Article de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, dans "L'Humanité" du 7 juillet 1998, sur les mesures d'économie pour l'assurance maladie annoncées par Martine Aubry et les propositions du PCF pour augmenter les recettes de la protection sociale, notamment la taxation des revenus boursiers et financiers.

Texte intégral

Le problème de la Sécurité sociale est d'abord l'insuffisance de ses recettes. Toutes les possibilités n'ont pas encore été explorées.

La ministre de la Solidarité, Martine Aubry, a annoncé hier des mesures d'économie pour l'assurance maladie, tout en condamnant le plan Juppé, qu'elle juge « ni juste, ni efficace ». Parmi ces mesures, la mise à contribution des laboratoires pharmaceutiques est la bienvenue.

Certes, il faut toujours regarder là où éventuellement des abus peuvent se commettre et où des gâchis doivent se combattre. Mais, en soi, l'alarme que provoque le principe même d'une hausse des dépenses, les notions de « dérapage » ou de « dérive » posent un problème quant au rôle de la santé dans la société. Car, prise dans sa globalité, la hausse des dépenses de santé ne doit-elle pas d'abord être perçue comme un signe de progrès ? Le développement des techniques, la multiplication des thérapies, la prolongation de la vie, la volonté de soigner ce qui hier était incurable, cela coûte évidemment de l'argent. Mais est-ce anormal ? N'avons nous pas exagérément peur du mot « dépenses » ? Vouloir à tout prix comprimer encore davantage est contraire au progrès de la société. De plus, cela se révèle inefficace. Les gens se soignent malgré tout et c'est leur pouvoir d'achat qui se réduit au détriment de leur consommation dans les autres domaines.

D'autant que tout montre que le grand problème de la protection sociale n'est pas l'excès des dépenses mais l'insuffisance des recettes. Le chômage, les bas salaires ont érodé ces dernières. Mais pas seulement. Au regard de la dimension des profits, la part patronale s'est réduite au fil des années. Il est temps de sortir des solutions qui ont fait la preuve de leur inefficacité et d'exploiter des voies nouvelles.

Au lieu de persister sur la voie d'une CSG qui frappe retraités et chômeurs, qu'est ce qui empêche d'envisager une taxation plus conséquente des revenus boursiers et financiers ? Cette question, l'année où la Bourse a battu quarante-deux fois ses records de hausse, prend tout son sens. Il serait socialement plus juste et économiquement plus efficace de faire moins cotiser les entreprises créatrices d'emplois et de faire davantage participer celles s'orientant vers la spéculation financière. Chaque année, 1.400 milliards de francs de profits viennent non pas du travail mais de cette spéculation.

Et ces profits, qui sont un phénomène relativement récent, ne participent guère à l'effort national. Innover, c'est tenir compte de cette réalité nouvelle : il existe des sources encore sous-utilisées de contribution à la solidarité. Lors du dernier débat budgétaire, sollicitée par les députés communistes, Martine Aubry avait reconnu que cela valait la peine d'y réfléchir. Eh bien, le moment est venu, d'autant que l'on parle de penser et d'établir de nouvelles conventions. Nous sommes là devant un choix décisif de priorité entre l'homme et la finance. Et, suivant le choix qui sera fait, le gouvernement aura ou n'aura pas avec lui le poids de l'opinion publique.

A l'inverse, sans attendre, le mouvement populaire aurait tout à gagner à prendre l'initiative du débat sur le financement de la protection sociale.