Texte intégral
Mesdames, Messieurs,
La lutte contre le SIDA nous interpelle : la France est le pays le plus touché de la Communauté européenne : 32 000 cas cumulés – 15 familles en deuil par jour – plus de 100 000 séropositifs par jour.
Face à cette situation d'urgence, nous devons être à la hauteur de nos devoirs. Et notre premier devoir c'est la prévention, le seul vaccin qui existe aujourd'hui.
Dans ce domaine, notre pays a pris beaucoup de retard, dans les grandes campagnes d'information en particulier en direction des populations à risque, au premier rang desquels sont les jeunes. Ce sont avant tout ces jeunes qui sont concernés par le SIDA.
J'ai considéré qu'il était de mon devoir, de responsable de la santé publique, non seulement d'informer les jeunes sur les modes de contamination, mais également de leur donner les moyens de se préserver.
Nous avons également pris du retard dans l'utilisation du préservatif : en 1990, 100 millions de préservations étaient utilisés en Allemagne et en Angleterre et 35 millions en France.
En 1992, 170 millions de préservatifs ont été utilisés en Allemagne, 160 millions en Angleterre et 100 millions en France. Nous devons continuer à rattraper notre retard.
Lorsque je suis arrivé dans ce ministère, on m'a dit trois choses :
Premièrement, 65 % des utilisateurs de préservatifs déclarent qu'ils achèteraient plus facilement des préservatifs s'ils étaient moins chers. Ce pourcentage s'élève à 79 % chez les utilisateurs de moins de 20 ans.
Deuxièmement, une grande majorité des utilisateurs achètent leurs préservatifs en pharmacie. 99 % des Français considèrent que les officines vendent des produits sûrs et de qualité.
Troisièmement, on m'a dit qu'il était impossible de délivrer en pharmacie un préservatif de qualité et peu onéreux.
Et bien ce défi impossible, Mesdames et Messieurs, nous l'avons relevé tous ensemble.
À mon appel, les pharmaciens, les fabricants et leurs grossistes répartiteurs se sont réunis avec une seule et même volonté : celle d'aboutir.
Ne croyez pas que cette opération était simple pour eux. Chaque semaine, il y eut un nouveau problème à régler, prévu ou imprévu, une multitude de petits obstacles qui, accumulés, risquaient de compromettre cette opération.
Nombreux sont les services publics sollicités pour aboutir à la réalisation de ce produit : les responsables des normes, la direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes, le service des monnaies, le Laboratoire national d'essais.
Les associations de lutte contre le SIDA – AIDES, ARCAT-SIDA, l'Association des jeunes contre le SIDA – ont collaboré étroitement à la mise au point de ce préservatif. Elles nous ont apporté la connaissance de la prévention. Je salue ici Arnaud Marty Lavauzelle, Pierre Bergé, Stéphane Mantion.
Je voudrais tous et toutes vous remercier de votre compréhension, de votre constance et de votre appui. Enfin quand c'est posé la question de savoir comment informer les jeunes pour leur faire connaître l'existence de ce préservatif, nous avons trouvé TF1 et les afficheurs à nos côtés.
Je crois vraiment que tout, dans cette opération est exemplaire. Dès lors qu'il y a un enjeu de santé publique, la démonstration est faite que les pouvoirs publics, les professionnels de santé, les industriels, les associations et les médias peuvent faire œuvre commune.
On dit que la prévention est l'affaire de tous. Nous avons, ensemble, démontré de façon concrète que c'est possible.
Mais la prévention est aussi l'affaire de chacun. Si nous avons franchi une étape essentielle pour un meilleur accès au préservatif, nous sommes encore loin d'avoir pu gagner la bataille contre le SIDA.
Sans doute, le malaise des âmes qui résulte des effets de cette maladie sur notre jeunesse, ne saurait-il être guéri par quelque produit que ce soit.
Tout au plus pourra-t-il être adouci par un changement de condition morale qui fasse de l'homme un être responsable au lieu d'être l'instrument d'une fatalité.
C'est ce message de raison et d'espoir, qu'au-delà de l'action entreprise, je voulais délivrer aujourd'hui.