Déclaration de M. Valéry Giscard d'Estaing, président de l'UDF, à Puteaux le 8 juin 1994, et article dans "Le Monde" le 11 intitulé "Choisir notre Europe", sur la construction européenne et, notamment dans la perspective de l'élargissement, la nécessaire réforme des institutions européennes.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Meeting de la liste "L'Union UDF RPR", à Puteaux le 8 juin 1994.

Média : Le Monde

Texte intégral

Déclaration de V. Giscard d'Estaing – 8 juin 1994

Monsieur le Premier ministre,
Madame,
Monsieur le maire de Toulouse,
Chers Compagnons, Chers Amis,

Il y a moins de 48 heures, M. le Premier ministre, nous commémorions ensemble le cinquantième anniversaire du débarquement en Normandie. De Sainte-Mère-Eglise à Caen, d'Utah à Juno, de combats en cimetières, tout au long de ces cérémonies émouvantes, nous avons, je crois, tous ressenti la même douleur en même temps que la même espérance : plus jamais ça !

Il s'agit bien de la guerre et il s'agit bien de la guerre en Europe, cette Europe qui détient le triste privilège d'avoir inventé la guerre mondiale, puis d'avoir récidivé de façon plus odieuse encore. Qui pourrait douter qu'il n'est pas de tâche plus impérieuse que d'extirper de ce continent le germe récurrent de la barbarie. Oui, qui pourrait en douter ?

C'est en effet tout le paradoxe européen que d'avoir été le berceau de la civilisation, puis celui du progrès, avant que d'avoir enfanté les plus monstrueuses dérives que l'esprit humain ait jamais engendrées.

Plus jamais ça ! C'est dans cet espoir, mes chers Compagnons, que nous nous sommes éveillés à l'action politique, parce que le Général de Gaulle sût le fondre avec l'idée nationale pour forger le socle du message retrouvé de la France. « Cette guerre est morale », avait-il dit à Churchill dès le 17 juin 1940.

« Cette guerre est morale » : tout était dit et la France, déjà, du côté des vainqueurs.

C'est pourquoi je le dis en passant, il me semble que le Général de Gaulle a été un peu le grand oublié des cérémonies auxquelles nous venons d'assister, comme s'il s'était agi d'occulter le rôle de celui sans lequel le drapeau français n'aurait pas flotté aux mâts des alliés et auquel la France doit d'avoir regagné non seulement sa liberté mais aussi son indépendance.

Je crois que nous aurons dans quelques jours à Bayeux, M. le Premier ministre, l'occasion de réparer cet oubli et de rendre au Général de Gaulle l'hommage solennel qui lui est dû.

L'idée européenne, bien sûr, est issue du même moment, de ce même espoir. Elle se résume en un mot : la paix et elle en est totalement indissociable dans l'esprit des peuples européens. Voilà pourquoi, cinquante ans après, l'idée européenne à nouveau vacille. C'est que la guerre a ressurgi en Europe et que l'Europe n'en peut mais.

Nous avons été nombreux – pas tout à fait assez, mais nombreux – il y a près de deux ans, à considérer que la voie dans laquelle s'engageait la construction européenne ne permettrait pas de résoudre le conflit qui venait de naître en Yougoslavie, puisqu'on avait choisi de figer notre continent dans la configuration que Staline lui avait imposée par la force, au lieu de réconcilier l'Europe avec son histoire et avec sa géographie.

Que n'avons-nous entendu sur ce point, quand tout indique clairement désormais que l'Europe du XXIème siècle reste à inventer, si du moins nous voulons qu'elle corresponde à l'espoir d'origine, c'est-à-dire être un espace de paix et de prospérité dans le monde.

L'initiative que vous avez prise, pour la stabilité en Europe, M. le Premier ministre, va dans ce sens. Elle doit être l'ébauche de cette Union politique du continent tout entier sans laquelle n'en doutons pas, c'est tout le processus de construction engagé depuis le Traité de Rome qui finira par fonctionner à rebours.

Ne nous y trompons pas, en effet : sur le plan politique, il ne saurait y avoir d'Europe à plusieurs vitesses car il n'y aurait rapidement plus d'Europe du tout, tant l'aspiration à la paix et à la sécurité est, je le répète, le fondement même de l'idée européenne, fondement faute duquel toutes les autres constructions – économiques, monétaires, commerciales – s'effondreraient une à une.

Voilà pourquoi il nous faut remettre la construction européenne dans le bon sens et engager, quelles que soient les difficultés, les pesanteurs, les habitudes, l'Union, politique d'abord, la sécurité ensuite, de défense enfin, qui dessinera, pour tous les peuples européens, le cadre d'un avenir commun.

Qui peut croire, en effet que dans le monde dans lequel nous entrons, un monde où l'image et l'information circulent instantanément, nous pourrions impunément garder une moitié de l'Europe, prospère autant que faire se peut, à l'abri de l'autre, de plus en plus démunie ?

Déjà, la pression migratoire est considérable, même si nous ne la percevons pas encore directement en France. De la Russie vers la Roumanie et la Pologne, de la Roumanie vers la Hongrie, de tous ces pays et de l'ex-Yougoslavie vers l'Allemagne, un formidable transfert de populations a commencé. L'organisation des Nations Unies elle-même estime à vingt millions les Européens de l'Est qui chercheront à émigrer dans les dix ans qui viennent.

C'est à cette Europe-là qu'il nous faut, maintenant, nous préparer et rien ne me paraîtrait plus illusoire et dangereux, sauf à rétablir le rideau de fer, que de penser que nous pourrions continuer à faire l'Europe comme nous l'avons faite jusqu'ici.

À ce monde nouveau, il faut un nouveau projet européen.

Déjà l'élargissement de l'Union européenne est inéluctable et cet élargissement suffit à lui seul à changer la nature de la construction européenne. À 15, à 20, à 30, les institutions communautaires ne peuvent plus fonctionner comme elles l'ont fait jusqu'à présent, en réduisant progressivement la marge de manœuvre des États. Au fur et à mesure que se dessine la nécessité politique et morale de l'élargissement, la perspective fédérale s'estompe au profit d'une grande Confédération des peuples d'Europe, une grande Confédération qui, par la force des choses, sera construite sur la coopération bien davantage que sur l'intégration à marche forcée.

Que faut-il à cette Confédération ? Il lui faut d'abord un système de sécurité collective. Il lui faut ensuite un grand marché commun, et des coopérations scientifiques et techniques sur le modèle d'Airbus et d'Ariane espace. Il lui faut sans doute, aussi des ententes régionales spécifiques susceptibles de préserver un certain équilibre entre les différentes parties du continent et d'assurer la stabilité des zones où les nationalités sont depuis toujours étroitement imbriquées les unes dans les autres.

Une telle construction doit-elle s'étendre à la Russie ?

Sans aucun doute, parce que rien de solide, rien de durable, rien de pacifique, ne se fera en Europe sans elle, vous le savez mieux que personne, Madame.

L'initiative doit-elle venir des pays de l'Union Européenne ? À l'évidence, oui, parce qu'ils ont, seuls, les ressources nécessaires, la stabilité politique et l'habitude de la coopération volontaire.

Cela ne signifie pas, bien entendu, qu'il faut ouvrir tout d'un coup les frontières commerciales entre l'Est et l'Ouest, ni prêter massivement et sans discernement aux pays qui se sont libérés du joug totalitaire. Les choses doivent être progressives. Il a fallu plus de 10 ans à partir du Traité de Rome pour achever le marché commun à six. Nul ne peut raisonnablement espérer qu'il faudra moins de temps pour instaurer le grand marché commun pan-européen.

Mais enfin, il faut au plus vite en jeter les bases et en prévoir les étapes. C'est là la vraie priorité de l'Europe d'aujourd'hui, c'est là que se situe pour l'Europe l'enjeu historique de cette fin de siècle. L'enjeu est historique mais la tâche est évidemment délicate. Bien organisée, la libéralisation progressive des échanges peut resserrer les liens entre les peuples. Mal conduite, elle peut au contraire opposer les peuples les uns aux autres.

Pour que la solidarité l'emporte sur le conflit, pour que le commerce contribue à la prospérité de tous, il faut s'efforcer au préalable de rendre équitable les conditions de la concurrence. Naturellement, il n'est pas question d'attendre que les niveaux de développement soient identiques, ni que les niveaux de protection sociale soient égaux ou alors on attendrait éternellement. Mais il faut au moins que soient effacées les distorsions les plus graves qui faussent totalement les rapports d'échange.

Pour que notre agriculture et notre industrie puissent relever le défi de cette nouvelle concurrence sans être vouées immanquablement à la faillite ou à la délocalisation, pour que cette concurrence monétaires soit tolérable, il faut au moins que ses conditions monétaires soient assainies. Et naturellement, il ne s'agit pas de miser sur une monnaie unique de l'Atlantique à l'Oural, mais de procéder à une remise en ordre des aides et les soutiens nécessaires pour y parvenir.

Au-delà de la question monétaire, bien d'autres sujets appellent d'urgence une implication de la part des pays occidentaux, et pas seulement au nom de la morale mais aussi au nom de l'intérêt commun bien compris. Car c'est bien l'intérêt commun qui pousse, par exemple, à combattre les désastres écologiques légués par le communisme comme les risques nucléaires.

Viendra-t-il un jour où toutes les nations d'Europe n'en formeront plus qu'une seule ? Viendra-t-il un jour où tous les peuples trouveront naturel d'être soumis à une seule loi, d'utiliser une seule monnaie, d'élire un seul Président ? Qui sait ? Rien n'est plus difficile à prévoir.

Ce qui est certain, c'est qu'il y a des problèmes qui sont là, qui ne peuvent attendre et qu'il nous faut résoudre avant de porter notre regard sur l'horizon le plus lointain où se promènent ces chimères merveilleuses dont on ne sait qu'une chose, c'est qu'elles s'évanouissent au fur et à mesure qu'on s'en approche et qu'à vouloir les poursuivre on finit par se perdre.

Marché commun pan-européen, remise en ordre monétaire dans les pays de l'Est, plan de lutte contre les catastrophes écologiques et les risques nucléaires, voilà ce qui, avec la sécurité collective, doit nous préoccuper aujourd'hui, nous autres européens. Il y a là, pour la France, matière à faire renaître l'espoir en Europe.

C'est ainsi que nous changerons le cours de la construction européenne, en lui conférant enfin sa véritable dimension.

En sommes-nous capables ou bien sommes-nous condamnés à rester prisonniers des conceptions d'hier, les années à venir le diront. Mais ne tardons pas trop à choisir, sinon je crains que le Président Clinton n'ait eu raison de nous rappeler que déjà, par deux fois, l'Europe a engendré le pire.

Voilà, M. le Premier ministre, chers compagnons, chers amis, la tâche ardente qui me parait commander, sur le sol de notre continent, toutes les autres. On peut regretter que les élections européennes n'aient pas permis que ce débat s'instaure. Il n'en est pas pour autant escamoté, tant il apparaît qu'il sera bien, l'année prochaine, au cœur de toutes nos interrogations. Je ne doute pas, d'ailleurs, que la France qui présidera l'Union Européenne dans quelques mois, saura sous votre autorité, M. le Premier ministre, prendre les initiatives nécessaires.

Il ne restera donc sans doute, de ces élections, que leur signification nationale. C'est ce qui explique, me semble-t-il, que la campagne ait pris ces derniers jours une tonalité qui ne fait pas, je vous le dis très sincèrement, les affaires de notre majorité.

L'an dernier, une très large majorité des Français nous a accordé sa confiance. Une majorité comme aucun gouvernement n'en a jamais eue. Et pourtant, quelques mois auparavant, ces même français s'étaient un peu près répartis par moitié dans des votes différents. Qu'ils aient, en conscience, voté oui, ou bien qu'ils aient voté non, c'est ensemble qu'ils ont élu la majorité qui aujourd'hui gouverne le pays. C'est ensemble, je le souhaite de tout cœur, qu'ils choisiront et qu'ils éliront l'an prochain celui qui aura à diriger la France. Voilà l'essentiel !

Alors, ne faisons de procès d'intention à personne. Le RPR et l'UDF, qui sont l'ossature de notre majorité, ont fait une liste d'union, et ils sont bien fait. Pour cette raison, l'essentiel des électeurs de la majorité se reconnaîtra dans cette liste que dirige notre amis Dominique Baudis. Une liste dissidente s'est néanmoins présentée, pour laquelle un certain nombre d'électeurs de la majorité s'apprête à voter. Faut-il exclure au lieu de rassembler ? Je ne le crois pas et, en ce qui me concerne, je ne le ferai pas.

Pour moi, la majorité est celle qui est sortie des urnes au mois de mars 1993. C'est cette majorité là qu'il nous faut rassembler à nouveau dans la perspective de l'échéance majeure de 1995.

Voilà l'essentiel, je le disais il y a un instant ! Il faut que la majorité se rassemble pour cette élection dans laquelle il n'y a qu'un seul siège à pourvoir car, là, je le sais d'expérience, la division nous conduit directement à l'échec.

C'est pourquoi je plaide depuis plus de cinq ans pour une candidature unique de la majorité dès le premier jour de l'élection présidentielle. C'est pour y parvenir que j'ai préconisé, avec d'autres, l'organisation d'élections primaires permettant à chaque candidat de défendre ses chances et donc à chaque formation politique de soutenir le candidat de son choix dans ce tournoi préliminaire.

Il est encore temps de mettre en place un tel système, ou tout autre qui permettrait d'arriver au même résultat dans des conditions d'équité et de transparence. L'union, n'en doutez pas, c'est à cette aune-là, et à cette aune-là seulement, que les électeurs de la majorité, toutes sensibilités confondues, la mesureront le moment venu.

Voilà la tâche à laquelle il faut nous attaquer dès le lendemain de cette élection européenne. Voilà ce à quoi, pour ma part, j'entends consacrer mes efforts.


Le Monde : 11 juin 1994
Choisir notre Europe

Au moment où s'achève la campagne des élections européennes, j'entends répéter un peu partout : « Le débat européen est compliqué », « Personne ne défend l'Europe ! », « Les Français ne se sentent pas concernés ». Et si les choses étaient à la fois plus simples et plus importantes ?

Plus simples ? L'Europe possède depuis quinze ans une Assemblée d'élus chargée de contrôler son fonctionnement, et qui vient d'être dotée de pouvoirs plus étendus. Cette Assemblée va devoir désormais ratifier par un vote la nomination du futur président de la Commission européenne. Grâce au mécanisme nouveau de la « codécision », il ne sera plus possible de modifier la politique agricole commune ou d'instituer un impôt européen sans obtenir son avis conforme.

C'est elle qui devra suivre la mise en place de la monnaie unique européenne, puisque la date limite de son introduction, le 1er janvier 1999, s'inscrit à l'intérieur de la durée du mandat des députés que nous nous apprêtons à élire. Ceux-ci devront veiller à ce que les intérêts de chaque pays, et en particulier ceux de la France, soient pris en compte. Or l'usage de la monnaie unique européenne représentera dans la vie quotidienne des Français, pour leur consommation, leur épargne et leurs déplacements à l'étranger, le plus grand changement qu'ils aient connu depuis la guerre.

Sur tous ces sujets, l'enjeu du vote du 12 juin se résume à cette alternative : les Français préfèrent-ils prolonger une Europe à majorité socialiste, telle que nous l'avons connue au Parlement européen depuis cinq ans, ou veulent-ils donner à l'Europe une majorité libérale, comme ils l'ont fait en France en mars 1993 ?

Il existe au Parlement européen deux grands groupes de plus de cent cinquante députés chacun, entre lesquels se déroule l'essentiel du débat politique : le groupe socialiste et le groupe du Parti populaire européen, dans lequel les candidats de la liste UDF-RPR se sont engagés à siéger. Qui souhaite-t-on renforcer en Europe ? La politique socialiste, génératrice d'interventions, de contraintes et de charges, et qui n'a réussi nulle part à enrayer la montée du chômage, ou la politique libérale et sociale du contre-droit européen, qui peut, comme dans les autres grandes zones industrielles du monde, remettre notre continent sur le chemin de la croissance et de l'emploi ?

La réforme des institutions

Et si les choses étaient, aussi plus importantes ? C'est sans doute la dernière fois que les Européens voteront dans les limites actuelles de l'Europe, et avec les institutions telles que nous les connaissons. Dans les cinq prochaines années, l'Union européenne n'échappera pas à définir ses frontières, et à préciser ses règles nouvelles de fonctionnement, ce qui constitue l'acte fondateur d'une union politique. La pression en faveur de l'élargissement de l'Union européenne est intense. Quatre pays frappent aujourd'hui à la porte, et nos partenaires allemands ne font pas mystère du soutien qu'ils apporteront à la candidature prochaine des Etats d'Europe centrale.

Chacun dénonce les insuffisances de l'Europe à douze : son incapacité à agir pour rétablir la paix en Bosnie, la lenteur avec laquelle elle met en œuvre les décisions, vieilles de deux ans et demi, destinées à soutenir la croissance et l'emploi en Europe. Croit-on qu'elle fonctionnera mieux et plus vite à seize ou à vingt, en conservant les mêmes institutions ? Et quelle sera l'efficacité des discussions dans cette tour de Babel, où l'on parlera douze ou quinze langues différentes, sans être capable de se mettre d'accord sur quelques langues de travail ?

La réforme est urgente. Elle sera difficile à conduire, car il faudra remettre en question des habitudes prises de longue date et des droits acquis par les États membres. Que faire si les désaccords internes paralysent la réforme ? Se résigner à l'impuissance et renoncer au rêve européen ? Ou évoluer en direction d'une structure nouvelle, regroupant d'un côté les États décidés à fonder ensemble une véritable union politique, et, de l'autre, ceux qui préféreront s'accommoder de vivre dans le même espace économique européen ?

Ces questions ne poseront inévitablement, même si l'on préfère les ignorer aujourd'hui. Elles concerneront directement la France, puisque c'est Robert Schuman qui avait ouvert ce débat en lançant, il y a cinquante ans, la proposition de réconciliation avec l'Allemagne, qui devrait aboutir, selon lui, à la fédération européenne.

L'Union européenne, pour tenir compte de l'évolution, devrait être largement décentralisée, respectueuse des identités et des cultures de ses États membres, et gérant sur le mode fédéral les seules compétences qui ne peuvent pas être exercées avec efficacité qu'à son niveau, telles que la gestion du marché unique, la monnaie, la sécurité et la politique étrangère commune. Le Parlement européen sera associé à la recherche de ces solutions. Les députés français que nous allons élire devront y être présents et actifs pour soutenir la conception française de l'union de l'Europe et veiller, comme c'est normal, à la sauvegarde de nos intérêts.

Une continuité historique

L'élection européenne représente un enjeu concret, suffisant à lui seul pour entraîner votre participation, mais elle s'inscrit, aussi, dans une continuité historique, dont nous venons de revivre les images poignantes. Les horreurs de la dernière guerre ont débouché sur un effort de cinquante ans pour pacifier et unifier l'Europe. L'œuvre est encore inachevée. Allons-nous la poursuivre ou l'abandonner ? Le véritable enjeu est celui de la survie des valeurs libérales, humanistes et chrétiennes, jaillies du sol de notre continent, et qu'aucun de nos pays n'a plus la capacité de représenter seul, dans la tourmente des temps modernes, mais que nous pouvons maintenir ensemble.

Le geste de voter n'est jamais banal, mais, cette fois-ci, votre bulletin de vote portera, à côté de la liste des noms que vous aurez choisie, un fragment de page de notre histoire à venir. Choisissez bien l'Europe !