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Sous l'égide des groupes Coalition des gauches et Gauche unitaire, des rencontres "pour la défense et la promotion des services publics en Europe" se sont tenues, hier, au Parlement européen. Dans son allocution d'ouverture, Philippe Herzog a notamment formulé des propositions d'urgence.
"L'affaissement des services publics et la privatisation sont, prenons-en bien conscience, un véritable changement de société", a souligné d'emblée Philippe Herzog. "Le service public est un réseau de liens sociaux, un vecteur de justice sociale. Il a engendré des innovations technologiques qui ont fait la force de l'économie nationale. Il est un pilier de la démocratie, laquelle ne saurait se réduire à l'alternance de partis au pouvoir, mais consiste d'abord en un partage de valeurs et de biens communs par le peuple lui-même".
"Pourquoi cette dévitalisation, pourquoi cette tendance brutale à la privatisation ? Tout d'abord, j'écarte l'argument totalement fallacieux selon lequel les suppressions d'emploi massives seraient nécessitées par un excès du coût du travail. Dans la décennies 1983-1992, la part des salaires dans la valeur ajoutée de grandes entreprises nationales chute de 12 %, contre 7 % dans le secteur privé. En 1992, elle est de 52,5 %dans le public ; 61,5 % dans le privé. Pourquoi alors les réductions d'emplois, que ces entreprises soient bénéficiaires ou déficitaires, et alors que la demande ne cessait et ne cessant de croître. Pour financer des investissements massifs, les services publics ont dû s'endetter lourdement à un coût prohibitif. Les remboursements et les intérêts pompent les bénéfices. L'État impose, de surcroit, des baisses tarifaires et a prélevé 10 milliards de francs net par an depuis 1990 sur France Telecom. Dans ce contexte, les grandes entreprises nationales ont été les grands champions de la productivité apparente du travail (…) Leur productivité dépassait la moyenne nationale de 20 % en 1983, et de 77 % dix ans après.
"Mesures conditions ; les deux solutions offertes au service public actuellement sont inacceptables. Soit la "subsidiarité" le repli national en quelque sorte. Soit agir comme des groupes privés sur le champ international. La dérèglementation imposée dans le cadre du Marché unique est alors un vecteur essentiel de la case. (…) Faut-il rappeler que la déréglementation est venue des États-Unis de Carter et de Reagan ? Que les Américains ont imposé et facilement obtenu que le Marché unique soit conçu selon leurs règles. La concurrence sévit dans son acceptation la plus obtuse. Certaines défenses du service public sont non seulement insuffisantes, mais ne sont pas véritablement des défenses. Dans les entreprises concernées, se défendre de la "concurrence", c'est agir comme le privé. À quoi est poussé France Télécom. Dans les institutions européennes, les socialistes ont tenté des manœuvres de retardement. Mais limiter le champ de la déréglementation, c'est accepter u service public minimum. Et même ça, ça saute : le téléphone vocal ne sera plus exempté en 1998. Repousser les décisions de déréglementation totale à 1998-2000, est-ce une stratégie ?
"Une rénovation profonde du service public est nécessaire, pour sa survie et son développement. Il faut aujourd'hui affirmer une ambition politique forte : nous voulons aller plus loin en matière de service public, et le doter de nouvelles missions. (…) Conditions sine qua non : changer la gestion et le financement. Il faut casser les énormes coûts matériels et financiers actuels : le pillage par les banques pour servir la dette, les surcapacités dont témoignent les cimetières d'avions, les excès du transport routier, de l'automatisation comme Socrate, et d'autres coûts cachés. Une gestion d'efficacité sociale exige des responsabilités et des pouvoirs pour les salariés et les usagers, et l'organisation d'une coopération pour partager les coûts. Un service public se rénovant aurait aussi mission d'entraîner le secteur privé vers ces mêmes objectifs de société : insertion, cadre de vie, citoyenneté active. Nous avons besoin en effet d'une autre économie mixte, à prédominance sociale."