Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur la formation et le statut des chirurgiens dentistes, Paris le 21 novembre 1988.

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Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Congrès de l'association dentaire française à Paris du 21 au 24 novembre 1988

Texte intégral

Monsieur le président,
Mesdames,
Messieurs,

J'ai craint jusqu'à la fin de la semaine dernière de ne pouvoir honorer personnellement votre invitation et je suis donc particulièrement heureux d'être parmi vous aujourd'hui.

Je souhaitais en effet vous exprimer tout l'intérêt que je porte à ce qui touche à la santé bucco-dentaire des français, à de l'odontologie moderne non seulement en France, mais en Europe et dans le monde, sans oublier pour autant les problèmes des professionnels qui ont cette santé en charge. Vous venez, Monsieur le président, d'en évoquer quelques-uns.

Vous avez eu raison de rappeler l'extraordinaire progression de la profession dentaire depuis 1967 dont chacun s'accorde à reconnaître la qualité et la compétence.

Je ne citerai que quelques-unes des principales étapes de cette progression :
- la création d'un doctorat du 3e cycle en sciences odontologiques en 1966 ;
- la création d'un doctorat d'exercice en chirurgie dentaire en 1971 ;
- la définition de la capacité professionnelle et du droit de prescription du chirurgien-dentiste par la loi de juillet 1972 ;
- la prise en charge par l'État de la formation des chirurgiens-dentistes à partir de 1965 ;
- et enfin l'octroi du statut universitaire à partir de 1969.

Parallèlement à cette progression, les pouvoirs publics ont consenti un gros effort pour doter notre pays d'un plus grand nombre de praticiens à formation universitaire plutôt que de déléguer des tâches soignantes à des auxiliaires. Ce nombre accru de praticiens avait été rendu nécessaire pour répondre à la demande croissante de soins liée à la fois à l'extension par voie contractuelle de la couverture du risque dentaire, à l'augmentation du niveau de vie et à l'amélioration de la qualité de la vie réclamée par les français.

Grâce à une planification qui s'est avérée efficace la pléthore a pu être évitée dans votre profession et il faut s'en féliciter, je tiens à rendre hommage à vos organisations professionnelles pour le sérieux avec lequel elles ont suivi ce délicat dossier de la démographie. Comme vous le savez nous avons ramené cette année à 850 le nombre des étudiants admis l'an prochain en 2e année des études dentaires, compensant ainsi approximativement le nombre des praticiens qui quittent la profession. Je sais que le Conseil national de votre ordre s'est lui aussi doté d'un bon outil pour suivre l'évolution de la démographie professionnelle et je l'en félicite. Toutes les bonnes volontés sont utiles lorsqu'on aborde cet épineux problème.

Qu'il me soit également permis de souligner compte tenu des difficultés inhérentes à toute action de prévention, les mérites de votre profession en ce domaine.

En créant en 1966 un organisme chargé de concevoir et d'animer une politique de prévention efficace, vous avez fait œuvre de précurseurs et cette politique porte aujourd'hui ses fruits. Grâce aux efforts déployés depuis 20 ans par l'UFSBD une conscience de prévention s'est développée et fait son chemin, tant dans la population que parmi la profession dentaire elle-même.

Le ministre de la santé y a apporté sa contribution en favorisant l'introduction en France du sel fluoré et l'utilisation des sucres de substitution moins cariogènes que les sucres raffinés. Ainsi une tentative pour instaurer une prophylaxie de masse de la carie dentaire vient de voir le jour, pour la première fois dans un grand pays comme le nôtre. Nous en évaluerons les effets en renouvelant en 1990 et 1993 l'enquête sur un échantillon national représentatif comme nous l'avons fait en 1987.

Dans le même esprit nous suivons avec intérêt la campagne de promotion de la santé bucco-dentaire entamée l'an dernier par l'ADF, car il reste beaucoup à faire pour que disparaissent certaines idées reçues sur la santé et les soins dentaires et surtout pour que les comportements se modifient et s'adaptent aux connaissances acquises.

Vous venez, Monsieur le président, d'évoquer quatre dossiers en suspens dont vous souhaitez une résolution rapide car un large consensus serait réalisé à leur sujet. Il s'agit du diplôme de chirurgie buccale, du statut hospitalier des étudiants en chirurgie dentaire, du statut de praticien hospitalier pour les odontologistes des CHU et enfin d'une réforme de la formation initiale du futur praticien.

Je peux aujourd'hui apporter quelques-unes des réponses que vous attendez.

S'agissant du diplôme de chirurgie buccale, il m'est possible de vous annoncer que nous sommes parvenus à un accord avec le ministère de l'éducation nationale la semaine dernière et que ce diplôme devrait être créé dans les prochaines semaines.

Concernant le statut hospitalier des étudiants, un texte a été élaboré en accord avec toutes les parties concernées, il devrait être publié prochainement réglant enfin le problème du statut hospitalier des étudiants.

Pour ce qui est du statut de praticien hospitalier des odontologistes des CHU je peux vous indiquer qu'un texte est actuellement en préparation aux fins de doter la profession du véritable cadre de praticiens hospitaliers qui lui manquait.

Enfin, il reste à apporter en collaboration avec votre profession et le ministère de l'éducation nationale les réponses aux questions que pose la formation initiale des praticiens.

Je souhaite que nous y travaillions, tous avec le souci d'adapter la formation initiale au profil du praticien de l'an 2000 compte tenu des évolutions des techniques de soins et de la santé bucco-dentaire de la population.

Je ne doute pas que nous puissions y parvenir prochainement.

Telles sont les orientations que je souhaitais aujourd'hui présenter devant votre association qui je le sais, réunit la plupart des professionnels de notre pays.

En parcourant le programme de votre congrès, j'ai mesuré l'importance et la variété des sujets abordés. Cette première journée consacrée au panorama de la dentisterie dans le monde, réunissant d'éminents praticiens venus d'horizons lointains a connu, j'en suis persuadé, le plus grand succès malgré les difficultés que nous avons vécues ces dernières semaines.

À côté de l'important programme scientifique j'ai également relevé avec intérêt la séance consacrée à la profession dentaire et la communauté européenne, le festival international du film et de la vidéo dentaires et la séance consacrée à la coopération bucco-dentaire dans les pays en voie de développement.

Vous justifiez ainsi votre réputation d'être la plus grande manifestation de formation continue réalisée en France en matière d'odontologie et je tenais à vous en féliciter.

Je suis, en effet, convaincu que la formation continue est l'une des clés de la qualité des soins et de la maîtrise des dépenses de santé qui seules permettront le maintien de notre système de santé et de protection sociale.

Qu'il me soit permis pour conclure de souhaiter à la suite de vos travaux un ample succès.