisser les salaires, pour augmenter la flexibilité du travail par la multiplication des contrats emploi-solidarité, et d'autres contrats précaires.

On constate que ces trois mesures constituent l'escalade dans une politique qui n'a fait qu'aggraver les inégalités, les injustices, le chômage et l'exclusion. Les Français peuvent déjà mesurer l'injustice du plan Balladur qu'on veut encore aggraver. Mais il est important de les alerter sur son caractère extrêmement dangereux pour l'emploi et pour le pays.

Faire reculer le chômage et redresser l'économie suppose d'inverser cette politique en orientant l'argent vers la création d'emplois et la relance économique pour répondre aux besoins. Faire reculer le chômage suppose de ne pas opposer le progrès social au progrès économique, car l'expérience montre que de bons salaires, une bonne protection sociale, une meilleure formation, de meilleures conditions de travail ont toujours généré des créations d'emplois.

À cette aggravation de la politique d'austérité et d'enfoncement dans la crise menée par le pouvoir de droite doit s'opposer une mobilisation plus grande des salariés et des retraités, car c'est le seul moyen d'y faire échec et d'imposer des choix plus favorables au monde du travail et au pays. Les communistes ne ménageront aucun effort pour aider à l'action nécessaire qu'ils souhaitent la plus unitaire possible afin qu'elle soit la plus efficace. En assurant le succès de la Fête de l'Humanité des 10, 11 et 12 septembre, ils contribueront à en faire le grand rassemblement de lutte de la rentrée.

André Lajoinie

 

24 juillet 1993
L'Humanité

Pas de relâche contre les mauvais coups

Hausse de la CSG, hausses des cotisations de chômage, hausse des loyers, privatisations contre l'emploi et l'intérêt national : André Lajoinie, secrétaire du Comité central du PCF, dénonce les mauvais coups de l'été qui appellent une vive riposte.

Alors que les familles reçoivent leurs bulletins de salaire où pensions amputés d'une CSG augmentée de 120 %, presque simultanément trois nouveaux mauvais coups contre notre peuple viennent s'ajouter aux autres mesures Balladur d'atteintes au pouvoir d'achat :
- la braderie aux capitalistes français et étrangers de quatre grandes entreprises nationales ;
- l'annonce de nouvelles hausses de loyers et l'augmentation des cotisations chômage jumelées à des réductions d'allocations pour les sans-emploi.

La privatisation d'ELF, de Rhône-Poulenc, de la BNP et de la Banque Hervet n'est pas seulement une menace contre les droits des salariés concernés, mais elle comporte aussi, par la pénétration de capitaux étrangers, de nouveaux risques de délocalisations et d'atteintes à l'emploi national. L'action contre les privatisations, pour la démocratisation du secteur public n'a rien perdu de son urgence après le vote de la loi que malheureusement le président de la République a accepté d'inscrire à la session extraordinaire du Parlement.

Les mesures Balladur contre les salariés, les retraités et les chômeurs ne pouvaient que réduire la consommation et augmenter le chômage. Cette augmentation a donné le motif à une nouvelle renégociation de l'accord UNEDIC. Cet "accord" imposé par le ministre du Travail va encore réduire les salaires et les allocations chômage, et, de ce fait, ne peut qu'accentuer encore cette réduction du pouvoir d'achat génératrice d'aggravation de la crise.

Plus que jamais, donc, la lutte pour une autre politique est d'actualité. Celle-ci doit placer l'argent dans l'emploi et la croissance ; s'engager dans la réduction du temps de travail sans diminution de salaires, appliquer résolument la loi communiste interdisant les licenciements sans reclassement véritable et contrôler les fonds de formation pour l'emploi, mettre en œuvre une aide équitable aux chômeurs et une action d'envergure de leur réinsertion dans l'emploi.

La troisième décision a été prise par le ministre du Logement, supprimant l'encadrement des loyers en région parisienne, ce qui ne peut qu'encourager partout la hausse des foyers, qui dépasse déjà de plusieurs fois le rythme d'inflation.

Cette annonce s'inscrit dans une attaque générale contre le droit au logement pour tous. L'été 93 est en train de battre tous les records d'expulsions sans relogement, vouant des milliers de personnes au triste sort des taudis ou des "sans domicile fixe". L'APL a été bloquée alors que partout les loyers s'envolent. Il n'y a jamais eu autant de demandeurs de logement. Les promesses de l'hiver dernier pour les centaines de milliers de sans-abri sont oubliées depuis longtemps. Les HLM sont étranglés financièrement et sont privés des moyens de construire des logements neufs. Pour les accédants à la propriété aussi l'écart grandit encore entre les taux bancaires et leurs revenus souvent bloqués. C'est le droit au logement qui vole véritablement en éclats.

Les communistes et leurs élus, avec les locataires, vont tout faire pour s'opposer à l'expulsion pour les locataires de bonne foi. Ils proposent que l'argent public englouti dans la spéculation immobilière soit réorienté vers la relance de la construction de logements sociaux et de la réhabilitation des logements anciens, sans hausse des loyers. C'est indispensable aussi bien pour les 2,5 millions de mal-logés que pour l'emploi dans le bâtiment. Les accédants à la propriété doivent pouvoir renégocier à la baisse leurs taux d'emprunt bancaires.

Le droit de vivre dans un logement décent sans être obligé de se saigner aux quatre veines est un des droits fondamentaux de l'homme. Il doit redevenir une réalité dans un pays comme la France. Pour le droit au logement comme pour le droit au travail, qui n'est pas seulement un droit de l'homme mais aussi le moyen de développer la société, comme dans l'opposition contre tes privatisations, les militants communistes ne marqueront aucune trêve pour rassembler dans l'action afin de faire échec aux mauvais coups et imposer d'autres décisions.

André Lajoinie