Interview de M. Marc Vilbenoît, président de la CFE CGC, dans "La Tribune Desfossés" du 1er décembre 1993, sur le financement des retraites complémentaires et le taux de cotisation à l'AGIRC.

Prononcé le 1er décembre 1993

Intervenant(s) : 

Média : La Tribune Desfossés

Texte intégral

Interview : Le président de la CGC est opposé aux réductions de pensions de retraite. – Son préalable aux négociations sur l'Agirc : que toutes les entreprises cotisent au taux de 16 %.

La Tribune : Le CNPF envisage la réduction des pensions de retraite complémentaire entre 60 et 65 ans, si l'État refuse d'augmenter sa contribution. Qu'en pensez-vous ?

Marc Vilbenoît : Il est impensable de remettre en cause aujourd'hui les conditions de validation de la retraite à 60 ans, alors que nous traversons une crise dramatique. Il n'est pas question d'obliger les gens à prendre leur retraite à partir de 60 ans avec des droits révisés à la baisse. À la CGC nous n'avons jamais été des fanas de la retraite à 60 ans, mais les entreprises ont largement utilisé ce système pour ajuster leurs effectifs. Et ce n'est surtout pas dans une période de chômage et de précarité que nous allons le remettre en cause. La CGC ne signera pas un texte prévoyant des baisses de prestations.

La Tribune : Que faire ?

Marc Vilbenoît : C'est à l'État de faire l'essentiel. En 1983, sa participation aux retraites complémentaires de 60 à 65 ans était de 10 milliards de francs. En 1990 elle est passée à 1 milliard. Fin 1993, il manquera 8,7 milliards de francs pour financer les retraites complémentaires à partir 60 ans. Le désengagement de l'État est dramatique, alors que l'on sait déjà que 400 000 emplois disparaîtront cette année et que 250 000 emplois de plus seront perdus en 1994. Les partenaires sociaux ont déjà fait une démarche commune. Nous avons rencontré Simone Veil. Lundi, nous avons envoyé une lettre commune au ministre des Affaires sociales et à celui du Travail. Si tat prend ses responsabilités, nous serons prêts à des ajustements, tels que des hausses de cotisations.

La Tribune : Les négociations sur l'équilibre financier de l'Agirc s'ouvrent aujourd'hui. Qu'en attendez-vous ?

Marc Vilbenoît : L'avenir à long terme de l'Agirc est assuré, à condition de prendre des mesures structurelles. Seule la hausse progressive du taux de cotisation, de 14 % en moyenne actuellement, à 16 % nous permettra de traverser cette période de turbulences et sera de nature à équilibrer le régime. Nous n'avons d'ailleurs pas le choix. Aujourd'hui, 80 % des entreprises cotisent déjà à 16 %. L'adoption d'un taux inférieur à celui-là créera un déséquilibre en remettant en cause les droits ceux qui ont déjà cotisé à 16 %. Je viens d'ailleurs d'envoyer une lettre aux PDG des grandes entreprises pour le leur expliquer.

Tant que le principe d'un taux obligatoire uniforme à 16 % ne sera pas acquis, nous n'accepterons aucune concession. Si le principe est acté, on pourra alors discuter des autres variables d'ajustements.