Interviews de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, à RMC le 10 juin 1998 et à France 2 le 21, sur la préparation des élections européennes, notamment la question des alliances avec MM. Charles Millon et Charles Pasqua, et le débat au sein de Démocratie libérale sur la recomposition de l'UDF et du centre.

Texte intégral

RMC : mercredi 10 juin 1998

Est-ce que les hommes politiques de droite sont fatigués ?

– « Pour l'instant… »

Je vous pose la question parce qu'on a l'impression que les électeurs s'en vont et que, comme dans le football, les dirigeants de parti s'essoufflent un peu ?

– « Je pense que dans la tribune, les militants regardent l'UDF et le RPR marquer des buts contre leur camp et les gens n'aiment pas supporter trop longtemps des machines à perdre. Et je pense qu'il faut du neuf, du neuf ça veut dire quoi ? Ça veut dire des hommes neufs, des idées neuves et puis la cohérence, c'est-à-dire des gens qui ne se comportent pas sur le terrain comme des pantins. »

Vous, vous êtes intéressé par l'Alliance pour la France par exemple ?

– « Qu'est-ce que c'est ? L'Alliance… »

Vous faites semblant de ne pas savoir là, ou… !?

– « Il y a tellement de sigles en ce moment. »

L'Alliance pour la France, c'est donc la réunion de l'UDF et du RPR…

– « Non, mais voyez, je suis comme les auditeurs, j'avais oublié. Non, c'est un truc supplémentaire. Il y a eu l'Urc dans le temps, c'est un sigle. Mais ce n'est pas avec des sigles, ce n'est pas, selon la phrase biblique, dans des vieilles outres qu'il faut mettre du vin nouveau ! »

Et Démocratie libérale d'A. Madelin, ça vous intéresse comme mouvement ?

– « Je crois que tout est intéressant à partir du moment où il y a un principe de conviction. A. Madelin est un libéral, il sait pour ne l'avoir pas fait qu'il faut aujourd'hui baisser les impôts pour rendre aux entreprises leurs véritables responsabilités. Le véritable problème aujourd'hui, c'est pour ça qu'avec C. Pasqua, nous allons établir les bases d'une véritable mouvance… »

Où en êtes-vous avec C. Pasqua par exemple ? Est-ce qu'aux européennes, vous allez présenter des listes communes ?

– « La question aujourd'hui, elle est essentielle : est-ce que la France va disparaître ou demeurer une nation souveraine ? Est-ce que, avec le Traité d'Amsterdam qui va venir à l'automne, on va transférer tous nos pouvoirs en matière de sécurité, d'immigration, de défense à la Commission de Bruxelles ? Auquel cas, ce n'est plus la peine de parler d'autre chose que du calendrier scolaire et de la retraite des anciens combattants en France. Et C. Pasqua est une des rares personnalités qui, sur la question de la nation, a compris que si on devait un jour reconquérir l'électorat, ce qui est absolument nécessaire, on le fera sur un point haut, pas sur un point bas. Un point bas, ce sont les procédures, les procédés, les structures, les appareils, ce que vous appelez l'Alliance etc., et puis d'autres choses demain qui vont naître. Un point haut, c'est la nation, la sécurité, l'immigration, la famille, la probité… »

Donc action commune et liste commune entre vous ?

– « Donc action commune, parce que ça ne sert à rien d'être tout seul les uns et les autres ; il faut savoir faire des sacrifices pour aller ensemble, c'est ce que les Français attendent… »

Fusion de vos appareils, de vos mouvements ?

– « En tout cas, accord et démarche commune pour aller ensuite aux élections pour présenter une force commune, cohérente au moment des élections européennes, surtout à un moment où J. Chirac et L. Jospin sont tentés de trafiquer le mode de scrutin. »

Justement, c'est aujourd'hui que sera présenté au Conseil des ministres le nouveau mode de scrutin des européennes, un commentaire ?

– « C'est ce que les Français appellent une magouille. C'est-à-dire qu'en fait il y a un scrutin national aujourd'hui qui permet à chacun, par listes nationales, à travers des listes nationales, d'exprimer son sentiment, son opinion, sa conviction sur la construction européenne. Il y a plusieurs manière de construire l'Europe, la nôtre n'est pas la même que celle des eurofédéralistes qui veulent faire disparaître les nations et les fusionner… »

Et le mode de scrutin ?

– « Le mode de scrutin choisi par J. Chirac et L. Jospin, si j'ai bien compris, c'est un mode de scrutin régionalisé pour dépolitiser le débat, au risque de le féodaliser. Je pense que, quand on change un mode de scrutin, quand on trafique les institutions, on sème le vent et on récolte la tempête. »


France 2 : 21 juin 1998

Michèle COTTA. – Bonjour. La chasse aux oiseaux migrateurs, grand sujet de polémique à l'intérieur de la gauche plurielle. La loi proposée par l'UDF a été adoptée vendredi au Parlement par une écrasante majorité y compris de votants socialistes malgré l'hostilité de Dominique VOYNET, le ministre vert de l'Environnement. Un débat qui a agité et qui agite encore tous les chasseurs, qui a divisé la majorité et contredit les recommandations de Bruxelles, nous y reviendrons dans la deuxième partie de notre émission. Tout de suite, notre invité est Philippe de VILLIERS, président de « Mouvement pour la France », député et président du Conseil général de Vendée. Vous avez tenu la semaine dernière votre premier congrès national. Nous allons vous interroger avec Paul GUlLBERT du FIGARO.

Alors, la première question est assez naturelle. Hier, on vous a vu pourtant au congrès constitutif du mouvement de Charles PASQUA. Pour quoi faire ? Est-ce que c'est pour ensemble entamer une action pour lutter contre le traité d'Amsterdam ? Est-ce que c'est pour ensemble demander un référendum ?

Philippe DE VILLIERS. – Les deux. Tout à fait, nous étions avec Charles PASQUA hier. Moi en tant que président du « Mouvement pour la France » et lui tenant son premier congrès de « Demain la France ». Nous allons nous battre avec des comités départementaux partout à partir de demain pour réclamer un référendum sur le Traité d'Amsterdam. Alors, pourquoi un référendum sur le Traité d'Amsterdam ?

Michèle COTTA. – Pardonnez-moi, mais ce n'est pas un peu tard ? Il y a déjà eu un référendum sur Maastricht.

Philippe DE VILLIERS. – Eh bien non, c'est juste l'heure. C'est juste l'heure puisque c'est à l'automne que la décision sera prise d'abord par le président de la République de soumettre la question de l'abandon de la souveraineté législative de la France au peuple français ou au Congrès. Et nous, nous pensons que la Constitution tout naturellement doit amener le président de la République à saisir le pouvoir constituant. Peut-être les Français ne savent-ils pas encore ce qu'il y a dans le Traité d'Amsterdam…

Paul GUILBERT. – Mais, vous étiez déjà opposé, pardon, au Traité de Maastricht, c'est à peu près la même chose et le président a déjà dit qu'il ne voulait pas de référendum alors, quel espoir avez-vous…

Michèle COTTA. – Oui parce qu'il y en avait eu un sur Maastricht justement.

Paul GUILBERT. – Il y en avait eu un sur Maastricht, vous l'avez perdu, vous avez été un combattant remarqué, et alors, cette fois-ci, le président n'a pas l'air d'en vouloir du référendum et monsieur JOSPIN non plus…

Philippe DE VILLIERS. –- Tout à fait. Nous allons nous battre pour qu'il y ait un référendum. Le Traité de Maastricht a transféré le pouvoir monétaire. Le Traité d'Amsterdam va plus loin. C'est une machine à crans tout cela. On franchit toujours un cran supplémentaire et à chaque fois, c'est une liberté qui est broyée. Là, c'est le pouvoir législatif. Je voudrais d'abord dire, cela peut intéresser les Français, que tous nos pouvoirs en matière d'immigration, de sécurité, d'asile, de liberté de circulation, tout cela ça va être transféré entre les mains des technocrates de Bruxelles dans 5 ans. C'est ça le Traité d'Amsterdam. Et puis deuxième chose, on en parlera tout à l'heure à propos de la chasse, le Parlement, si le Traité d'Amsterdam était ratifié, abandonnerait sa prérogative législative. C'est pour cela que l'on fait référence à juillet 40 c'est-à-dire que dans le Traité d'Amsterdam, il est dissocié tout droit communautaire même dérivé sera désormais supérieur à tout droit constitutionnel national. Donc, cela veut dire que c'est la fin de la Ve République, c'est la fin de la Constitution, c'est la fin de la démocratie.

Michèle COTTA. – Alors si c'est un combat fondamental ou apocalyptique, est-ce que vous allez entrer en relation avec les autres partis qui pensent comme vous, je fais allusion au Parti communiste, au « Mouvement des citoyens » et sans doute au Front national ?

Philippe DE VILLIERS. – Je crois que chacun doit se battre là où il est avec sa sensibilité. Je note d'ailleurs que…

Michèle COTTA. – Est-ce que votre sensibilité est tellement loin du Front national en la matière ?

Philippe DE VILLIERS. – Vous me posez la question du « Mouvement des citoyens » et du Parti communiste, je note que chacun a à se déterminer en son âme et conscience. Quand Charles PASQUA hier a évoqué la période où il était résistant, il a évoqué une période où entre les FTP et les « FFI », on ne regardait pas ni la couleur de la peau, ni l'étiquette politique. Moi, je crois que si vous voulez, si l'Europe devient complètement avec le Traité d'Amsterdam une Europe fédérale, il n'y a plus de vie politique nationale. Si en revanche, on fait l'Europe des nations, alors les nations choisissent de mettre en commun des compétences sans perdre leur souveraineté et là, on est à la bascule. Alors naturellement, il ne faut pas parler d'apocalypse parce qu'une Nation comme la France, vous savez quand vous avez 80 000 personnes au Stade de France lors du match France/Arabie saoudite qui entonne spontanément la Marseillaise, la France est éternelle, la France est millénaire mais il ne restera plus que son identité, la France, ce n'est pas suffisant. Il faut que nous gardions nos libertés.

Paul GUILBERT. – Mais comme vous n'avez plus l'air de croire vraiment au référendum, la preuve, c'est que vous dites que vous feriez dans ce cas-là, s'il n'y a pas de référendum, des élections européennes de l'an prochain un oral de rattrapage, dites-vous. Alors, vous allez vous alliez avec qui ? Mais comme à l'évidence, il y aura 7 circonscriptions, où allez-vous aller ?

Philippe DE VILLIERS. – Vous allez un petit peu vite, Paul GUILBERT, en besogne parce que le scrutin n'est pas changé. Je voudrais dire d'ailleurs au sujet du mode…

Paul GUILBERT. – J'ai dit « si ».

Philippe DE VILLIERS. – Oui, « si »… d'abord, la question elle est posée au président de la République. C'est à lui à répondre. Alors, il a lui-même le choix entre le Congrès et le référendum. S'il se souvient qu'il est le successeur du général de GAULLE, il retrouvera l'instinct du gaullisme, il en appellera au peuple, alors commencera la grande explication, s'ouvrira le grand débat et viendra le sursaut du peuple français, sur le mode de scrutin…

Michèle COTTA. – Alors justement… oui.

Philippe DE VILLIERS. – …Je voudrais simplement dire un mot, Jacques CHIRAC est l'héritier du gaullisme. C'est un paradoxe de voir Jacques CHIRAC aujourd'hui préconiser l'Europe des régions. Un scrutin c'est un message. Les députés européens aujourd'hui, ils sont les représentants de la Nation française à l'Europe. Demain, avec un scrutin régionalisé, féodalisé, « länderisé » en quelque sorte, les députés européens seraient les représentants de leur région. Alors, ce serait facile pour l'oligarchie de Bruxelles, les juges de Luxembourg, les technocrates et commissaires de Bruxelles, et les banquiers de Francfort de gagner leur face-à-face avec des régions plutôt qu'avec des États nations séculaires ou millénaires. Et moi, je me bats contre ça parce que nous croyons à la pérennité de la Nation et nous croyons, c'est très concret, que quand un homme politique, le chef de l'État, bazarde un pouvoir son pouvoir… c'est le peuple qui perd sa liberté.

Michèle COTTA. – Alors, vous parlez de gaullisme, Pierre JUILLET et Marie-France GARAUD dans un point de vue… dans une tribune du FIGARO, je le rappelle ce sont les anciens conseilleurs de Georges POMPIDOU et de Jacques CHIRAC, Maurice DRUON qui est secrétaire perpétuel de l'Académie vient d'écrire aussi un texte sur la fin du gaullisme. Est-ce que vous pensez, vous, que cette… que CHIRAC est en train d'abandonner le gaullisme ou est-ce que vous pensez que c'est quand même plus compliqué ?

Philippe DE VILLIERS. – Moi, ce que je demande à Jacques CHIRAC plutôt que de regarder le passé, fût-il le passé récent avec la décision malheureuse de la dissolution et une cohabitation qui est plutôt une cohabitation de connivence, je lui demande deux choses moi à Jacques CHIRAC. La première, c'est de s'opposer aux socialistes, il vient de le faire sur la famille, il faut qu'il le fasse sur l'ensemble de nos convictions qui l'ont d'ailleurs porté au pouvoir, il ne faut pas qu'il oublie ses électeurs. Il avait promis qu'il romprait avec la pensée unique et puis la deuxième chose, c'est d'avoir une vision gaulliste de l'indépendance nationale et de la souveraineté nationale parce que…

Michèle COTTA. – C'est drôle de vous entendre parler de gaullisme, vous n'êtes pas un expert en la matière.

Paul GUILBERT. – Oui…

Philippe DE VILLIERS. – Écoutez, le gaullisme n'appartient à personne. Le gaullisme est un état d'esprit… le gaullisme, c'est simple, c'est la résistance, c'est savoir dire « non » et le gaullisme, il n'a pas d'étiquette, il n'a pas d'estampille et je dirais même que le grand malaise aujourd'hui du parti qui est censé être l'héritier du parti gaulliste, c'est-à-dire le RPR, c'est qu'il ne croit plus, il ne défend plus l'indépendance nationale.

Paul GUILBERT. – Enfin, ce n'était pas votre tradition nationale. Vous, où vous situez-vous maintenant ? Parce que je vois que votre ami MADELIN occupe le créneau libéral, solidement ; votre ami Charles MILLON a quelques problèmes et au fait, quels sont vos rapports avec lui maintenant et dans l'usage qu'il a fait des voix du Front national ? On nous dit que certains de vos militants fluent chez lui, la droite, dans son nouveau mouvement.

Philippe DE VILLIERS. – Écoutez, je ne l'avais pas remarqué mais si vous me le dites, vous êtes journaliste donc vous ne pouvez pas vous tromper…

Michèle COTTA. – Il y a eu un ou deux cas d'émigration, si j'ose dire.

Paul GUILBERT. – Quelques cas, quelques cas…

Philippe DE VILLIERS. – Non, mais je pense qu'Alain MADELIN a raison de défendre la baisse des impôts, l'idée de la liberté d'entreprise. Quant à Charles MILLON, il a eu le courage de rompre avec les appareils, il a eu le courage de ne pas rendre sa région à la gauche, de ne pas céder au terrorisme de la gauche et de résister à cette pression mais une résistance et une rupture ne font pas un projet. La question que moi je lui pose, c'est, qu'est-ce qu'il va faire sur le Traité d'Amsterdam.

Paul GUILBERT. – Eux sont européens, les deux hommes MADELIN et MILLON mais le Front national ne l'est pas. Alors c'est quoi ? C'est vers lui que vous allez aller ?

Philippe DE VILLIERS. – Monsieur MILLON a abjuré son centrisme, je lui demande…

Michèle COTTA. – Vous croyez que ça ira jusqu'à la position anti…

Philippe DE VILLIERS. – …On va voir s'il ne va pas abjurer son fédéralisme…

Michèle COTTA. – Ça fait beaucoup. Ça fait beaucoup quand même non ?

Philippe DE VILLIERS. – Moi, je crois si vous voulez actuellement pourquoi la droite va si mal, pourquoi l'opposition va si mal c'est parce qu'elle a oublié ses valeurs essentielles, ses convictions essentielles. Et ce que nous, il faut que nous disions… et c'est là-dessus que se fera la réunion de tous les électeurs au-delà des appareils et des gens qui sont plus ou moins usés, c'est 1/ rétablir la souveraineté de la Nation, 2/ rendre à l'école sa mission civilisatrice, 3/ favoriser et promouvoir les familles, 4/ rétablir l'ordre et la sécurité et enfin, comme le disait Charles PASQUA hier, redonner le sens du… récompenser le travail, le mérite et rétablir partout… rétablir l'autorité de l'État.

Paul GUILBERT. – Vous croyez que vous entrerez dans l'alliance qui est constituée par ce qui reste de l'UDF et par le RPR ?

Philippe DE VILLIERS. – Je crois que l'Alliance c'est un rafistolage d'appareils. Il y a deux manières de recomposer ou bien sur un point bas avec des procédés, avec des procédures, avec des appareils et ça se passe à Paris dans les couloirs des partis politiques, je n'y crois pas du tout… je crois que la recomposition, elle se fera sur un point haut là où il y a des idées et parmi ces idées, il faut retrouver l'idée nationale parce que la crise que nous vivons, la crise de la sécurité, la crise du problème de l'immigration, la citoyenneté, l'école, c'est une crise de la Nation. Nos gosses dans les écoles, PEGUY disait, l'école c'est apprendre à aimer. Apprendre à aimer quoi ? L'euroland ? Non, on apprend à aimer la France et donc, si on veut que la politique ait un sens demain, il faut retrouver l'idée nationale.

Michèle COTTA. – À propos de Charles PASQUA et d'Edouard BALLADUR, vous savez que Charles PASQUA donc a condamné l'initiative d'Edouard BALLADUR, enfin la proposition de réunir une commission sur la préférence nationale, quelle est votre opinion là-dessus ? Il fallait le faire, il ne fallait pas le faire ?

Philippe DE VILLIERS. – Si vous voulez, ce qui fonde la liberté d'un peuple, Michèle COTTA, c'est l'indépendance nationale. Cela veut dire quelque chose juridiquement, la souveraineté nationale. Et je suis toujours surpris de voir des hommes politiques qui ont voté le Traité de Maastricht donc l'abandon de la souveraineté nationale et qui s'apprêtent à voter le transfert de tous nos pouvoirs en matière d'immigration alors que c'est un vrai problème, l'entrée et la sortie du territoire français, ce sera Bruxelles qui le déterminera. C'est ça la vraie question. Alors, c'est là-dessus que nous souhaitons caler le…

Michèle COTTA. – Donc vous pensez qu'alors cela n'a pas de sens de faire une commission sur…

Philippe DE VILLIERS. – Je crois que monsieur BALLADUR a fait là un acte manqué, un lapsus, il voulait dire par là « quel dommage qu'on soit en train de brader l'indépendance nationale ». Donc, qu'il aille plus loin et plus largement dans ce raisonnement. Il faut remonter un petit peu plus haut, quand il n'y a plus la Nation, il n'y a plus rien à préférer.

Paul GUILBERT. – Vous avez parlé d'une cohabitation de « connivence » entre CHIRAC et JOSPIN. Lequel domine l'autre à votre avis ?

Philippe DE VILLIERS. – Ça dépend. Ça dépend des moments. Je crois que monsieur JOSPIN suit monsieur CHIRAC pour l'Europe. Monsieur CHIRAC est passé du gaullisme au « Kohlisme » sur l'Europe.

Michèle COTTA. – C'est un bon mot, ça, c'est un bon mot…

Philippe DE VILLIERS. – Non, c'est un mot assez… d'ailleurs, il vous fait sourire !

Michèle COTTA. – Parce que vous l'avez déjà dit la semaine dernière à votre congrès…

Philippe DE VILLIERS. – Oui mais il est assez juste…

Michèle COTTA. – Je vous attendais là-dessus…

Philippe DE VILLIERS. – Il n'a pas été démenti. Et puis sur le reste, monsieur CHIRAC, il suit monsieur JOSPIN. Par exemple, sur la réforme de la justice, moi, je n'aurais pas suivi, d'ailleurs je n'ai pas suivi dans mon vote monsieur JOSPIN, sur…

Paul GUILBERT. – Pas sur la famille dites-moi, bien qu'il y ait eu une sorte de conversion de la gauche et de monsieur JOSPIN à la politique familiale…

Philippe DE VILLIERS. – Ah non, je ne crois pas !

Paul GUILBERT. – Vous n'êtes pas de cet avis ? Vous êtes de l'avis…

Philippe DE VILLIERS. – Non. Je vais vous dire pourquoi

Paul GUILBERT. – Oui.

MICHÈLE COTTA. – Rapidement, nous arrivons à la fin de cet entretien…

Philippe DE VILLIERS. – Je crois que monsieur CHIRAC a eu raison de rappeler à l'ordre le Gouvernement. Monsieur JOSPIN, on devrait lui proposer un poste comme magicien ménestrel au grand parcours du Puy du Fou. Il y a… de la main droite, il fait sortir une colombe et puis pendant ce temps-là, il y a la main gauche qui fait autre chose, qui fait le contraire. Monsieur JOSPIN donc dit : « voilà, je rétablis les allocations familiales pour toutes les familles ». Alors là, on est tenté de se dire, nous les gens de droite, le socialisme, ça fait du bien quand ça s'arrête. Mais pas de bol, après, il ajoute : « oui mais on va baisser le quotient familial ». C'est-à-dire qu'il y a 380 familles qui respirent et 500 familles qui vont être à nouveau frappées. En d'autres termes, ce n'est pas une politique familiale surtout au moment où on prépare ce qu'ils appellent le démariage et au moment où ils préparent le contrat d'union civile, c'est-à-dire le mariage homosexuel. Non, ce n'est vraiment pas une politique familiale…

Paul GUILBERT. – Vous caricaturez un peu…

Philippe DE VILLIERS. – Non, je ne caricature pas, c'est une coïncidence mais ce que je veux dire, c'est qu'il faut qu'on ait tous conscience en France, par-delà toutes les sensibilités que la famille et la Nation sont les deux creusets affectifs et que la famille, elle existe pour protéger le plus faible d'entre nous, c'est-à-dire l'enfant.

Michèle COTTA. – Vous ne croyez pas à un recentrage de Lionel JOSPIN ? Très rapidement, vous ne pensez pas qu'il est en train de faire un mouvement, une ouverture vers le centre ?

Paul GUILBERT. – Une sorte de CLINTON, une sorte de BLAIR…

Philippe DE VILLIERS. – Quand il va aux États-Unis, il va chercher… il fait de la transfusion médiatique quoi !

Michèle COTTA. – Ce n'est pas des électeurs qu'il va chercher.

Philippe DE VILLIERS. – Non mais enfin, les gens écoutent ça en disant « ça y est… » en plus il se met à parler anglais etc. c'est sympathique, il découvre les États-Unis, il dit : « ah, je ne croyais pas que c'était ça ! » Simplement il faudrait qu'il ajoute, là-bas, il n'y a pas les 35 heures, là-bas il n'y a pas les emplois-jeunes et pourquoi les États-Unis réussissent à créer des emplois ? Parce qu'ils ont baissé les impôts. Voilà. Donc monsieur JOSPIN, j'espère que dans l'avion, il a réfléchi, qu'il s'est dit : « mais qu'est-ce qui se passe… ? » Eh bien, il va trouver très vite. Il va se dire : « parce qu'ils ont baissé les impôts ! » Donc, si monsieur JOSPIN libère les entreprises, libère l'initiative, alors il va se recentrer et la situation ne fera que s'améliorer. Pour l'instant, la reprise, l'embellie, elle vient de l'extérieur, elle nous vient justement des États-Unis.

Michèle COTTA. – Philippe de Villiers, merci.