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Charles Millon : "Ne pas gérer la pénurie mais favoriser la création d'emplois"
Le Monde : Pourquoi le groupe UDF deux heures et qui pourraient de l'Assemblée nationale est-il contre l'amendement du Sénat ?
Charles Millon : Nous pensons que cet amendement, dont la rédaction est tellement compliquée qu'il sera difficilement applicable, entretiendra un mythe et créera des illusions. Il est en contradiction avec les choix effectués par le projet de loi quinquennale : il organise la durée hebdomadaire du temps de travail, alors qu'on a opté pour la flexibilité et l'annualisation. Il instaure une aide de l'État à des entreprises qui feraient cette expérience et, dans ces conditions, il créerait soit des distorsions entre entreprises, soit des tensions dans celles qui ne peuvent pas, structurellement, réduire leur semaine à trente-deux heures et qui pourraient subir la pression des syndicats.
J'ajoute que si le salaire correspondant à trente-deux heures de travail était réévalué durant la période expérimentale, la semaine de trente-deux heures serait, à terme, payée trente-deux heures, ce qui entraînerait une déflation salariale et une baisse des retraites. Enfin, une telle expérience exige qu'elle soit aussi mise en œuvre dans les autres pays européens qui, pour certains, ont aujourd'hui des durées de travail supérieures aux nôtres.
Le Monde : Le partage du travail n'est donc pas la solution pour lutter contre le chômage ?
Charles Millon : La solution n'est pas de gérer la pénurie, mais de favoriser la création d'emplois, ce qui n'est pas le cas avec cet amendement. Il serait plus sain, d'une part, de favoriser les investissements et, d'autre part, d'alléger les charges sociales sur les salaires. Si l'on doit partager quelque chose, organisons, alors, le partage du savoir, en développant la formation en alternance et les contrats de qualification.
Cela ne signifie pas que l'on soit opposé à une nouvelle organisation du travail. Au contraire, le groupe UDF est favorable au temps choisi. Nous pensons, cependant, que l'organisation du temps de travail ne doit pas faire l'objet de mesures normatives, législatives ou réglementaires, mais de négociations branche par branche, entreprise par entreprise.
Le Monde : Le débat sur les trente-deux heures ne témoigne-t-il pas d'un affolement des politiques face à la montée du chômage ?
Charles Millon : Ce débat montre que l'on n'a pas pris assez de recul à l'occasion de la discussion du projet de loi quinquennale. Il est étonnant, d'ailleurs, que l'on n'ait pas encore définitivement choisi entre une politique de l'offre et une politique de la demande. Le débat montre aussi une chose, c'est que les formations politiques n'ont pas renoncé aux vieux démons : légiférer sur tout et tout réglementer, alors qu'existe le mode contractuel.