Déclaration de M. Philippe Douste-Blazy, ministre délégué à la santé, sur la prise en charge des malades atteints du cancer et sur les actions en matière de prévention et de dépistage de masse de certains cancers, Nancy le 5 juillet 1993.

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Circonstance : Inauguration du Centre régional anticancéreux, à Nancy le 5 juillet 1993

Texte intégral

Monsieur le Député-Maire,
Messieurs les Présidents,
Monsieur le Doyen,
Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que j'inaugure aujourd'hui les nouveaux locaux du Centre Régional Anti-cancéreux, Alexis Vautrin de Nancy.

Je voudrais d'abord rendre hommage à mon collègue et ami, le docteur André Rossinot, dont je connais la place éminente qu'il occupe à Nancy et dans toute la Lorraine et dont j'apprécie les efforts tout particuliers qu'il déploie dans le domaine de la Santé publique. Ce centre anti-cancéreux, j'en suis convaincu lui doit beaucoup.

Qu'il me soit permis de saluer ici tous ceux qui ont contribué à son édification, tous ceux qui vont œuvrer à son fonctionnement : personnels soignants et administratifs et, en premier lieu, son Directeur, le Professeur Bey.

Tout le monde s'accorde à reconnaître au centre anti-cancéreux de Nancy l'excellence dans la qualité des soins, le modernisme du plateau technique, la parfaite organisation, enfin et surtout peut-être, la grande disponibilité et le dévouement du personnel.

C'est à lui d'abord que je voudrais m'adresser.

Soigner les malades cancéreux procure parfois la joie de les guérir, malheureusement implique aussi de les aider souvent à supporter des traitements lourds, épuisants, mais inévitables.

Cet accompagnement psychologique qui va parfois jusqu'aux derniers instants, cette humanité, doivent être dans un centre anti-cancéreux plus qu'ailleurs, peut-être, nécessaire. Ici, l'amitié, la sympathie, la chaleur humaine, la capacité d'écoute de l'infirmière, de l'aide-soignante, du médecin, font partie de la thérapeutique. Je sais que c'est là votre souci et je m'en réjouis.

Inaugurer un centre anti-cancéreux c'est réfléchir aussi à la prise en charge des patients atteints de cancer.

Je n'ignore pas que la Lorraine a été choisie avec d'autres régions de France comme régions expérimentales pour l'organisation des soins en cancérologie. Le travail réalisé par le Comité technique régional est essentiel. Il doit aboutir à l'harmonisation des filières de soins en cancérologie.

Cet effort doit permettre d'améliorer la qualité des soins par une approche pluridisciplinaire, d'aider au développement de soins de proximité de qualité, de constituer un réseau de soins entre établissements publics et privés, de favoriser le développement de la Recherche clinique et épidémiologique auxquelles, vous le savez, je suis particulièrement attaché.

Une telle organisation devrait également tenir compte des économies nécessaires en évitant la multiplication inutile de techniques hautement spécialisées qui doivent être regroupées et utilisées à leur meilleur rendement. Elle doit permettre enfin, de préciser les règles de la chimiothérapie qui ne doit jamais être utilisée de façon anarchique.

À cet égard, je soulignerai les excellentes relations qui doivent s'instaurer entre les centres anti-cancéreux et les CHU. Il faut éviter des rivalités inutiles, des compétitions absurdes, mais concourir en commun à la prise en charge optimale des malades. Je sais que c'est le cas ici et je m'en félicite.

Le Professeur Duprez, Président de la CMC, et le Professeur Bey, Directeur du Centre anti-cancéreux m'ont dit l'importance qu'ils attachaient à cette collaboration, aussi bien dans le domaine des techniques que dans celui des compétences. Cette bonne entente à Nancy est exemplaire.

Mais un centre anti-cancéreux est une grande entreprise qui doit se gérer avec rigueur. Les équipements lourds, les médicaments sont chers et pèsent sur l'équilibre économique.

Nous avons quelques exemples en France de difficultés financières dans les centres anti-cancéreux. Je sais que la qualité de l'administration de ce centre dont ces nouvelles constructions attestent la réalité, permettent d'envisager l'avenir avec optimisme.

Je ne saurais terminer cette brève allocution sans vous faire part de mes projets à mes yeux prioritaires, dans le domaine du dépistage de masse. Malgré l'importance du combat que vous menez, malgré les progrès thérapeutiques, malgré les avancées de la recherche, le nombre des décès par cancer augmentent chaque année.

En France, le cancer est aujourd'hui directement à l'origine de 28 % des décès. Chez l'homme c'est la première cause de décès avant les maladies cardio-vasculaires.

La prévention primaire est évidemment la première à envisager. Près de la moitié des cancers pourrait être évitée avec quelques règles de vie simples : pas de tabac, peu d'alcool, alimentation prudente et équilibrée.

La seconde action majeure est le dépistage. Lorsque c'est possible, l'identification des lésions précancéreuses et leur exérèse seront recherchées : estomac, intestin, vessie par exemple. Elles relèvent du dépistage individuel.

Mais le devoir d'un ministre de la Santé est de mettre en place, lorsque c'est faisable un dépistage de masse intéressant toute la population correctement ciblée.

Trois cancers sont dans ce cas :

1. Le sein, 9 500 décès par an. Près de 2 000 pourraient être évités par une mammographie tous les trois ans chez les femmes entre 50 et 69 ans.

2. Le col de l'utérus, 2 000 décès par an avec une espérance de réduction à 200 cas, si un dépistage de masse est bien conduit.

3. Le colon et le rectum, premier cancer en fréquence, tous sexes confondus. 15 000 décès par an. 1 500 pourraient être évités par l'utilisation massive de l'hémoccult (recherche de sang microscopique dans les selles).

C'est à cette tâche que je vais m'atteler. En m'appuyant sur le système de santé français et sur les expériences déjà en cours. J'espère obtenir l'adhésion sans réserve des médecins impliqués, généralistes, dont le rôle est capital, radiologistes, anatomo-pathologistes, gynécologues, gastro-entérologues, cancérologues bien évidemment.

Nous travaillons, dans mon ministère à fixer les normes d'un contrôle de qualité technique et d'une formation des personnels indispensables. Les indicateurs de performance seront périodiquement consultés. Nous espérons obtenir la collaboration de partenaires départementaux comme les Conseils généraux, les caisses primaires d'assurance maladie, bien sûr les ligues départementales contre le cancer. Nous soumettrons nos projets à la CNIL et au Comité National d'Éthique.

C'est la première entreprise de ce genre dans la totalité du territoire. J'espère que nous pourrons la commencer dès l'automne. Je compte sur le concours de tous.

Je terminerai par un mot d'espoir. M. Nixon, dans les années 70 voulait éradiquer le cancer avec des milliards de dollars. Il a échoué. Notre entreprise est plus modeste. Mais ses chances de réussite, c'est-à-dire la diminution significative de la mortalité de certains cancers, ne sont pas négligeables.

Cet effort de prévention allié à la recherche que je ne manquerai pas d'encourager dans le domaine fondamental comme dans le domaine clinique et thérapeutique, devrait permettre, dans les 10 ans qui viennent de progresser dans les résultats du traitement de ce qui reste une très redoutable maladie.