Texte intégral
En total désaccord avec le volet agricole du GATT tel qu'il a été négocié et tel qu'il va être, semble-t-il, présenté devant les députés lors du débat à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, président du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), a demandé aux députés qu'ils tiennent compte de leurs promesses d‘antan et, partant, qu'ils refusent de voter la confiance au gouvernement. Pour "le Quotidien", il s'explique.
Le Quotidien : À l'initiative du CNJA, les agriculteurs, ce week-end, se sont mobilisés pour interpeller leurs députés dans leur circonscription et les sensibiliser à nouveau sur le volet agricole avant que n'ait lieu le débat à l'Assemblée nationale. Quels sont les députés qui ont répondu à l'appel et quelles ont été leurs réactions ?
Christian Jacob : Nous avons réussi à contacter environ 70 % des députés, mais nous n‘avons pas encore eu les comptes rendus de ce qui s'est dit, de la manière dont ont réagi les députés.
Le Quotidien : Que leur avez-vous demandé précisément ?
Christian Jacob : Notre position est claire. Nous demandons qu'il y ait à l'Assemblée un débat sur le volet agricole qui soit suivi d'un texte et en l'état actuel du dossier agricole nous leur demandons de voter contre. Il faut se souvenir que plus de la moitié des parlementaires avait voté "non" lors des accords de Blair House et bon nombre de députés de la nouvelle assemblée se sont fait élire en clamant que coûte que coûte, ils ne céderaient pas sur le dossier agricole. Il faut maintenant qu'ils tiennent leurs promesses et qu'ils tiennent bon. Cela étant, il faut que les choses soient bien claires, nous ne demandons pas un vote de défiance par rapport à la politique globale du gouvernement. Ce qui nous intéresse c'est que les engagements pris par le gouvernement soient respectés.
Le Quotidien : Mais si les députés votaient non sur les seules bases du dossier agricole, cela reviendrait quand même à défier le gouvernement…
Christian Jacob : Absolument pas. Cela dépend entièrement de la manière dont la question sera posée. Tout ce que l'on demande aux députés c'est de prendre leurs responsabilités et de s'expliquer. Et puis pour reprendre une formule du Premier ministre désormais célèbre "tant qu'il n'y aura pas d'accord sur tout, il n'y aura d'accord sur rien".
Le Quotidien : Mais pourquoi n'avez-vous pas réagi plus tôt ?
Christian Jacob : Parce que en arrivant au pouvoir le gouvernement avait repris nos demandes dans le cadre du mémorandum au mois de mai. Et puisque le gouvernement tenait un discours de fermeté il n'y avait pas lieu de réagir. Or aujourd'hui nous pouvons constater que ce gouvernement n'a pas respecté ses engagements.
Le Quotidien : Il y a pourtant eu quelques modifications concernant les jachères, la clause de paix et la préférence communautaire…
Christian Jacob : Des avancées minimes et largement insuffisantes. Et rien de ce qui correspondait au mémorandum n‘a été négocié, il n'y a qu'à prendre la clause de sauvegarde (qui en cas de distorsion monétaire permet de maintenir les produits français compétitifs) ou encore les droits de douane et la clause de paix. En bref, toute une série de mesures très techniques qui avantagent les États-Unis et handicapent la Communauté européenne sur les marchés internationaux. Autrement dit l'accord dans sa forme actuelle nous empêchera de participer comme nous le pourrions à un marché qui dans les années à venir va progresser de 50 %.
Le Quotidien : Mais est-ce que le dossier agricole à lui seul mérite que l'on bloque les négociations ?
Christian Jacob : Dans l'état actuel il ne semble pas que l'agriculture soit le seul dossier sur lequel les parties prenantes soient en désaccord, à titre d‘exemple nous pouvons prendre l'aéronautique, le textile ou bien l'audiovisuel. En outre, le débat ne porte pas seulement sur l'agriculture mais a des implications bien plus importantes encore.
La question est aussi et surtout de savoir si l'Union européenne veut exister politiquement ou pas. Pour l'instant l'Europe politique est inexistante et comment pourrait-il en être autrement lorsque l'on ne se donne pas les moyens d'en assurer sa stabilité économique et démographique ?
Propos recueillis par Isabelle Berdoll
14 décembre 1993
Le Quotidien de Paris
Journée de manifestations
La Coordination rurale, mouvement agricole français dissident farouchement hostile au GATT, organisera aujourd'hui à Paris, sur l'esplanade des Invalides, un rassemblement pour demander aux députés de rejeter un éventuel accord en refusant la confiance au gouvernement. La Coordination, qui a rallié au mouvement plusieurs syndicats agricoles minoritaires comme le MODEF et la FFA et appelé les Parisiens à participer, affirme que la mobilisation s'annonce bien dans de nombreux départements, notamment le Sud-Ouest.
En outre, les troupes de la Coordination devraient se renforcer de manifestants de la CGT qui organisent le même jour dans toute la région parisienne des manifestations pour l'emploi, les salaires et la protection sociale.
Ainsi, des manifestants de l'Union départementale de Paris de la CGT qui ont prévu de manifester aujourd'hui à 13 heures place de la Bourse doivent rejoindre vers 14 heures les agriculteurs place des Invalides.
La Coordination sera en outre soutenue par intervention aux Invalides de plusieurs députés, notamment l'ancien ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement (Mouvement des citoyens), dont la présence a été confirmée. Le mouvement agricole affirme également que seront présents MM. Philippe de Villiers (UDF-PR), Georges Sarre (MDC) et plusieurs députés communistes. Parallèlement, les syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et CNJA) organisent eux aussi mardi une journée d'action nationale, dont l'initiative est laissée aux branches départementales.