Interview de M. Lucien Rebuffel, président de la CGPME, à Europe 1 le 23 décembre 1993, sur le projet de loi de M. Madelin pour la création d'entreprise.

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Média : Europe 1

Texte intégral

A. Dumas : Vous avez été j'imagine vous-même, associé au texte de projet de loi et vous en espérez beaucoup.

L. Rebuffel : Bien sûr et le ministre n'a pas eu beaucoup de temps. Sans doute en aurais-je aussi peu que lui pour m'exprimer. Le ministre, qui a une réputation de très grand libéral, nous faisait un peu peur lorsqu'il a été nommé à ses fonctions actuelles. Mais je dois dire que nous sommes tout à fait rassurés par ses propos et surtout par le projet de loi que nous avons lu et auquel nous avons été associés. Je suis d'accord pour considérer qu'il foisonne d'idées favorables à la croissance et donc à l'emploi ou plus exactement à l'emploi qui soutiendra la croissance. Il ne faut pas oublier que 28 % des Français sont prêts à créer leur entreprise.

A. Dumas : Vous pensez que ce sont les PME qui sont susceptibles de créer le plus d'emplois en France ?

L. Rebuffel : C'est incontestable. Je n'ai pas besoin de faire le savant, tout le monde le dit. Encore qu'elles aient débauché ces dernières années. Mais tous les experts le disent : les grandes entreprises ne créeront plus d'emplois. Les PME sont l'espoir suprême y compris aux États-Unis où il y a une véritable politique de soutien telle celle que Madelin veut créer avec sa loi du mois de janvier.

A. Dumas : Mais en attendant la courbe du chômage continue de grimper.

L. Rebuffel : C'est vrai, même en 1994, malgré une certaine reprise, il y aura encore pour les PME un léger tassement de l'emploi.

A. Dumas : Et malgré un certain nombre de coups de pouce du gouvernement, on n'en voit pas encore le résultat. Est-ce que c'est parce que les chefs d'entreprise montreraient un peu de mauvaise volonté ?

L. Rebuffel : Les chefs d'entreprise montreront toutes les bonnes volontés du monde que vous voudrez. Deux Français sur trois sont employés dans les PME. On ne peut pas créer des emplois pour faire plaisir au Premier ministre, à M. Madelin ou même à M. Rebuffel. On crée des emplois quand il y a de la demande. Nous traversons une crise de la demande. Il y a une épargne de précaution, les gens ont une grande peur du chômage.

A. Dumas : Mais on dit ça depuis neuf mois…

L. Rebuffel : Il faut consommer. Il faut que la confiance revienne. C'est l'appel que je lance. La machine ne marche pas parce que l'essence n'est pas dedans. Les Français ont peur de l'avenir. Je leur dis, "oui, vous avez raison d'être craintifs, on ne sait pas s'il y aura des emplois pour nos enfants, même les plus diplômés, mais consommez car c'est le moteur de la croissance". La loi de M. Madelin est féconde et je suis sûr qu'elle répondra à l'aspiration de beaucoup d'entrepreneurs en puissance.