Texte intégral
J.-M. Lefebvre : Quel est votre sentiment aujourd'hui ?
J.-F. Deniau : J'ai été le premier ambassadeur auprès du Roi d'Espagne, alors que la démocratie n'était pas encore établie. Et j'ai donc eu le très grand honneur, dans la mesure de mes moyens et dans le rôle qui était le mien, d'aider le Roi d'Espagne à réaliser la démocratie dans son pays.
J.-M. Lefebvre : Est-ce que c'est un homme qui a changé ?
J.-F. Deniau : Il a changé dans la mesure où nous changeons tous. Nous avons pris quelques années de plus par rapport à 1975. Mais je crois qu'il n'a pas fondamentalement changé. Cela était tout à fait net dans son discours qui était un discours pas seulement sur les relations entre nos deux pays, mais sur la mission qui pouvait être la nôtre en Europe et notamment à l'égard des bouleversements qui se sont passés dans l'Europe du centre et de l'est, que certains regrettent dans les bureaux, parce que les fonctionnaires n'aiment jamais qu'on change leurs habitudes. Et le Roi a pris le parti de dire : "Pas du tout, c'est une sorte de défi !" L'histoire surprend toujours et il faut maintenant que nous apportions l'espérance.
J.-M. Lefebvre : Pensez-vous qu'il faut encourager la présence de chefs d'État ou de gouvernement étrangers devant l'Assemblée ou le Sénat ?
J.-F. Deniau : Je crois que c'était une soirée très émouvante, que le discours du Roi avait un contenu. Ce n'était pas simplement quelque chose de protocolaire. Sans faire cela toutes les semaines il faut lui garder bien sûr un caractère exceptionnel. Mais là, l'invité est exceptionnel ! C'est le Roi d'Espagne, un voisin avec lequel nous avons tant de liens, et c'est le Roi qui a permis le rétablissement de la démocratie.
J.-M. Lefebvre : Au PR, on souhaite que vous soyez tête de liste de la majorité ?
J.-F. Deniau : Plus important peut-être que les têtes de listes, il y a le contenu. Quelle Europe on veut ? Quelle Europe on ne veut pas ? Pour quoi faire ? Avec qui ? Comment ? Depuis la dernière élection européenne, le monde a quand même été bouleversé. Il faut dire ce que doit faire la France, quel rôle elle peut jouer en Europe, ce que nous attendons de l'Europe… L'Europe, elle n'est plus à six, elle n'est plus à neuf, elle n'est plus à dix, elle n'est plus à douze, elle va être à quinze, à seize, à vingt ! Comment organiser pour que ce ne soit pas bloqué, qu'il reste un moteur, une idée européenne qui soit utile ? Il y a vraiment un travail de réflexion et de proposition. Et si on me charge de ce travail, je dis "oui", bien sûr !