Texte intégral
RTL : mercredi 8 décembre 1993
J.-M. Lefèvre : En demandant ce vote de confiante, est-ce qu'E. Balladur cherche un peu à compter ses amis ?
N. Sarkozy : Nous avons toujours dit que l'accord sur le GATT engageait l'avenir de notre pays et plus largement de l'Europe pour de nombreuses années. C'est un sujet fondamental extrêmement important. La négociation a été dure et continue à être difficile. Le gouvernement a pris ses responsabilités, il me semble naturel que la représentation nationale puisse en faire de même. Chacun devra donc se déterminer sur une déclaration de politique générale, comprenant les raisons qui ont conduit le Premier ministre à prendre la position qu'il prendra à l'issue des négociations.
J.-M. Lefèvre : Ce soir, vous êtes d'un optimisme mesuré ?
N. Sarkozy : Pour arriver à ce que l'on veut dans une négociation, il vaut mieux ne pas expliquer qu'on signera quoi qu'il arrive. Mais il est vrai que le fait que le dossier agricole soit réglé, que cette épine qui faisait que la France était montrée du doigt dans le monde ait pu être enlevée dans de bonnes conditions, permet d'envisager l'avenir avec un peu plus d'optimisme. Mais tout n'est pas réglé. Il reste l'affaire de l'organisation mondiale du commerce et celle de l'audiovisuel.
J.-M. Lefèvre : Vous pensez que la France va obtenir des garanties de la part des partenaires européens ?
N. Sarkozy : Il y avait le soi-disant pré-accord de Blair House. Les Américains disaient que jamais on n'acceptera de le rediscuter. Et finalement, c'est bien ce dont il s'est agi. Nous avons obtenu quatre choses : préserver la capacité exportatrice de la Communauté et donc de la France ; obtenir une clause de paix pendant neuf ans, c'est-à-dire que notre agriculture a neuf ou dix ans années pour s'adapter et non plus six ; troisièmement, sauvez la préférence communautaire ; enfin avoir toutes les garanties que cet accord ne conduira pas à supporter un seul hectare de jachère de plus. Nous avons besoin d'un certain nombre de compléments budgétaires au niveau européen. Ce qui est difficile dans cette affaire, c'est qu'il y a trois négociations. Une première négociation à 116, c'est le GATT. Une deuxième négociation à l'intérieur du GATT entre les États-Unis et la Communauté. Une troisième discussion à l'intérieur des Douze. Le dossier agricole, vraiment, ça a avancé.
J.-M. Lefèvre : Vous pensez que les organisations agricoles comme la FNSEA ou le CNJA qui disent que l'esprit pervers de Blair House est maintenu se trompent ?
N. Sarkozy : Les organisations agricoles sont dans leur rôle, nous, au gouvernement, on est dans le nôtre. Nous avons toujours dit que nous étions favorables à un accord du GATT mais pas à n'importe quel prix. La France est la 4e puissance exportatrice du monde. Nous n'allons pas nous refermer sur la seule région économique du monde qui est en crise, l'Europe. Les agriculteurs, lorsqu'ils auront le bilan écrit dans les mains, verront qu'on a défendu l'agriculture française et plus largement européenne. Pourquoi les réactions sont si vives aux États-Unis, à votre avis ? Si nous avons perdu sur tout, si nous ne les avions pas obligés à faire des concessions, pourquoi la France serait-elle désignée à la vindicte ?
J.-M. Lefèvre : Vous avez donné le tournis lundi et mardi, c'était une tactique pour souffler le chaud et le froid. Le texte semblait quasiment le même lundi et mardi ?
N. Sarkozy : Il y a déjà trois négociations et la forme de la négociation est difficile. Parce que le GATT, c'est M. Sutherland, parce que la Communauté négocie par l'intermédiaire de L. Brittan et parce que l'instance décisionnelle est le Conseil européen. La négociation a été difficile, continue d'être difficile. C'est vrai que nous avons eu des moments de pessimiste et d'optimisme. Et encore une fois, quand on va à une négociation et qu'on commence par dire quoi qu'il arrive je signerai, ce n'est pas la peine d'avoir des exigences. Lorsque nous sommes arrivés au gouvernement, la France était isolée et on ne parlait que de l'agriculture. Aujourd'hui, le problème agricole est réglé et la communauté européenne es restée soudée. Ce qui compte c'est à l'arrivée.
J.-M. Lefèvre : Il reste trois dossiers en suspens.
N. Sarkozy : Ce que nous voulons avec l'organisation mondiale du commerce, c'est que la Communauté ne soit plus protéger que les autres mais ait les mêmes moyens pour se défendre que les États-Unis. Nous ne demandons pas plus. Comme les États-Unis ne veulent pas démanteler leur capacité de rétorsion, nous souhaitons que la Communauté se dotent des mêmes moyens. Nous avons de bonnes espérances d'y arriver. Et puis il y a le dossier audiovisuel, un dossier essentiel pour nous. Nous voulons conserver notre système de quotas et notre système d'aide à la production. Nous voulons la même chose que ce que les États-Unis ont accepté pour le Canada, l'exception culturelle. Clinton lui-même a mis la barre très haut.
J.-M. Lefèvre : Où en est du départ de G. Colle de la Française des Jeux ?
N. Sarkozy : Le président de la République a signé le décret. Ce N'était pas réglé formellement parce que la nomination du président du Loto ne se fait pas en conseil des ministres mais par décret du conseil des ministres.
RMC : lundi 13 décembre 1993
P. Lapousterle : Vous êtes incontournable. Cela vous fait plaisir ?
N. Sarkozy : Non, cela prouve simplement que je suis l'un de ceux qui ont beaucoup de problèmes.
P. Lapousterle : Quel est votre sentiment sur le GATT : ce sont les dernières crispations avant l'accord final ou il y a encore un risque que ce soit un échec ?
N. Sarkozy : J'espère qu'il y aura une signature parce que c'est l'intérêt de la France. Est-ce qu'il y a un risque qu'il n'y ait pas de signature ? Oui, tant que nous n'avons pas vu la fin de la négociation, tant que n'avons pas vu des écrits précis, il y a toujours un risque que cela n'aille pas jusqu'au bout.
P. Lapousterle : Le gouvernement Balladur a fait un très bon travail ? A-t-il obtenu tout ce qui voulait dans tous les domaines ?
N. Sarkozy : Il est trop tôt pour le dire. C'est les Français qui jugeront des résultats de la négociation. Ce que l'on peut dire aujourd'hui, c'est qu'il me semble que premièrement, on a réussi à ressouder la Communauté européenne et on a bien vu qu'à chaque fois que les Douze étaient unis, il y avait possibilité de faire avancer les dossiers ; deuxièmement, nous avons sorti l'agriculture du dossier du GATT, parce que l'agriculture était le seul élément potentiel de crise avant que nous n'arrivions au pouvoir et cela mettait nos paysans comme des boucs émissaires au-devant de la scène alors qu'on a bien montré qu'il y a bien d'autres problèmes ; troisièmement, on a un peu professionnalisé la négociation, en la remettant sur un plan technique, en précisant les demandes qui étaient les demandes de la France et d'une certaine manière, de l'Europe. Le résultat, nous verrons ce qu'il est, mais je rappellerais que la France est quatrième exportateur du monde, un Français sur quatre travaille pour l'exportation. Un accord, c'est important, mais pas un accord à n'importe quel prix.
P. Lapousterle : Quand vous entendez les agriculteurs, vous trouvez qu'on est bien loin du compte ?
N. Sarkozy : Chacun son rôle. Je suis au gouvernement, les autres sont à la tête d'organisation syndicales. Ce que je sais, c'est qu'il fallait sauver l'agriculture française. Avec le pré-accord de Bruxelles, nus préservons la capacité exportatrice de l'agriculture, nous avons augmenté la clause de paix, c'est-à-dire que nous préservons la politique agricole commune et nous avons enclenché un processus au terme duquel il n'y aura pas un hectare de jachère supplémentaire. Croyez-moi, avec les déclarations des Américains qui disaient qu'on ne touchera pas une virgule de Blair House, on a touché plusieurs paragraphes.
P. Lapousterle : C'était le meilleur accord possible ?
N. Sarkozy : Nous verrons s'il y a un accord sur l'agriculture, c'est le meilleur accord possible. Ce qui était très important, c'était que tant que la conversation au GATT n'était focalisée que sur l'agriculture, la France était montrée du doigt, la France était isolée, et une France isolée n'est pas en mesure d'obtenir quelque chose dans cette négociation si importante pour l'avenir du monde puisque c'est une négociation commerciale. Maintenant, d'avoir mis de côté la négociation agricole en obtenant ce pré-accord, c'était une bonne stratégie.
P. Lapousterle : Le vote des parlementaires français est pour mardi ?
N. Sarkozy : Cela sera pour mardi ou mercredi, la date n'est pas totalement fixée, mais vraisemblablement mardi si le choses débouchent aujourd'hui ?
P. Lapousterle : Voyez-vous poindre des signes de croissance ?
N. Sarkozy : Je ne dirais pas que la signature au GATT, c'est la garantie à tous les coups d'une croissance soutenue et inespérée. Le problème, c'est que s'il n'y a pas de signature, on peut être sûr qu'alors là, cela risque de provoquer de mauvaises surprises. Est-ce aujourd'hui nous sommes dans un climat de reprises ? Ce qu'on peut dire sans crainte de se tromper, c'est que nous avons atteint un palier, c'est que la dégradation continue que nous avions trouvé en arrivant a été stoppé. Est-ce que c'est suffisant pour relancer la machine ? Il est encore trop tôt pour le dire.
P. Lapousterle : Il y a plus de 3,2 millions de chômeurs en France, il y en avait à peine 3 millions lorsque vous êtes venus au pouvoir il y a huit mois, c'est-à-dire plus de 250 000 chômeurs depuis que vous êtes au pouvoir. Est-ce que ce n'est pas là l'échec du gouvernement Balladur ?
N. Sarkozy : C'est un peu tôt pour le dire. Le chômage, c'est le premier problème de la France. Il faut bien savoir qu'entre l'annonce de plans de licenciements et leur réalisation dans les statistiques, il se passe entre 6 et 8 mois. C'est la raison pour laquelle, lorsque le Premier ministre est arrivé aux responsabilités du gouvernement, il a indiqué que les premiers résultats en terme de lutte contre le chômage, nous pourrions les engranger dans le courant de l'année 1994. Très franchement, après huit mois de pouvoir, on ne peut pas vraiment dire que les chômeurs en plus que nous avons connu jusqu'à présent soient les nôtres. Mais peu importe d'ailleurs. Que ce soit les nôtres ou ceux de nos prédécesseurs. Ce qui compte, c'est que derrière ces chiffres, derrière ces statistiques, il y a des souffrances, il y a un problème social, il y a un problème humain. L'objectif c'est qu'en 1994, nous ayons réussi à casser la courbe de progression du chômage. C'est sur cet objectif que nous travaillons, c'est pour cela que nous mobilisons toutes les forces disponibles, tous les moyens financiers disponibles.
P. Lapousterle : Sans succès …
N. Sarkozy : Toute personne qui dirait qu'en quelques semaines, on peut obtenir un succès sur le chômage mentirait. La lutte contre le chômage est une affaire de longue haleine, parce qu'il faut le temps de faire repartir la croissance. On n'arrivera pas à faire diminuer le chômage avec une croissance négative. La croissance que nous avons trouvée, c'est - 1 % pratiquement. C'est la première fois depuis 18 ans que la France était en récession. Il faut se donner les moyens pour faire repartir l'économie française, c'est un grand paquebot. On ne la fait pas repartir comme cela. La croissance est une condition nécessaire pour le retour à la création d'emplois. Voilà la situation que nous avons trouvée. Huit mois après, nous avons mis en place les instruments pour lutter contre cette situation. La dégradation est stoppée. Ce n'est pas suffisant pour enrayer la progression du chômage, il faut maintenant que cela reparte.
P. Lapousterle : Quand vous entendez certains RPR ou UDF s'impatienter. Est-ce que c'est un conseil que vous entendez, que vous trouvez bon ?
N. Sarkozy : Il est tout à fait normal qu'en période de crise, l'impatience pointe, et là encore chacun dans son style, les uns sont parlementaires, moi je suis au gouvernement. Et au gouvernement, l'impatience n'est pas une bonne stratégie, au gouvernement au contraire il faut garder la tête froide, être sûr de ses convictions et agir avec une détermination totale. Et croyez-moi, cette détermination nous l'avons.
P. Lapousterle : Est-ce que cette détermination va aller plus vite, je pense notamment à la TVA sociale ?
N. Sarkozy : Une chose est sûre, c'est que les charges qui pèsent sur l'emploi sont trop lourdes, ce qui fait que le coût de l'emploi est trop cher, trop élevé, ce qui fait les entreprises ne peuvent pas suffisamment employer. C'est le sens de la loi quinquennale sur l'emploi, qui prévoit la budgétisation des cotisations d'allocation familiale sur 5 ans. Faudra-t-il accélérer le système et si on l'accélère, faudra-t-il retenir le vote de la TVA sociale ? Nous verrons bien, aujourd'hui nous étudions cette formule comme d'autres. Après tout la situation est suffisamment difficile et complexe qu'on ne se referme aucune voie.
P. Lapousterle : Ce n'est pas une urgence ?
N. Sarkozy : Il faut faire attention de ne pas accumuler les plans de relance successifs. Nous avons un certain nombre de mesures. Les choses sont difficiles ; le collectif budgétaire qui prévoyait le plan de soutien à l'activité et à l'économie a été voté en juin. Il entre en vigueur fin septembre dans le meilleur des cas. Cela signifie que les 60 milliards de francs engagés dans l'économie française pour relancer l'économie française pour relancer l'activité seront entrés en vigueur en septembre. Nous sommes courant septembre. C'est un peu tôt. Il faut voir ce que donnent les mesures que nous avons retenues. S'il y a nécessité de faire quelque chose, on verra.
P. Lapousterle : Ne regrettez-vous pas d'avoir dit que la rigueur soutient l'activité et l'emploi ? Cette phrase est-elle encore juste ?
N. Sarkozy : Oui. Je ne suis jamais certain d'avoir la vérité. Je crois que l'accumulation des déficits que nous avons trouvés comme autant de bombes à retardements faisait peser une grande incertitude sur l'avenir de l'économie française. Les agents économiques n'aiment pas l'incertitude. Quand vous avez une Sécurité sociale au bord de la faillite, un budget de l'État dont les intérêts de la dette sont le deuxième budget civil de la nation, une UNEDIC qui ne peut plus payer les chômeurs, j'aimerais qu'on m'explique comment et pourquoi l'accumulation de ces déficits, autant de risques pour l'avenir de nos compatriotes, était de nature à relancer l'économie. Je crois qu'une maison ou une économie bien en ordre, des comptes équilibrés permettront de voir le présent avec optimisme pour mieux préparer l'avenir.
P. Lapousterle : Les entreprise en font-elles assez ?
N. Sarkozy : Les entreprises font ce qu'elles peuvent. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu'un chef d'entreprise licencie par plaisir. J'aimerais les voir prendre davantage de risques. J'aimerais qu'elles engagent davantage. Comprenons aussi les difficultés de ces 2 millions de chefs de PME-PMI. L'emploi reviendra grâce aux entreprises. Mais quand nous sommes arrivés aux responsabilités, nous avons trouvé 70 000 entreprises qui mouraient chaque année. Il n'y a pas de quoi leur donner de l'optimisme. Il faut rendre confiance. Pour rendre confiance, il faut que la maison soit bien gérée.
P. Lapousterle : Une modification de la loi Falloux ?
N. Sarkozy : Le rapport Vedel a conclu que les conditions de sécurité n'étaient pas respectées dans les établissements scolaires privés. Cela interpelle le gouvernement. Il faudra bien qu'il fasse quelque chose.
P. Lapousterle : Vous qui savez presque tout, qui sera candidat du RPR en 1995 ?
N. Sarkozy : Je suis désolé, je ne sais pas presque tout !
Europe 1 : jeudi 16 décembre 1993
J.-P. Elkabbach : Qu'allez-vous faire pour combler le déficit de la Sécurité sociale ?
N. Sarkozy : Quand sommes-nous arrivés aux responsabilités, la Sécurité sociale, c'était 100 milliards de déficit. Je comprends bien que pour ceux qui nous écoutent, 100 milliards c'est tellement énorme qu'ils ne se rendent pas compte de ce que cela veut dire. Cela signifiait un mois de prestations servies par la Sécurité sociale, qui n'existait pas pour faire face à ce déficit, on a pris deux mesures. On a augmenté la CSG et l'État a récupéré la dette de la Sécurité sociale. Sinon, c'était l'ensemble des acquis sociaux qui était menacé. Et puis, nous avons pris un certain nombre de mesures avec S. Veil : réforme du régime des retraites, c'était attendu depuis des années, personne ne le faisait. M. Rocard, avant de partir, avait dit sur son fameux Livre blanc sur les retraites : « il y a de quoi faire sauter plusieurs gouvernements ». Nous l'avons fait. Pour l'assurance-maladie, une convention médicale, un dossier médical, la gestion médicalisée des dépenses de l'assurance-maladie. La vérité, c'est que notre pays consomme trop de médicaments.
J.-P. Elkabbach : Parce que les Français sont plus malades que les autres ?
N. Sarkozy : Non, nous sommes le premier consommateur européen de médicament, et le troisième consommateur dans le monde, et cela ne se traduit pas une espérance de vie particulièrement supérieure aux autres pays. Les dépenses d'assurance-maladie augmentent de 7 % l'an, cette année, les recettes d'assurance-maladie vont augmenter, si tout va bien, de 0 %. La voie du redressement, c'est celle des économies et non pas celle de l'augmentation des recettes.
J.-P. Elkabbach : Et des économies, pour les Français, cela veut dire quoi en clair ?
N. Sarkozy : C'est ce que S. Veil et le Premier ministre ont décidé pour les retraites. C'est ce qu'ils sont en train de décider pour les dépenses de maladie. Regardez ce qui se passe dans l'hôpital. L'hôpital, c'est 49 % des dépenses de l'assurance-maladie. Tout le monde sait bien qu'il y a 60 000 lits actifs d'hôpitaux de trop. Eh bien il faut prendre des mesures, difficiles, courageuses. Il faut bien que chacun comprenne que si nous sommes capables de prendre ces mesures difficiles et courageuses, c'est comme cela et pas autrement que l'on préservera les acquis sociaux. Parce que toutes ces factures qui s'additionnent, tous ces déficits qui s'accumulent, c'est autant de bombes à retardement qui font que les acquis sociaux risquent d'être mis en cause. Vous m'avez demandé s'il y aura une augmentation de la CSG. Le Premier ministre s'est très clairement engagé à ce qu'il n'y en ait pas jusqu'en 1995. Il n'en n'y aura pas.
J.-P. Elkabbach : Et l'augmentation de la TVA ?
N. Sarkozy : C'est un tout autre problème. Un débat est posé dans le pays plus particulièrement dans la majorité, qui consiste à dire, le coût du travail est trop cher, il faut donc l'abaisser pour créer des emplois, problème numéro 1 de la société française. Or, si l'on baisse le coût des cotisations, il faut bien trouver une recette. Cette recette serait l'augmentation de la TVA. Le Premier ministre a demandé que nous étudions cette formule pour voir dans quelle condition nous pourrions la retenir. La situation est tellement difficile que nous ne pouvons pas nous fermer une porte. Pour autant la décision n'est pas prise.
J.-P. Elkabbach : Est-ce que c'était bien nécessaire de rallumer la guerre sociale ?
N. Sarkozy : Je dois dire que je ne comprends pas cette polémique. On parle toujours d'écoles privées, il s'agit d'écoles privées sous contrat. Cela veut dire que ce sont les mêmes enfants. Ce n'est pas étiqueté sur le front des enfants, ceux de l'école publique et ceux de l'école privée. Ce sont les mêmes enseignants qui ont passé un contrat avec l'État, et ce sont les mêmes programmes. Or, il se trouve qu'une commission, la commission Vedel, a montré que ces écoles avaient des problèmes de sécurité énormes. Est-ce qu'on va durablement interdire aux collectivités locales, aux communes de financer les travaux de sécurité de ces écoles ? et au nom de quoi une commune a le droit de financer un club de judo, voire un club de football et pas aider à rebâtir des classes qui ne sont pas sûres. Est-ce que c'est cela la guerre sociale. Il ne faut pas chercher de faux prétexte. Il ne s'agit pas d'obliger les communes, c'est une possibilité qui leur est donnée. Nous ne voulons rien aux écoles publiques.
J.-P. Elkabbach : Si demain le mouvement contre la réforme prend de l'ampleur, est-ce que le gouvernement va reculer ?
N. Sarkozy : Est-ce que franchement on peut imaginer, en 1993, en France, une famille qui a ses enfants scolarisés dans un lycée public ou dans une école publique qui va aller défiler pour reprocher que le gouvernement ait autorisé un maire de France, sur les 36 500, à payer les travaux de sécurité dans une école privée.
J.-P. Elkabbach : Dans les sondages, aujourd'hui, deux français sur trois estiment que la France est mal gouvernée, et néanmoins, ils plébiscitent E. Balladur. Comment vous expliquez cela ?
N. Sarkozy : Par une contradiction qui n'est pas apparente, me semble-t-il. C'est que les Français sont inquiets parce que la situation est difficile – vous avez parlé de chômage – et qu'ils savent bien que les mesures qu'un gouvernement doit prendre ne sont pas des mesures faciles et donc pas populaires. Pour autant, ils savent également que le fait d'avoir E. Balladur comme Premier ministre dans la situation difficile qui est celle de notre pays, c'est un atout. Et cela ils le sentent bien.
Europe 1 : mercredi 22 décembre 1993
A. Dumas : Il y aura une commission sur la sécurité dans tous les établissements scolaires, publics ou privés ?
N. Sarkozy : Oui, le Premier ministre a observé les réactions des uns et des autres, il semble qu'il y ait des problèmes de sécurité, que les unes et les autres n'aient pas la même vision de ce dossier. Le Premier ministre propose donc qu'une commission soit créée, qu'elle soit composée de parlementaires de toutes tendances politiques, qu'elle fasse le point sur l'état de sécurité ou d'insécurité des établissements scolaires, qu'ils soient publics ou privés, que ce soit des maternelles, des primaires, des collèges ou des lycées et que des conséquences en soient tirées.
A. Dumas : Le rapport Vedel disait déjà que la sécurité des élèves n'était pas assurée dans la moitié des établissements privés, alors pourquoi une commission de plus ?
N. Sarkozy : Le rapport Vedel parlait déjà des établissements privés sous contrat et permettait aux collectivités locales de participer aux dépenses jusqu'à hauteur de 50 %. Là, il s'agit également d'y adjoindre les établissements publics et il s'agira en conséquence, s'il s'avérait que ce soit nécessaire, de demander à l'État de faire également un effort budgétaire pour assurer la sécurité des établissements publics. En vérité, nous voulons éviter à la France une polémique inutile pour savoir où il y a le moins de sécurité, dans les établissements privés ou les établissements publics. La sécurité, c'est pour tous.
A. Dumas : Le gouvernement est-il satisfait aujourd'hui du travail législatif réalisé durant cette session d'automne ?
N. Sarkozy : Oui, il y a 43 textes de loi qui ont été votés, dont quatre à l'origine des parlementaires. Il y a toujours un débat pour savoir si on légifère trop ou pas assez. En tous cas, les grandes réformes qu'on a engagées ont été votées, la majorité nous a soutenus. Il y aura une session extraordinaire au début du mois de janvier, pour terminer les textes qui n'ont pas pu l'être pour l'instant. On recommencera le travail pour la cession de printemps, avec les grandes lois sur la famille, sur la dépendance, la loi de programmation militaire.
A. Dumas : Les avis sont partagés sur l'organisation du travail parlementaire. P. Séguin a fait des propositions allant dans le sens d'une session unique. En êtes-vous partisan ?
N. Sarkozy : Je suis réservé sur cette proposition mais on peut toujours en discuter. Ce qui est vrai, c'est que le gouvernement a fait beaucoup travailler le parlement, jour et nuit, pendant cette session. Ce qui est vrai aussi, c'est qu'on a multiplié les sessions extraordinaires parce que le chantier de réformes est un chantier qui est important. Il y a des idées qui viennent, il y a des dossiers à engager et on est là pour agir et pour gouverner. S'agissant des réformes constitutionnelles, vous aurez certainement observé que lorsque nous avons été en congrès, loi, et chacun savait bien que la modifier, compte tenu du contexte politique et de l'histoire propre de note pays, cela provoquerait quelques vagues. J'observe simplement que c'était dans le programme de l'opposition devenue majorité. Nous avons toujours dit que nous le ferions. Il y a eu cinquante heures de débat, 3 400 amendements déposés : si pour une fois, on se préoccupait du fond plutôt que de la forme ? Si votre question était de savoir si j'ai un regret de ce point de vue, je n'ai pas de regret et je trouve que la France a bien d'autres choses à faire que de polémiquer pour savoir si les communes ont ou non le droit de contribuer au financement des travaux de sécurité dans les écoles maternelles ou primaires privées. Encore une fois, ce sont les mêmes enfants, ce sont les mêmes programmes et ce sont les mêmes enseignants. Il peut y avoir des différences entre nous, mais pas sur ce sujet et pas maintenant.
A. Dumas : Est-ce que le président Mitterrand est intervenu ce matin, concernant le bilan de la session ?
N. Sarkozy : Je n'ai pas à commenter les propos du président de la République mais cette fois-ci, j'ai d'autant moins à les commenter Qu'il n'y en a pas eu.