Interview de M. Brice Lalonde, président de Génération écologie, à RTL le 22 décembre 1993, sur l'introduction de règles écologiques dans le commerce international et la politique de l'environnement.

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P. Caloni : Vous avez remis un rapport au Premier ministre qui a pour titre : « Pour une injection écologique dans les règles du commerce international. » Sur les côtes bretonnes il y a des détonateurs partout. C'est bien la démonstration qu'il faut faire quelque chose et est-ce facile ?

B. Lalonde : Ce n'est pas facile car le GATT c'est d'abord une affaire de gros sous. Chacun s'occupe d'abord de commerce et on ne s'occupe pas beaucoup des conditions dans lesquelles les choses sont produites ou transportées. Bonne nouvelle : le 15 décembre, c'est à la fois le bouclage de l'accord politique et une résolution du GATT commençant maintenant un programme de travail sur l'environnement. Un groupe de travail du GATT, maintenant que les projecteurs sont éteints, s'occupe de l'environnement. Ce ne sera pas parfait mais ils vont faire un programme de travail et dans les deux prochaines années, il y aura une négociation et l'on va discuter d'environnement.

P. Caloni : Que faire pour que l'environnement au niveau du commerce international ? Ça ne reste pas des vœux pieux ?

B. Lalonde : Il faut être très vigilant et il faut que chaque nation fasse attention. Regardez l'affaire des côtes de la Manche. Ça fait un bout de temps que l'on voit ces choses arriver, la poubelle. Ça fait un bout de temps que l'on voit les ministres, à chaque fois qu'il y a quelque chose, se faire photographier en disant que ça va changer. Ça ne change pas.

P. Caloni : Y compris vous quand vous étiez ministre ?

B. Lalonde : Oui. Maintenant, la solution pour la Manche c'est de faire un péage. Il faut s'y mettre, la planète est devenue toute petite. Le tiers de la flottille du monde passe par la Manche. La solution c'est de faire un péage à l'entrée de la Manche. Il faut arrêter aussi de négocier avec tous les pays au monde car on n'y n'arrivera jamais. Actuellement, les règles du commerce et du transport maritime, c'est l'organisation maritime internationale, chargée de protéger le commerce et non pas la mer. C'est cela qui manque, l'organisme qui protège la mer. Il faut donc que la CEE, le Royaume-Uni et la France décident : passer par la Manche d'accord les gars, mais il y aura un péage. Ce péage permettra avec l'argent d'améliorer le système de surveillance et de sécurité et chaque navire sera obligé de décliner son identité et sa cargaison.

P. Caloni : Mais il n'y a pas que la Manche, que le transport maritime ? L'environnement, dans le commerce international ça concerne tout. Il faut une ONU de l'environnement ? Ça n'existe pas ?

B. Lalonde : En principe, la diplomatie française, c'est ce qu'elle voulait. Elle avait commencé à se battre pour cela et il ne faut pas qu'elle arrête. Il y a en ce moment un relâchement dans la politique d'environnement. Je vois moins d'efforts du gouvernement français. J'ai l'impression qu'il y a une sorte d'archaïsme à l'œuvre qui consiste à dire les temps sont durs donc l'environnement viendra après. C'est une grosse erreur. Les pays comme l'Allemagne, le Japon, les USA, sont des pays qui ont compris que les questions d'environnement étaient tout à fait liées au progrès économique et social. Donc il ne faut pas relâcher. Dans quelques jours, au Sénat, qui est un spécialiste des lois que l'on vote rapidement, il y a une loi sur l'urbanisme. Je voudrais mettre E. Balladur en garde, qu'il lise Libération de ce matin : « Laisse-moi bétonner en douce. » Il faut faire attention. La France, c'est notre territoire, notre patrimoine, on l'a beaucoup enlaidi, les côtes, le littoral, la montagne, il faut donc faire très attention. Et puis cette loi qui, au fond, voudrait que ça soit plus facile de construire, qu'il y ait moins de recours, que l'on empêche les associations de se porter en justice quand il y a un problème pour contester les permis de construire. C'est tout pour le maire, pour l'élu local ou le promoteur. Ça ne va pas ! Il faut que l'on garantisse les droits fondamentaux des associations et des citoyens, pouvoir contester les permis de construire. Il vaut mieux que ce soit plus difficile de construire, mais de construire bien, plutôt que facile de construire et puis difficile d'aller en justice.

P. Caloni : Comment expliquer aux pays en voie de développement que l'environnement c'est une chose capitale ? 

B. Lalonde : C'est un des grands problèmes du GATT. L'Afrique, par exemple, est perdante ou elle ne gagne pas au GATT. On ne s'en est pas beaucoup occupé. Je trouve qu'au lieu de faire les coqs avec l'Europe et les USA, qui sont les deux riches de la classe, on aurait peut-être dû s'occuper davantage des pays en voie de développement. Ces pays, c'est nouveau, sont en train de mettre des lois sur l'environnement et se rendent compte qu'au fond, le patrimoine c'est ce qu'il y a de plus important. L'environnement reste une préoccupation très importante.

P. Caloni : Qui dit éventuelle ONU de l'environnement, dit des gendarmes de l'environnement. Comment cela peut-il se passer sur un plan pratique ? 

B. Lalonde : Ça commence d'abord par le fait que chaque pays a ses propres gendarmes et ceux-ci sont au service de l'ONU de l'environnement.

P. Caloni : Les européennes vous y pensez ? 

B. Lalonde : Bien sûr. Vous voyez bien qu'en France ça ne va pas si bien que ça. Vous voyez bien que les Français attendent qu'il y ait quelque chose. On voudrait qu'il y ait un foyer un peu neuf, novateur, des propositions. Le chômage on voit bien que ça n'avance pas. Il faut des forces de proposition. Il faut que nous, à Génération Écologie, nous fassions partie de ces forces de proposition.

P. Caloni : Mais quand on voit les écologistes se couper en deux...

B. Lalonde : C'est vrai. À un moment donné, ça s'est gonflé ct on a vu arriver des gens comme Juquin qui étaient sympathiques mais qui n'étaient pas forcément des écolos. Donc c'est normal qu'il y ait des tensions pour que les choses soient bien claires.