Interview de M. Philippe Douste-Blazy, président du groupe UDF Alliance à l'Assemblée nationale, et de Mme Nicole Catala, députée RPR, à TF1 le 27 septembre 1998, sur les élections allemandes.

Intervenant(s) :

Circonstance : Elections législatives du 27 septembre 1998 en Allemagne

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Prononcé le

Texte intégral

Michel FIELD
Bonsoir à toutes, bonsoir à tous. Merci de rejoindre le plateau de « Public ». Une émission que nous avons voulue être la plus proche de l’actualité. Nous allons en consacrer une grande partie de cette émission aux élections allemandes dont, vous le savez, nous attendons les résultats définitifs. Les premières estimations commencent à tomber. Nous avons un certain nombre de sondages sortis des urnes, suffisamment d’éléments pour réfléchir à la future situation allemande et puis évidemment aux conséquences françaises, européennes, qu’à cette nouvelle donne allemande. Une émission que nous avons faite avec une collaboration encore plus étroite que d’habitude avec la rédaction de TF1 à Bonn, sera avec nous dans un instant et avec des invités comme Brigitte SAUZAY, qu’on présente la Madame des relations franco-allemandes de SCHRÖDER, Stéphanie WAHL qui est une politologue allemande. Et puis sur le plateau, Nicole CATALA pour le RPR, Olivier DUHAMEL, député européen socialiste, Philippe DOUSTE-BLAZY, le président du groupe parlementaire UDF Alliance à l’Assemblée nationale et nous essaierons de tirer à chaud les premières conséquences, les premières réflexions que nous inspirera le résultat des urnes. Et puis, autre aspect de l’actualité internationale mais cette fois pour la semaine à venir, vous le savez peut-être, pour la première fois depuis très longtemps, les Américains et le cinéma européen rendent hommage au cinéma français et au cinéma européen et puis surtout, surtout à une grande dame du cinéma, c’est Jeanne MOREAU, que je remercie très chaleureusement et amicalement d’être sur le plateau. On parlera avec elle de cet hommage et puis de ce que ça veut dire et puis aussi du travail qu’elle fait parce qu’elle fait parce qu’elle a une actualité foisonnante avec un double CD qui sort, de ses chansons, avec un clip qu’elle a tourné, enfin bref, elle n’arrête pas. Et puis on parlera bien évidemment de cette cérémonie à Los Angeles qui est quand même un grand évènement. Voilà, vous savez tout de ce sommaire. On commence par une page de pub pour souffler et puis après on y va.


Michel FIELD
Retour sur le plateau de « Public ». Dans un instant, nous allons rejoindre Alain CHAILLOU en duplex de Bonn. Si les premières estimations sorties des urnes se confirment, si les premiers résultats dont nous avons connaissance se confirment, eh bien ce qui est à peu près sûr, c’est une défaite de Helmut KOHL. Ce n’est pas pour autant la victoire de la coalition SPD-Verts, les résultats semblent assez justes et donc beaucoup d’hypothèses politiques sont peut-être encore envisageables. Mais quoi qu’il arrive, il y aura un tournant dans ce qu’est l’histoire de l’Allemagne avec le départ, la défaite du Chancelier KOHL, ce grand artisan de la construction européenne dont on a voulu vous rappeler les grandes étapes ce qu’ont été ses seize années de pouvoir.

Michel FIELD
Philippe DOUSTE-BLAZY, j’ai envie de me retourner vers vous puisqu’il me semble que ce ne soit pas une soirée de victoire pour Helmut KOHL ce soir et Helmut KOHL… vous avez très souvent revendiqué la parenté en tout cas dans l’idéal européen et dans vos convictions européennes entre Helmut KOHL, la force politique qu’il représente, et vous-même.

Philippe DOUSTE-BLAZY, PRESIDENT DU GROUPE UDF ALLIANCE À L’ASSEMBLEE NATIONALE
Oui, il fait partie de notre famille politique. Ce soir de défaite électorale, je pense à lui parce que d’abord je crois qu’il rentre dans l’histoire malgré sa défaite ce soir. C’est un homme exceptionnel parce que cela aura été le Chancelier allemand le plus européen de tous. Le 3 octobre 1990, la souveraineté de l’Allemagne arrive puisque non seulement les Anglais, les Français, mais les Russes, les Américains quittent le sol de l’Allemagne et surtout il essaie en même temps de rassurer tout le monde. A l’Est, il explique que les frontières Oder-Neisse sont intangibles et à l’Ouest, il explique immédiatement que l’Allemagne sera dans l’Europe occidentale et non sous domination russe. Il refuse la force nucléaire. Et surtout au fur et à mesure qu’il réunifie l’Allemagne, il ne détruit pas l’Europe. Chaque fois qu’il fait un effort d’accélération pour la réunification de son pays, il fait un effort d’accélération pour l’Europe. Il avait deux choix ; ou faire une Allemagne européenne, ça a été son choix ; il pouvait faire aussi une Europe allemande. Il n’a pas voulu le faire. L’euro pour lui, ce n’est pas une simple monnaie unique, c’est un gage de paix et je crois que nous lui devons énormément. Je crois qu’il rentre dans l’histoire. C’est un grand homme avec le Général de GAULLE de la deuxième partie du siècle.

Michel FIELD
Nicole CATALA, cet éloge, l’élue RPR que vous êtes, le partage-t-elle ? Et est-ce qu’on n’assiste pas aujourd’hui à quelque chose qui fait penser un petit peu à ce qui s’est passé pour le Général de GAULLE en 69, dans une moindre mesure pour GORBATCHEV en Russie, c’est-à-dire un moment donné où l’histoire et la politique divorcent, c’est-à-dire quelqu’un qui va marquer l’histoire et à un moment donné, abandonné sur le strict terrain politique et national ?

Nicole CATALA, VICE-PRESIDENTE DELEGATION UNION EUROPEENNE À L’ASSEMBLEE NATIONALE
Oui, je crois que le Chancelier KOHL est amené aujourd’hui à quitter la scène politique parce que sans doute s’est-il usé durant ses seize années de pouvoir ; mais également parce qu’il a sous-estimé le coût de la réunification. Je crois cependant indispensable de lui rendre hommage. Il a été et il reste un très grand homme de la scène politique allemande et européenne. Et je voudrais en particulier dire qu’il n’était pas évident en 1989, au moment où beaucoup en Europe étaient réticents devant la perspective d’une éventuelle réunification de l’Allemagne, il faut se souvenir de ce que André MAUROY je crois disait, qu’il préfèrerait…

Michel FIELD
François MAURIAC…

Nicole CATALA
François MAURIAC pardon…

Michel FIELD
Qu’il aimait tellement l’Allemagne qu’il était content qu’il y en ait deux.

Nicole CATALA
Qu’il préférerait qu’il y en ait deux, oui, excusez-moi. Bref, il faut se souvenir qu’en 89, il y avait beaucoup de réserves devant la perspective de l’unité allemande. Et il a su malgré tout forcer le passage. Je crois que c’est très important de s’en souvenir et de lui rendre hommage à ce titre. Mais il a rencontré par la suite beaucoup de difficultés car la reconstruction n’a pas complètement abouti. Il y a une seule Allemagne politiquement ; il y a plusieurs Allemagne socialement et psychologiquement.

Michel FIELD
Alors on reviendra et on débattra des conséquences notamment pour la politique française de cette actualité allemande. Olivier DUHAMEL, je vous donne la parole dans un instant. Je crois que j’ai Alain CHAILLOU en direct de Bonn. Bonsoir Alain, je l’ai et je l’entends, je l’ai à l’image. Alors évidemment on est très impatients de vous entendre sur où est-ce qu’on en est aujourd’hui, maintenant, à l’heure qu’il est, des estimations du résultat de ces élections ?

Alain CHAILLOU
Écoutez, si vous m’aviez donné l’antenne deux minutes plus tôt, vous auriez entendu une partie du discours de celui qui sera le futur Chancelier de l’Allemagne fédérale, celui qui dirigera l’Allemagne depuis Berlin et qui conduira son pays, qui aura la charge de conduire son pays dans le 21e siècle, il s’appelle Gerhard SCHRÖDER. Devenir Chancelier, il en rêvait depuis longtemps. Les électeurs l’ont fait. Son parti, le SPD, a finalement remporté une assez large victoire avec sans doute entre 41 et 42 % des voix d’après les dernières estimations, alors que le parti du Chancelier, la CDU, lui, oscille entre 35 et 36 %. C’est donc une belle victoire. En revanche, c’est une grosse défaite pour la CDU et un camouflet pour le Chancelier KOHL. Le SPD va donc, après une traversée du désert de seize années, revenir au pouvoir. C’est sa première victoire depuis 72. A cette époque, avec Willy BRANDT, il avait remporté la victoire mais d’extrême justesse. Ce soir, cette victoire est plus nette et cela grâce à un homme, grâce à Gerhard SCHRÖDER, qui a su mener une campagne à la fois habile et efficace.

Michel FIELD
Alain CHAILLOU, le système électoral allemand est un peu compliqué, ce qui fait que…est-ce qu’on est sûrs aujourd’hui, même si maintenant à l’heure qu’il est, on est sûrs de la victoire du SPD, est-ce qu’on est sûrs qu’il y aura une majorité suffisante pour une coalition SPD-Verts, chose qui n’était pas encore évidente il y a à peine dix minutes ?

Alain CHAILLOU
Maintenant, écoutez, ça semble à peu près évident puisqu’ensemble, ils frôlent 48 % des voix et ensemble, ils ont semble-t-il la majorité absolue en sièges, elle est de 328… ils auraient 329 ou 330 sièges. Donc la grande coalition n’est plus semble-t-il d’actualité et on va en Allemagne, presqu’à coup sûr, il peut encore y avoir des surprises mais ça serait étonnant, vers une alliance rouge-verte.

Michel FIELD
Alain CHAILLOU, merci, on se retrouve évidemment tout à l’heure. Toute la deuxième partie de l’émission sera consacrée à ces élections allemandes et nous recevrons Brigitte SAUZAY et Stéphane WAHL en direct de Bonn. Olivier DUHAMEL, une première réaction du député socialiste européen que vous êtes, évidemment DOUSTE-BLAZY parlait de défaite électorale, pour vous, c’est une victoire électorale ?

Olivier DUHAMEL, DEPUTE EUROPEEN PS
Oui, c’est une victoire électorale puisque si on le voit courtement en effet, les sociaux-démocrates allemands sont mes amis, les Verts aussi d’ailleurs. Mais plus profondément, par-delà l’hommage à KOHL qui est évidemment un grand chef d’Etat, un grand homme d’Etat… mais vous avez évoqué de GAULLE, de GAULLE est un grand homme d’Etat qui a perdu le pouvoir ; CHURCHILL est un grand homme d’Etat qui a perdu le pouvoir, MENDES-FRANCE etc… on peut trouver beaucoup d’exemples comme ça. C’est un combat de trop pour KOHL. Bon, ça arrive. Et il restera une figure considérable. Maintenant ce qui est important, c’est l’alternance en Allemagne parce que l’alternance en Allemagne – je pense qu’on y reviendra tout à l’heure – va changer des choses de façon profonde pour l’Allemagne, pour l’Europe et pour la France et c’est ça qui nous intéresse finalement.

Michel FIELD
Alors on en parle dans la deuxième partie de l’émission. L’actualité, ça ne se réduit évidemment pas aux élections allemandes. On vous propose un récapitulatif de ce qu’a été l’actualité de la semaine en images.

Michel FIELD
Voilà, je vous le disais en annonce de cette émission, l’actualité de la semaine prochaine, sur le plan culturel, sera marquée par un évènement : le 1er octobre en effet, une soirée, Jeanne MOREAU, vous est consacrée par l’Académie des Oscars présidée par Sharon STONE à Los Angeles. C’est un hommage. Alors vous êtes, je crois, la troisième femme à en bénéficier. Il y a eu deux…

Jeanne MOREAU
Il y en a eu quatre exactement.

Michel FIELD
Deux à titre posthume.

Jeanne MOREAU
Anna MAGNANI et Marlène DIETRICH à titre posthume, Louise REINER (phon) et voilà…

Michel FIELD
Et vous… pas à titre posthume, à Dieu ne plaise.

Jeanne MOREAU
Et Sharon STONE n’est pas présidente de l’Académie, elle présente la soirée.

Michel FIELD
Et ça vous fait plaisir que ce soit elle ?

Jeanne MOREAU
Au début… que ce soit elle, oui, parce que je l’aime tendrement, oui.

Michel FIELD
Au début, vous alliez dire … ?

Jeanne MOREAU
Non, je croyais que vous me demandiez si ça me faisait plaisir.

Michel FIELD
Oui, alors est-ce que ça vous fait plaisir. Faites les questions et les réponses comme ça, ça sera tellement plus cool !

Jeanne MOREAU
Non, non, parce qu’au début, ça m’a un peu embêté parce que… j’aime bien la lumière puisque je suis comédienne, mais en même temps j’ai besoin de l’ombre et de la réflexion et du silence et de la solitude. Et là tout d’un coup, j’ai trouvé que j’étais beaucoup et puis quand j’ai compris qu’à travers moi, c’était le cinéma européen, c’était tous les gens magnifiques avec lesquels j’avais travaillé, ceux dont on m’a parlé et puis ceux qui ne sont pas connus, toutes ces équipes, tous ces gens, ça fait un tas de monde ! Alors là ça m’a plu. Et puis quand j’ai su que j’avais la possibilité d’emmener avec moi l’association EQUINOXE et de montrer les films qui sont nés du travail de scénarios qui est fait deux fois par an au moment de l’équinoxe au Château BECHEVEL (phon), alors là j’étais très, très contente.

Michel FIELD
Oui, alors l’association EQUINOXE, c’est une association à laquelle vous consacrez beaucoup d’énergie, qui consiste à aider des jeunes scénaristes et des jeunes auteurs dans une structure d’échange avec des gens plus confirmés, et puis les aider à mener à bien leurs projets.

Jeanne MOREAU
C’est-à-dire que ça existe depuis cinq ans. Noël DESCHAMPS a eu cette idée magnifique inspirée par le SUN DANCE INSTITUT de Robert REDFORD. Et nous réunissons des scénaristes chevronnés qui travaillent avec douze personnes, ou metteurs en scène-scénaristes ou scénaristes, et qui viennent travailler et après on les suit. S’ils n’ont pas de producteur, on essaie de leur en trouver, s’ils n’ont pas de distributeur, on essaie de leur en trouver, voilà.

Michel FIELD
Mais cet hommage, est-ce qu’il n’y a pas quelque chose d’un petit peu paradoxal parce que finalement le cinéma français qui vous a portée dans les années 60, c’était un cinéma qui était très réactif vis-à-vis de Hollywood et les grands réalisateurs étrangers avec qui vous avez travaillé, les Orson WELLES, les LOSEY, ils ont quand même toujours été ou en conflit ou en franche délicatesse avec le système hollywoodien.

Jeanne MOREAU
Oui, oui, c’est vrai mais ça, je trouve ça épatant.

Michel FIELD
Est-ce que c’est l’homme du vice à la vertu alors ?

Jeanne MOREAU
Peut-être bien quelque part. Et puis la Nouvelle Vague… c’est le film de Louis MALLE, qui n’a jamais fait partie de la Nouvelle Vague, qui est arrivé le premier, c’est-à-dire « Ascenseur pour l’échafaud » avec Miles DAVIS. « Les Amants » qui ont provoqué un scandale, et puis après la Nouvelle Vague. C’est là où les cinémas se sont ouverts au cinéma européen et maintenant malheureusement il n’y a pas assez de films européens et qui voyagent aussi librement et je sais qu’il y a un public, je sais qu’il y a un public pour tous les films merveilleux que nous faisons, nous en Europe.

Michel FIELD
Il y a un autre paradoxe ou en tout cas quelque chose d’assez curieux, c’est que vous allez arriver aux Etats-Unis au milieu d’une tempête politico-médiatique où les questions d’ordre moral sont quand même… avec des relents de maccarthysme… Vous qui avez toujours incarné une vraie liberté, une liberté de femme, une liberté de mœurs revendiquée à la fois dans vos rôles et dans votre vie.

Jeanne MOREAU
Oui, c’est vrai que je suis politiquement incorrecte, mais vraiment. Et bon, eh bien ça prouve que les gens qui créent, sont à part. Ils ne sont pas aux côtés de l’intégrisme, ils ne sont pas aux côtés de ce procès complétement absurde qui est né du puritanisme avec cette dissociation du sexe et du sentiment, bon, on ne va pas tarder de ça mais vraiment j’ai une opinion bien nette sur le sujet.

Michel FIELD
Et comme actrice, excusez la violence de ma question, mais dans ce mauvais scénario qui se tourne à la Maison Blanche en ce moment, si on vous avait proposé un rôle féminin, vous auriez préféré celui de Monica ou celui d’Hillary ?

Jeanne MOREAU
Oh ni l’un ni l’autre ! J’aurai été la voix off !

Michel FIELD
Philippe DOUSTE-BLAZY…

Philippe DOUSTE-BLAZY
Le rôle de Bill CLINTON, c’est ça ?!

Michel FIELD
Non, non, pas du tout !... L’ancien ministre de la Culture que vous êtes, comment réagit il à cet hommage du cinéma américain à Jeanne MOREAU ?

Philippe DOUSTE-BLAZY
D’abord je voudrais dire à Jeanne combien je suis heureux de la retrouver ce soir parce qu’on a beaucoup travaillé justement sur cette idée du scénario. Et si on veut que le cinéma français arrive encore à s’élever dans les sphères du cinéma mondial, il faut que l’on fasse une aide aux scénarios. Et l’association EQUINOXE est remarquable pour cela. Deuxièmement, nous sommes dans une soirée européenne. Et il faut savoir qu’aujourd’hui, le cinéma français est le deuxième cinéma au monde parce que nous avons la capacité d’aider ce cinéma. Il faut maintenant que le cinéma allemand, le cinéma anglais, le cinéma italien puissent se doter des mêmes moyens, qu’on puisse harmoniser les moyens des cinémas européens…

Jeanne MOREAU
C’est-à-dire qu’il faut se fédérer. J’aimerais bien connaître le nouveau ministre de la Culture justement…

Philippe DOUSTE-BLAZY
Voilà, et VALTRONI qui est le ministre de la Culture italien… nous avons beaucoup travaillé ensemble pour essayer justement de fédérer, d’harmoniser les aides au cinéma européen. C’est fondamental pour notre civilisation car je crois qu’on ne peut pas rester uniquement dans une Europe purement économique ; il faut aussi que ce soit une Europe culturelle.

Jeanne MOREAU
Oui, mais le cinéma, ça passe par l’argent. Je veux dire que si on veut occulter l’argent, on se raconte des mensonges. Le cinéma est une industrie cinématographique. Ce n’est pas parce qu’on a des jeunes cinéastes qui arrivent à faire des films avec six ou sept millions de francs… mais les films, en général, ils coûtent 52 millions et il faut que ça rapporte de l’argent. Ce qui compte, c’est de raconter des histoires et que ce ne soit pas des confessions mais des histoires et qu’on intéresse le public, qu’on l’amène à nous. Ce n’est pas se prostituer que de faire des films de qualité, commerciaux ; et je voudrais que ça rentre dans la tête des gens qui ont de l’argent.

Philippe DOUSTE-BLAZY
Vous avez raison, il y a une ligne budgétaire qu’Olivier DUHAMEL doit connaître au Parlement européen, qui s’appelle la ligne MEDIA 2 qui est une ligne qui aujourd’hui, n’est pas suffisamment abondée, il faudrait beaucoup plus d’argent que la ligne MEDIA 2, qui permet de donner de l’argent au cinéma européen.

Michel FIELD
Jeanne MOREAU, une dernière question avant de rejoindre nos amis allemands qui nous attendent à Bonn…

Jeanne MOREAU
Oui, impatiemment…

Michel FIELD
Vous avez un rôle très particulier dans le cinéma français ; vous êtes comme une passeuse entre l’ancien et le nouveau ; vous restez très attentive à ce qui se passe chez les jeunes scénaristes, dans la nouvelle génération des jeunes comédiennes qui disent toutes de vous que vous êtes un peu leur marraine…

Jeanne MOREAU
Oui, j’aime le cinéma, j’aime tous ces gens qui créent, je trouve ça absolument magnifique.

Michel FIELD
Et tous ces derniers temps, vous avez donné de vous dans des films de jeunes réalisateurs, dans des petites entreprises.

Jeanne MOREAU
Même au début ! Louis MALLE, c’était un débutant !

Michel FIELD
Donc vous continuez à être fidèle à ce que vous étiez au début.

Jeanne MOREAU
Je continue exactement la même trajectoire.

Michel FIELD
Vous restez avec nous pour le reste de l’émission. Merci Jeanne MOREAU. On va immédiatement repartir sur Bonn avec Brigitte SAUZAY qui doit nous y attendre. Brigitte SAUZAY, bonsoir. Merci d’être avec nous. Alors je vous présente : vous étiez l’interprète officielle des chefs d’Etat depuis 1970, Georges POMPIDOU, Valéry GISCARD d’ESTAING, François MITTERRAND. Vous êtes une très grande spécialiste de l’Allemagne. Vous avez publié chez PLON récemment un livre qui s’appelle « Retour à Berlin, journal d’Allemagne », publié chez PLON, très intéressant parce que vous y scrutez dans le détail, dans les mots même, tout ce qui rend un petit peu compliqué les relations franco-allemandes et les malentendus qu’il peut y avoir entre les deux peuples et les deux élites. On vous présente comme la future Madame des relations franco-allemandes de SCHRÖDER. Alors d’abord est-ce que c’est vrai et deuxièmement est-ce que vous pourriez à la fois nous confirmer ce que CHAILLOU nous disait tout à l’heure, à savoir que SCHRÖDER aura bien une majorité et que la perspective de la grande coalition s’éloignerait au profit de la coalition SPD-Verts ? On vous entend mal. On a un problème de son visiblement. Bon, on va essayer de reprendre cette liaison. Excusez-nous, il y a un problème de son, c’est comme ça quand on fait un direct et du duplex. Eh bien le meilleur moyen de s’en sortir, c’est d’envoyer une page de pub qui tombe à pic et puis on se retrouve juste après.

Michel FIELD
Retour sur le plateau de « Public » et de nouveau Brigitte SAUZAY, excusez-nous pour ce petit problème technique, est en direct avec nous de Bonn. C’est l’auteur de « Retour à Berlin, journal d’Allemagne » paru chez PLON, qui scrute les relations franco-allemandes. Et puis elle est présentée comme la Madame des relations franco-allemandes de la prochaine administration SCHRÖDER. Alors d’abord est-ce que c’est une façon juste de vous présenter ?

Brigitte SAUZAY, COORDINATRICE DE L’INSTITUT BERLIN-BRANDEBOURG
Oui, je crois. Je crois que l’idée effectivement de Gerhard SCHRÖDER, c’est essayer d’avoir quelqu’un qui puisse faire le pont un peu entre les deux sociétés.

Michel FIELD
Alors est-ce que d’abord le succès de la coalition est assuré maintenant. C’est-à-dire est-ce que SCHRÖDER aura une majorité pour gouverner ?

Brigitte SAUZAY
Il faut attendre que les estimations soient plus affinées mais pour l’instant, il semble qu’il y ait une majorité rouge-verte indépendamment de ce que fait le SPD… Il semblerait qu’il y ait deux sièges de majorité de toute façon rouge-verte, mais encore une fois, il faut attendre.

Michel FIELD
Comment analysez-vous ce succès du SPD ? Est-ce que c’est vraiment le succès d’une nouvelle équipe dirigeante ou est-ce que c’est exclusivement ou principalement l’effet de l’usure du pouvoir qui frappe Helmut KOHL ?

Brigitte SAUZAY
Oh non, c’est beaucoup plus vaste que ça. Je crois que c’est vraiment la fin d’une époque. C’est un grand changement psychologique pour les Allemands. Je crois vraiment que ça correspond à la fin de l’après-guerre, à une autre identité allemande. C’est le retour à Berlin justement. C’est une identité allemande plus apaisée, plus sûre d’elle aussi, sans ressentiment, sans agressivité. Je crois que ça sera une Allemagne avec laquelle nous aurons grand plaisir à communiquer.

Michel FIELD
Pourtant, au début de la campagne électorale, Gerhard SCHRÖDER a donné un certain nombre d’inquiétudes aux Européanistes convaincus en France. On a senti que bon, ce n’était peut-être pas si évident que ça, que l’axe franco-allemand continuerait à jouer le rôle qu’il jouait auparavant.

Brigitte SAUZAY
Écoutez, dès qu’il a été candidat Chancelier, après sa victoire éclatante en Basse-Saxe, Gerhard SCHRÖDER s’est préoccupé de l’axe franco-allemand. Il m’avait téléphoné dès le mois d’avril. Donc c’est vraiment dès qu’il a senti qu’il avait une chance de prendre une stature internationale il s’est posé cette question de l’Europe et en particulier de l’axe franco-allemand, de cette bonne entente, comme disait Helmut SCHMIDT, le Chancelier justement social-démocrate à qui nous devons tant puisque c’est lui, avec Valéry GISCARD d’ESTAING, qui il y a vingt ans a lancé le SME sans lequel nous n’aurions pas aujourd’hui l’euro.

Michel FIELD
Est-ce que vous pouvez nous donner, puisque vous êtes au courant des résultats et des sondages sortis des urnes et des premiers résultats qui s’amoncellent, de la situation des autres forces politiques, notamment de l’extrême droite d’un côté et néo-communistes du PDS de l’autre ?

Brigitte SAUZAY
L’extrême droite ne fait pas 5 %, aucuns des partis d’extrême droite ; et d’autre part, le PDS tourne autour de 5. Il semble que le PDS va dépasser les 5. Mais ça fait dix minutes que je ne sais plus parce que ça fait dix minutes que je suis avec vous.

Michel FIELD
D’accord. Olivier DUHAMEL voudrait vous interroger.

Olivier DUHAMEL
Oui. L’interrogation qu’on a eu beaucoup en France…

Brigitte SAUZAY
Je ne suis pas politologue, Monsieur DUHAMEL…

Olivier DUHAMEL
Vous n’êtes pas politologue comme moi mais vous êtes plus proche… en plus grande proximité même physique ce soir de Gerhard SCHRÖDER que moi. Beaucoup ont craint qu’avec la victoire de Gerhard SCHRÖDER, il y ait un tropisme blairiste, il y ait un tropisme vers Tony BLAIR ; alors là je ne parle pas sur le fond des choix politiques faits en Allemagne dans les mois et les années qui viennent, mais je parle par rapport à l’avenir de l’Europe, on a eu peur que la victoire de SCHRÖDER marque un déplacement vers un axe britannico-allemand ou germano-britannique et que l’axe franco-allemand s’affaiblisse. Moi je ne pense pas personnellement mais je voudrais avoir votre analyse sur ce point ?

Brigitte SAUZAY
Je suis d’accord avec vous, je ne crois pas du tout que ce soit un danger. Il faut bien voir que Monsieur SCHRÖDER est né à Hanovre. Qui est né à Hanovre a un faible pour l’Angleterre. C’est son enracinement provincial à lui, ça n’empêche pas du tout que tout homme politique a une carrière tout à fait normale qui est d’abord un fort enracinement provincial – dans son cas hanovrien – et ensuite une stature nationale et internationale. Et tout homme politique allemand qui prend une stature internationale, réfléchit à ce que lui a déjà apporté l’entente franco-allemande. L’entente franco-allemande, elle a changé le monde ; elle a apporté tout ce que nous avons aujourd’hui, elle a apporté le marché intérieur, elle a apporté Schengen et elle nous a donné l’euro. Donc il faudrait être aveugle pour ne pas comprendre et SCHRÖDER n’est pas aveugle.

Olivier DUHAMEL
Il faut quand même qu’on soit prudents aussi parce que vous avez dit vous-même et je crois que c’était très juste, dans le commentaire sur ce qui se passe aujourd’hui en Allemagne, que c’est la fin d’une époque, que c’est le basculement vers une nouvelle époque ; or l’entente franco-allemande, c’est vraiment le cœur de l’époque d’avant. L’Europe s’est construite par la réconciliation de ces deux peuples ennemis et par la paix. Mais ce problème est maintenant derrière nous. L’idée d’une guerre franco-allemande n’a plus aucun sens. Donc face à l’élargissement, face à l’existence de l’Europe sur la scène mondiale, est-ce qu’on peut être certains… et surtout qu’est-ce que nous avons à faire nous Français pour amener SCHRÖDER à approfondir l’Europe politique et pas à se tourner vers BLAIR qui disons regarde au-delà de l’Atlantique encore avec tant de charme et d’éblouissement que ce n’est pas forcément l’Europe politique dont nous avons besoin ?

Brigitte SAUZAY
Vous avez parfaitement raison et c’est d’ailleurs une des raisons du succès de SCHRÖDER, c’est qu’on ne peut plus tenir aujourd’hui le discours qu’on tenait à l’époque de la guerre froide. Ce qui se passe maintenant, c’est qu’on a à nouveau besoin d’une identité européenne. Pourquoi est-ce qu’en 78, on avait fait le SME ? Parce qu’on ne pouvait pas supporter que depuis l’écroulement du Bretton Woods, les prix européens soient ballottés dans un chaos monétaire. Et aujourd’hui, avec la globalisation, les pays européens sont intellectuellement ballottés de la même manière, culturellement ballottés de la même manière…et je crois que c’est justement le nouveau discours qu’il faut maintenant tenir, c’est qu’est-ce que c’est qu’un modèle européen, comment est-ce que la France aussi peut garder et apporter aux Allemands sa spécificité dans un autre monde ? C’est à construire, c’est enthousiasmant, c’est une nouvelle aventure pour la jeunesse et je crois que c’est ça qui rend la chose passionnante.

Michel FIELD
Brigitte SAUZAY, une dernière question de Philippe DOUSTE-BLAZY.

Philippe DOUSTE-BLAZY
Bonsoir. Même si nous ne soutenions pas le même candidat, je voudrais quand même vous féliciter ce soir car c’est la démocratie. Moi je fais un constat : aujourd’hui nous voyons que quatre gouvernements de quatre principaux pays européens comme la France, l’Italie, L’Allemagne, l’Angleterre, sont des gouvernements sociaux-démocrates, je les crois moins libéraux sur le plan économique et aussi moins imaginatifs sur le plan des réformes institutionnelles à faire. Alors après ce constat, je me pose une question : les deux coalitions en France avec le Parti Socialiste et le Parti Communiste et en Allemagne maintenant avec les Verts et vous-même, ce sont des coalitions où il y a des partis qui ne partagent pas l’avis européen ici de Monsieur JOSPIN ou chez vous de Monsieur SCHRÖDER ; est-ce que les Verts, est-ce que les communistes allemands vont suivre Monsieur SCHRÖDER sur une politique européenne ? Et enfin, un risque, c’est que je n’ai pas encore compris quelle est la politique européenne concrète de Monsieur SCHRÖDER qui a écrit dans « Le Monde » un grand article sur l’Europe et non plus je n’ai pas compris sa politique économique.

Michel FIELD
Elle ne va peut-être pas pouvoir nous raconter tout ça en quelques minutes mais elle va vous répondre quand même !

Brigitte SAUZAY
En deux phrases. D’abord je ne pense pas que les communistes soient dans le gouvernement de Monsieur SCHRÖDER et deuxièmement je pense que Monsieur SCHRÖDER voit très clairement qu’il faut continuer l’intégration européenne, je crois que c’est ça le plus important. Il voit qu’une fois que nous avons mis ensemble notre monnaie, il est évident qu’il va falloir rapprocher, voire intégrer nos politiques fiscales, nos politiques sociales et c’est certainement une réponse très claire qu’il a faite là dans « Le Monde », dans cet article que vous évoquez.

Nicole CATALA
Vous allez certainement, Madame, avoir une influence importante sur les relations franco-allemande. Or quelques signes m’inspirent de l’inquiétude à ce sujet, par exemple l’accord entre les bourses britanniques et allemandes sans que la bourse française y ait été associée ; des indices de rapprochement entre DASA et BRITISH AEROSPACE en dehors d’AEROSPATIALE. Alors ne pensez-vous pas que ces relations franco-allemandes ont besoin d’un nouveau souffle, en avez-vous parlé avec Monsieur SCHRÖDER et comment envisagez-vous les choses ?

Brigitte SAUZAY :
Oui, vous avez raison. Elles ont besoin d’un nouveau souffle dans tous les sens du terme. J’e ai parlé à Monsieur SCHRÖDER, il a l’intention d’agir assez rapidement et de réfléchir à ce sujet.

Michel FIELD
Brigitte SAUZAY, je vous remercie. Je rappelle le titre de votre livre « Retour à Berlin », c’est paru aux éditions PLON, « Journal d’Allemagne 1997 ». C’est presqu’un journal intime tenu au fil de la plume, sur une année d’actualité allemande. Avant de retrouver Bonne avec Stéphanie WAHL qui est politologue, j’aimerais… d’abord Jeanne MOREAU, je ne vous ai pas fait interroger Brigitte SAUZAY. C’est des choses qui vous intéressent, qui vous passionnent, ces échéances étrangères, l’Europe ?

Jeanne MOREAU
Je suis du monde, je vis dans le monde, je fais partie d’une société. Je vois bien quelles sont les conséquences sur la vie de nous tous, c’est nous qui sommes la société, bien sûr que ça m’intéresse.

Michel FIELD
Et ce soir par exemple, vous êtes plutôt contente de la victoire de SCHRÖDER ?

Jeanne MOREAU
Je ne sais pas, non, je veux voir ce qui va se passer, parce que beaucoup de promesses sont faites et peu sont tenues.

Michel FIELD
Olivier DUHAMEL, on ne peut pas dire que la personnalité de SCHRÖDER enthousiasme vraiment les socialistes français, c’est vraiment le moins qu’on puisse dire. Alors déjà votre petite pique sur un axe Tony BLAIR-SCHRÖDER est une inquiétude. Ça va être quoi les rapports entre le SPD et le Parti Socialiste français ?

Olivier DUHAMEL
Je pense d’abord qu’il faut se méfier des jugements qu’on a vu sur les personnalités des hommes publics quand ils sont élus. Moi je me souviens que quand Helmut KOHL a été élu Chancelier, à peu près tout le monde disait « c’est un crétin, c’est un idiot, c’est un nul »… ou plus vulgairement encore « c’est un con ». Bon, et qu’est-ce qu’on a vu seize ans après ? C’est qu’on a eu un des plus grands hommes d’Etat allemands du 20e siècle, il est vrai qu’au 20e, la liste n’est pas très longue. Donc là aujourd’hui, on dit « SCHRÖDER, c’est l’opportuniste absolu » parce qu’il a évolué de sa jeunesse à aujourd’hui mais ça, c’est le cas de beaucoup, ou parce qu’il a évolué dans la campagne et qu’il n’a pas de vraies convictions, j’attends de voir. Le plus intéressant, ce n’est pas la personnalité de SCHRÖDER, le plus intéressant, c’est l’alternance, le fait de l’alternance et c’est cette nouvelle coalition entre le SPD et les Verts. Et je voudrais sur un point rassurer notre ami DOUSTE-BLAZY qui s’inquiète sur les Verts allemands pas assez européens, je voudrais le rassurer et le taquiner à la fois en lui disant que les Verts allemands ont voté au Bundestag la ratification du Traité d’Amsterdam, tandis que je pense qu’en France, votre amie et alliée Nicole CATALA si je suis bien informé, ne va pas la voter. Donc vous voyez, il y a…

Nicole CATALA
Je ne suis pas verte !

Olivier DUHAMEL
Non, vous n’êtes pas verte mais lui s’inquiète que les Verts allemands… je lui dit : cher Philippe DOUSTE-BLAZY, les Verts allemands sont plus proches de vous sur l’Europe… sur beaucoup des questions européennes, que Nicole CATALA et pourtant Nicole CATALA ne vous fait pas peur !

Michel FIELD
On y reviendra tout à l’heure, Philippe DOUSTE-BLAZY, vous répondrez… Mais on y viendra aussi sur les effets en politique française de cette nouvelle donne allemande. Je voudrais juste demander à Stéphane WAHL qui est politologue, qui est en direct de Berlin, c’est la directrice de l’Institut pour l’Economie et la Société. Bonsoir. Merci d’être avec nous. Je voudrais vous demander qu’est-ce que Helmut KOHL paie aujourd’hui dans cette défaite ? Est-ce que c’est le chômage, est-ce que c’est le prix trop lourd de la réunification ? Est-ce que c’est tout simplement l’usure après seize ans de pouvoir ?

Stéphane WAHL
Non, je crois que le prix est de s’être présenté une fois de trop. Je crois que les Allemands en avaient assez de Helmut KOHL après seize années, malgré tous ses mérites ; mais ils en avaient assez comme on a assez d’un vieux sofa. C’est comme on l’a observé en Angleterre avec Margareth THATCHER après une politique avec beaucoup de succès, les Allemands voulaient un gouvernement nouveau, une nouvelle génération politique et c’est ça, ce n’est pas le chômage je crois, ce n’est pas la réunification malgré que KOHL ait perdu les élections aussi en Allemagne de l’Est.

Michel FIELD
Déjà ça fait sourire tout le monde dans le studio parce que pour les hommes politiques qui sont là, Philippe DOUSTE-BLAZY, Olivier DUHAMEL, notamment, c’est vrai que le fait qu’on les jette comme ça comme un vieux sofa, ça vous plaît vous ?

Jeanne MOREAU
Le coup du sofa, j’adore !

Michel FIELD
Mais on n’a pas senti non plus une sorte de mouvement des profondeurs, un enthousiasme pour SCHRÖDER ou pour le SPD d’ailleurs, en témoigne la remontée assez spectaculaire de la CDU dans les derniers moments puisque l’écart n’est quand même pas aussi considérable que ce qu’on avait dit il y a encore quinze jours ou trois semaines. Est-ce que vous avez l’impression qu’il va y avoir une vraie mobilisation de la société allemande autour de la nouvelle équipe dirigeante ?

Stéphanie WAHL
Je l’espère mais vous avez raison, c’était plutôt un vote contre KOHL qu’un vote pour SCHRÖDER. C’était un vote pour un changement de gouvernement et d’après les opinions de sondages, 58 % de la population allemande voulait un changement de gouvernement, un changement de Chancelier et seulement 36 % voulaient maintenir le gouvernement actuel. Alors c’est plutôt un vote contre qu’une victoire de SCHRÖDER. Mais j’espère que SCHRÖDER peut mobiliser la population pour une politique qui contient des réformes structurelles, des réformes des institutions, surtout du système des impôts, de la sécurité sociale pour vraiment préparer l’Allemagne pour le siècle prochain.

Michel FIELD
Philippe DOUSTE-BLAZY, une question à Stéphanie WAHL ?

Philippe DOUSTE-BLAZY
Oui, vous vous doutez, Stéphanie WAHL, que ce soir pour nous, la question importante est le couple franco-allemand. Ce couple franco-allemand, il a un cadre solide, le Traité de l’Élysée en 1963 ; chaque fois que le couple franco-allemand marche, l’Europe marche, sinon l’Europe pourrait être en panne. Alors une des questions fondamentales pour nous est de savoir si cela va continuer, nous le souhaitons, nous, nous sommes persuadés que plus l’Allemagne sera puissante sur le plan politique, sur le plan économique, plus elle servira l’Europe mais est-ce que vous êtes d’accord avec nous quand on dit qu’il faut faire des réformes institutionnelles avant tout élargissement à un autre pays aujourd’hui dans l’Union européenne, c’est une des grandes questions qui est posée en France ?

Stéphanie WAHL
Oui, je suis absolument d’accord qu’il faudra des réformes institutionnelles. Je crois que SCHRÖDER est assez intelligent pour comprendre que le couple franco-allemand est essentiel pour une politique européenne future ; il vient de Hanovre, là où la plupart des gens sont orientés vers l’Angleterre plus que vers la France mais je crois que le couple franco-allemand va être aussi fort que par le passé parce que  SCHRÖDER a toujours dit qu’il ne va pas changer la politique extérieure, qu’il va continuer la politique extérieure de Helmut KOHL et il va être très, très impressionnant et exigeant, comment il va faire une politique avec la présidence dans la Communauté européenne pour les six premiers mois de l’année prochaine.

Michel FIELD
Stéphanie WAHL, je vous remercie. On va continuer ce débat sur l’axe un petit peu des conséquences politiques françaises et évidemment l’échéance prochaine des élections européennes, c’est peu dire que vous les abordez, Mesdames, Messieurs, vous qui représentez les trois grandes forces politiques en France, je dirais dans un désordre apparent : liste unique ou pas, alors eh bien on a entendu les gens de l’UDF la semaine dernière dire que si Philippe SEGUIN, le président du RPR, se mettait en tête de diriger une liste commune, il était hors de question que ce soit lui si j’ai bien entendu… Non ? Philippe DOUSTE-BLAZY, vous dites non ?!

Philippe DOUSTE-BLAZY
Non, mais arrêtez de présenter les choses comme des querelles toujours de personnes. Le RPR…

Michel FIELD
Arrêtez de nous les présenter aussi…et de faire de la politique des querelles de personnes et on n’en rendra pas compte comme ça !

Philippe DOUSTE-BLAZY
Il y aura toujours des querelles de personnes en politique. Simplement là sur le sujet européen, ce n’est pas le cas puisque le 5 et le 6 octobre, il y aura une convention du RPR sur les problèmes européens. Nous, à l’UDF, nous allons regarder les conclusions qu’ils ont…

Michel FIELD
Vous n’aimeriez pas qu’un ancien anti-Maastrichien conduise une liste unique de l’opposition, en dehors des personnes ?

Philippe DOUSTE-BLAZY
Nous, nous sommes intéressés par définir une souveraineté politique de l’Europe. Nous sommes le parti de l’Europe. Nous sommes les héritiers du rêve européen, on ne va pas donner à personne le soin de fixer le cap ou de fixer les règles du jeu. Nous nous voulons défendre ces convictions européennes : plus nos convictions européennes seront partagées par des partis politiques, plus nous serons heureux. Ce que nous voulons, c’est qu’il y ait une union des Etats. On ne veut pas laisser partir la notion de nation, la nation, elle doit continuer ; la nation française, elle est vieille, elle est respectable…

Michel FIELD
Donc vous êtes plus audacieux que d’autres pour dire : une Europe fédérale ne me fait pas peur.

Philippe DOUSTE-BLAZY
Oui, mais sur certains sujets, il faut que nous puissions être capables d’aller plus loin. Je pense à la recherche, la politique de la recherche… je pense à la politique de la défense commune, je pense à la politique diplomatique. Aujourd’hui, l’Europe est aussi une puissance économique, c’est un nain politique. Lorsqu’au Kosovo il y a 350.000 enfants et femmes réfugiés qui attendent l’hiver rigoureux des Balkans, eh bien l’Europe attend que Monsieur CLINTON décide qu’il faut y aller ou non militairement. Donc l’Europe doit devenir je dirais une puissance et en particulier une puissance politique. C’est comme cela que je veux aborder sui vous voulez, le vrai débat européen en France. FIN

Michel FIELD
Nicole CATALA, même question qu’à Philippe DOUSTE-BLAZY, le RPR est lui-même tiraillé entre des tendances qui vont franchement pro-Européens à des anti-Européens notoires.

Nicole CATALA
Vous voulez peut-être dire que nous sommes, nous aussi, pluriels.

Michel FIELD
Oui.

Nicole CATALA
C’est un terme qui est assez employé depuis un an…

Michel FIELD
Donc, vous êtes la minorité plurielle, vous, c’est ça ?

Nicole CATALA
Non, nous avons des convictions qui se complètent dans une réflexion qui peut se poursuivre dans être totalement identique. Les sujets européens sont complexes. Ce qui a été réalisé en 30 ans est extraordinairement important, il ne s’agit aucunement de le mettre en cause, il s’agit de savoir si nous devons toujours employer les mêmes méthodes pour aller plus loin. Pour ma part, je considère que les méthodes qui ont été employées pour réaliser le marché unique, par exemple, étaient sans doute les plus appropriées. Je ne suis pas certaine qu’il faille employer les mêmes méthodes pour traiter les problèmes d’asile, employer les mêmes méthodes pour traiter les problèmes d’asile, d’immigration, de franchissement des frontières pare que ce sont des questions qui touchent au cœur de la souveraineté des nations et des Etats. Or, Philippe DOUSTE-BLAZY vient lui-même de dire qu’il fallait respecter l’existence les nations, qu’il fallait respecter l’existence des Etats. Je crois que donc que nous pouvons, que nous devons aller plus loin entre Etats européens mais selon des modalités un petit peu différentes que celles qui ont été utilisées pour le marché commun.

Michel FIELD
Mais quand des grandes voix et des voix historiques du mouvement gaulliste comme celle de Charles PASQUA met en cause de façon très sérieuse et solennelle les conséquences du Traité de Maastricht ou du Traité d’Amsterdam sur la souveraineté nationale et que cette voix-là semble avoir écho certain chez vos militants, comment concilier cette inquiétude-là avec un engagement européen qui est le cas d’une autre partie, d’une autre aile du RPR ?

Nicole CATALA
Si vous le voulez bien, nous pouvons considérer que le débat sur le Traité de Maastricht est clos puisque le traité a été ratifié, il entre en application. Il s’agit maintenant d’un autre traité, le Traité d’Amsterdam, qui est extrêmement complexe et qui n’a pas réglé le problème pour lequel les négociations avaient été engagées, qui était celui de la réforme des institutions européennes et en cela, le traité d’Amsterdam est un échec, sur ce terrain-là, c’est un échec. Donc, nous devrons reprendre des négociations sur cette question. Alors, le traité comporte d’autres éléments pour lesquels, je l’ai dit à l’instant, je ne suis pas pour ma part entièrement d’accord parce que je crois qu’il y avait d’autres méthodes pour traiter ces problèmes-là mais nous allons en débattre le 5 et le 6 et nous verrons bien quelle est l’orientation majoritaire au sein de notre mouvement, nous sommes un rassemblement, Monsieur FIELD, nous ne sommes pas un parti de godillots.

Michel FIELD
Ça, on entend bien…

Nicole CATALA
Et je crois que ce n’est pas plus mal aujourd’hui.

Michel FIELD
… les différences et les dissonances. Est-ce que vous, à titre personnel, vous seriez partisane d’une liste unique de l’opposition aux Européennes ?

Nicole CATALA
Je crois que la raison l’emportera et qu’il y aura une liste unique, même si je souhaiterais pour ma part qu’elle fasse entendre aussi la voix de ceux qui sont fortement attachés à l’Europe des Nations.

Michel FIELD
Olivier DUHAMEL, ce n’est pas pour faire un traitement équitable entre majorité et opposition mais vous aussi, on pourrait jeter certaines pierres dans votre jardin, la majorité plurielle, c’est aussi, d’une certaine façon, une cacophonie.

Olivier DUHAMEL
Je pense qu’il y a… évidemment, je pense qu’il y a évidemment à droite comme à gauche des pro-Européens et des anti-Européens. Je pense quand même que par les temps qui courent, mes voisins de gauche et de droite sont dans une situation beaucoup plus inconfortable que moi sur les sujets que vous venez d’évoquer parce que, par exemple, on prend le Traité d’Amsterdam. Le Traité d’Amsterdam, Nicole CATALA est contre, Charles PASQUA est dans un état de désespérance et d’exaspération terrifiant à son égard, alors que c’est un traité qui a été préparé par Jacques CHIRAC et par ses amis, c’est un traité qui, une fois qu’on est d’accord sur ses insuffisances, qu’est-ce qu’il reste ? Mettre en commun des politiques en matière d’asile, en matière d’immigration, en matière de visa. Ca terrifie les souverainistes qui disent « on touche à la souveraineté, au cœur de la souveraineté », dans une vision mythologique de la souveraineté, ils nous refont exactement le même coup qu’ils nous ont fait à propos de l’euro. Ils avaient dit qu’enlever la monnaie nationale, c’était enlever le cœur de la souveraineté. Moyennant quoi, aujourd’hui, tout le monde est bien content d’avoir l’euro et même Nicole CATALA est obligée de dire « Maastricht, c’est derrière nous, passons à la page suivante ». Eh bien il va se passer la même chose, c’est-à-dire que les Français vont comprendre que le discours nationaliste de VILLIERS et de PASQUA sur ces sujets, c’est de la farce, c’est de la démagogie et qu’en vérité, quand on veut préparer la politique de la fin de ce siècle en Europe, quand il s’agit de la circulation à l’intérieur de l’Union européenne, quand il s’agit de savoir qui a le droit de franchir les frontières et comment, quand il s’agit de savoir quelle politique d’immigration on a, quand il s’agit de savoir s’il y a une catastrophe, comme il y a eu la catastrophe de la Bosnie, où on va accueillir les réfugiés, comment les accueillir de façon équitable et équilibrée. Ou bien, quand il s’agit de lutter contre la criminalité, qui elle, ne connaît pas les frontières, sur tous ces sujets, pour la liberté et pour la sécurité des gens, il faut plus d’Europe. Et le drame de Philippe DOUSTE-BLAZY, c’est qu’il est complètement d’accord avec moi et absolument pas d’accord avec Nicole CATALA et donc, eh bien ce n’est pas commode, ils disent « pluriel »…

Nicole CATALA
Vous caricaturez !

Olivier DUHAMEL
Je ne caricature pas, je dis des choses simples et vraies, je les dis franchement…

Michel FIELD
Philippe DOUSTE-BLAZY, est-ce que c’est un drame d’être d’accord avec Olivier DUHAMEL ?

Philippe DOUSTE-BLAZY
Non, pas du tout.

Michel FIELD
Et est-ce que d’abord, c’est le cas ?

Philippe DOUSTE-BLAZY
Je suis d’accord sur tout ce qu’il a dit. Moi, je ne vais pas retomber dans les problèmes politiciens français parce que… attendez…

Michel FIELD
Non mais Philippe DOUSTE-BLAZY

Philippe DOUSTE-BLAZY
… Robert HUE…

Michel FIELD
… ce n’est pas pour vous ennuyer mais c’est vrai qu’il semble confusément que sur cette question-là, il y a d’accords entre l’UDF et le PS, c’est-à-dire quelque chose de transversal entre majorité et opposition, qu’il n’y en a d’un côté entre le PS et le PC, de l’autre côté entre l’UDF et le RPR.

Philippe DOUSTE-BLAZY
Michel FIELD, je pourrais poser la question sur Robert HUE, donc qui est l’opposé total de ce que vient de dire Olivier DUHAMEL. En cette soirée qui est la soirée électorale allemande, j’ai envie de recentrer et de proposer à mes partenaires une chose : pourquoi on ne proposerait pas ce soir, d’ici, qu’il y ait un accord politique franco-allemand entre le président de la République française sur lequel va reposer quand même beaucoup de responsabilités aujourd’hui, c’est l’homme de la conviction européenne aujourd’hui, et le chancelier allemand sur les réformes institutionnelles, très vite, dans les jours qui arrivent, c’est très important. Deuxièmement, une concertation économique et sociale pour savoir ce qui va se passer dans la zone euro car là aussi, nous sommes complètement dans l’incertitude. Et enfin, troisièmement…

Olivier DUHAMEL
Là, ce sont deux points absolument importants.

Philippe DOUSTE-BLAZY
… importants, oui.

Olivier DUHAMEL
… Ce sont deux points sur lesquels nous sommes d’accord…

Philippe DOUSTE-BLAZY
Bien sûr.

Olivier DUHAMEL
… Ce sont deux points sur lesquels aujourd’hui, j’espère qu’ils ne vont pas changer maintenant qu’ils sont élus mais je ne vois pas pourquoi, les sociaux-démocrates…

Michel FIELD
Ça peut arriver, c’est arrivé à d’autres…

Olivier DUHAMEL
…oui, oui, oui mais pas toujours, ça s’améliore plutôt de ce côté-là, sur lequel les sociaux-démocrates allemands sont d’accord, c’est-à-dire que sur cette question cruciale de la réforme institutionnelle, pour les gens qu’est-ce que ça veut dire ? Il faut l’expliquer juste d’un mot…

Michel FIELD
En 30 secondes.

Olivier DUHAMEL
…Ça veut dire qu’on ne peut pas fonctionner demain à 20, 21 si on veut faire l’Europe comme on fonctionne aujourd’hui où sur plein de grands sujets, il faut l’unanimité. Donc ça veut dire qu’il ne faut plus l’unanimité mais qu’il faut prendre des décisions entre Etats européens à la majorité. Eh bien Philippe DOUSTE-BLAZY est d’accord, les sociaux-démocrates allemands, le SPD nous a rejoint là-dessus, il est d’accord…

Philippe DOUSTE-BLAZY
Le chancelier KOHL était d’accord.

Olivier DUHAMEL
Le chancelier KOHL était d’accord mais de moins en moins à cause de la CSU…

Nicole CATALA
Le RPR n’est pas contre.

Olivier DUHAMEL
…Et le RPR, lui…

Nicole CATALA
Il n’est pas contre.

Olivier DUHAMEL
…Ce n’est pas cette réforme institutionnelle là qu’il demande.

Nicole CATALA
Mais pas du tout, pas du tout.

Philippe DOUSTE-BLAZY
Et enfin…

Michel FIELD
Un dernier mot, Philippe DOUSTE-BLAZY.

Philippe DOUSTE-BLAZY
…Michel FIELD…

Nicole CATALA
Je vais vous envoyer mon rapport sur le sujet.

Philippe DOUSTE-BLAZY
… Surtout que l’on fasse en sorte que nos sociétés civiles allemandes et françaises s’entendent encore mieux, qu’elles se rencontrent plus souvent, que les étudiants puissent – soit après le bac, soit après leur CAP, soit après leur apprentissage – voyager et qu’on puisse faire des Européens concrètement et pas uniquement avec des mots un peu compliqués comme les institutions.

Michel FIELD
Bon, il y aura évidemment d’autres débats sur l’Europe, on a profité évidemment de ce contexte d’élections européennes pour en parler mais comme en France, tout finit par des chansons, Jeanne MOREAU, c’est vous qui allez avoir le dernier mot, il y a un double CD qui sort de vos chansons à vous, j’aimerais juste pour finir que vous nous disiez, c’est quoi la chanson dans cette carrière finalement de femme du cinéma, c’est un plaisir, un plus, c’est un complément, c’est…

Jeanne MOREAU
Un plaisir et c’est un hommage aux poètes, je n’ai chanté que des poètes. J’ai chanté GUILLEVIC, j’ai chanté NORGE, j’ai chanté RESVANI.

Michel FIELD
Eh bien écoutez, on vous écoutera, on vous écoutera encore beaucoup et plus, bonne chance pour cette cérémonie et puis, on la regardera par tous les moyens pour savoir comment ça s’est passé, merci de votre présence.

Jeanne MOREAU
Merci à vous.

Michel FIELD
Merci Alain CHAILLOU, merci à la rédaction de TF1 de nous avoir aidé à faire cette émission avec ce duplex de Bonn. Dans un instant, vous avez le grand plaisir que je partage de retrouver Claire CHAZAL pour le 20 heures. Bonne soirée à tous, à dimanche prochain.