Texte intégral
Mesdames et messieurs les préfets,
« La défense est la première raison d'être de l'État. Il n'y saurait manquer sans se renier lui-même » disait le général De Gaulle en 1952.
Nous sommes réunis pour évoquer un ensemble de sujets qui tiennent au cœur même de l'État, de ses fondements, et de sa pérennité, puisqu'il s'agit de la défense de la France.
J'ai souhaité le faire, devant vous, parce que le moment dans lequel nous nous trouvons depuis un peu moins de cinq ans – même si la chute du mur de Berlin, fut, en fait, l'épicentre ou le révélateur d'un phénomène plus profond – nous faisait un devoir de réfléchir, une fois de plus dans notre longue histoire, à ces trois questions : que défendons-nous ? pourquoi le défendons-nous ? comment le défendons-nous ?
Que nous soyons lucides quant à nos intérêts, conscients de nos responsabilités, engagés dans un destin commun nous commande l'intelligence de notre situation au présent.
Entre août 1989 et août 1994 – date à laquelle le dernier soldat russe aura quitté l'Allemagne – les bouleversements auront été nombreux : démocraties nouvelles, Allemagne réunifiée, Europe élargie ; retour de la guerre sur notre continent – je songe aux Balkans conflits régionaux, ouverts ou couverts, crises africaines ; construction de l'Europe et évolution de l'OTAN.
Autant d'analyses, de réflexions et de questions à l'horizon des quinze années à venir – sans qu'il y eût, forcément, des réponses à toutes – que le Livre blanc sur la défense a rassemblées. Sur ma proposition, monsieur le Premier ministre en avait accepté le principe et l'avait annoncé, le 8 avril 1993, dans sa déclaration de politique générale.
Vous savez que la Commission interministérielle présidée par Marceau Long a remis son rapport d'étape fin octobre ; que le Conseil de défense a entériné les conclusions du Livre blanc le 16 février ; que, trois mois à peine après que le Livre blanc a été rendu public, une loi de programmation militaire qui en est la traduction humaine et matérielle, à six ans, a été votée par l'Assemblée nationale. Vous avez été destinataires de ces deux textes.
C'est ainsi qu'un exercice de l'exécutif, le Livre blanc, reçoit l'éclatante confirmation de son application et se trouve légitimé par un choix du législatif, la loi de programmation militaire – la huitième depuis 1958, mais qui couvre, pour la première fois, le titre V et les trois-quarts du titre III, à travers les effectifs.
En cohérence avec le Livre blanc, s'y référant en permanence, la loi de programmation militaire couvrira les années 1995-2000, et sera révisable à mi-parcours : en francs courants, 0,5 % de croissance du titre V jusqu'en 1997 ; 1,5 % à partir de là, si la croissance le permet.
Il s'agit – j'y insiste – d'un effort exceptionnel, sans comparaison avec d'autres pays, amis ou alliés, ni avec d'autres ministères. C'est la concrétisation d'une réflexion à long terme et d'une volonté gouvernementale ; à ce titre, elle porte le sceau de la responsabilité politique ; fondement de la puissance de l'État et garant de son avenir, je vais vous en rappeler les grandes lignes.
Je le ferai en abordant, successivement, deux séries de thèmes : la défense de la France et son devenir, après le Livre blanc et la loi de programmation, en premier lieu ; la défense dans le quotidien de votre travail, ensuite.
Première partie : la défense et son devenir
Quatre binômes relient le Livre blanc et la programmation militaire : les binômes intérêts/menaces (1), priorités-capacités (2), hommes-machines (3), national/européen (4).
1. Le couple intérêts/menaces
Le Livre blanc a distingué les intérêts de la France. En premier lieu, ses intérêts vitaux : c'est la survie de la Nation qui est en jeu. Ensuite, les intérêts stratégiques : maintien de la paix sur le continent européen, mais aussi dans le bassin méditerranéen et au Proche-Orient ; liberté des échanges et des approvisionnements. Enfin, les intérêts de puissance : membre du Conseil de sécurité de l'ONU, puissance nucléaire, puissance maritime – la 3ème du monde, avec onze millions de km2 – tout cela compose une tradition de puissance, légitime une ambition de défense et de sécurité, conforte le rang de la France.
Dans le même temps, les nouvelles conditions de la sécurité en Europe, les conflits ouverts ou couverts issus des tensions entre frontières, minorités et migrations, l'émergence de vulnérabilités non-militaires, le déséquilibre tragique du continent africain et les risques liés à la prolifération sont autant de menaces, nouvelles autant que diverses.
Pour y faire face, six scénarios d'emploi des forces ont été conçus. Les deux premiers sont liés à un conflit régional, selon qu'il met en œuvre une puissance nucléaire ou non. Le troisième comprend nos accords de défense – je songe à l'Afrique. Le quatrième, les départements et territoires d'Outre-mer. Le cinquième, l'intervention au profit de l'ONU – que nous connaissons en Bosnie. Le dernier nous met en situation de pouvoir faire face à la résurgence d'une menace majeure sur le continent européen.
L'ensemble de ces scénarios – dont plusieurs peuvent se produire simultanément est indissociable du fondement même de la défense et de la sécurité du pays : la posture permanente de sûreté, concept novateur qui comprend toutes les dispositions pour mettre la France à l'abri d'une agression, même limitée, en toutes circonstances.
La conséquence essentielle de ce qui précède, vous le comprenez, aboutit à un renouvellement de notre stratégie : le couple dissuasion/action connaît un nouvel équilibre, au profit de l'autonomie retrouvée des forces classiques ; elles devront, désormais, être pleinement capables de prévenir, de protéger et d'agir. Voilà qui détermine, pour une bonne part, nos priorités et nos capacités.
2. Le couple priorités/capacités
Les priorités établies par le Livre blanc sont utiles à l'ensemble de nos forces ; elles concernent ceux de nos moyens qui sont, en l'état, lacunaires ou inadaptés ; elles tiennent compte des leçons de nos opérations extérieures depuis la guerre du Golfe arabo-persique.
Trois priorités du Livre blanc sont traduites, in extenso, dans la programmation.
C'est le renseignement, dans les domaines du recueil, de l'analyse et de la fusion, avec un millier d'hommes supplémentaires affectés à la DRM et à la DGSE, et un effort indispensable vers l'espace : Hélios I et II, Osiris.
Ce sont les capacités de commandement, avec la constitution d'un centre de commandement de théâtre, interarmées et projetable.
C'est la mobilité, avec l'accent mis sur le transport à distance : transports de chalands de débarquement et avion de transport lourd.
Les capacités requises déterminent le format global des forces armées : là aussi, les priorités du Livre blanc sont fidèlement retenues par le titre III de la loi de programmation. Je vais les citer, par armée.
L'armée de terre, à partir d'un format de 227 000 hommes, devra pouvoir projeter 120 à 130 000 hommes.
L'armée de l'air, dont les 84 000 hommes se répartiront en une vingtaine d'escadrons de combat, la défense aérienne du territoire, les escadrons nucléaires, les unités de transport et de ravitaillement.
La Marine devra assurer la présence, le déploiement préventif, la maîtrise de la mer autant que la projection de puissance ; indispensables à la force et au rang d'un grand pays, ses 62 000 officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins armeront une centaine de bâtiments et assureront la capacité aéronavale et sous-marine.
La Gendarmerie, dont les 95 000 militaires participent, eux aussi, à la posture permanente de sûreté et remplissent des missions de service public.
Les personnels civils de la Défense, dont le nombre atteindra 93 000 à l'issue de la programmation.
La déflation des effectifs portera, désormais, sur les soutiens, les civils et pour partie les appelés, et non plus sur les forces ; au lieu des 10 % de suppression dans les six dernières années, l'objectif est une réduction de 5 % dans les six années qui viennent. Voilà qui participe au rééquilibrage du couple hommes-machines que j'aborde à présent.
3. Le couple hommes/machines
Le choix du gouvernement d'une armée mixte se traduit par trois actions indissociables, en direction du service national, des personnels de la défense, des réservistes.
Le service national, c'est, à la fois le témoin de l'attachement de la nation et des citoyens à la défense à laquelle il confère, dans la dissuasion et dans l'action, la légitimité ; le vecteur – un des seuls – de l'identité nationale, républicaine et civique ; un facteur de cohésion et une école de solidarité. L'armée mixte est, dans ce contexte, adaptée aux besoins des forces armées, aux ambitions du pays, à l'effort budgétaire déjà exceptionnel qu'il consent. À condition de restaurer le service militaire, seul fondement du service national et seule justification du couple contrainte-conscription.
La condition militaire doit faire l'objet d'une attention particulière : valorisation, formation, ouverture, droit à la deuxième carrière. Les réservistes doivent devenir, progressivement mais vite, les professionnels à temps partiel au nombre de 500 000.
La priorité dans le domaine industriel réside dans l'équipement des forces. La quasi-totalité des grands programmes est en phase de fabrication ou de livraison cas unique en Europe, nous fabriquons à la fois un char nouveau (le Leclerc), un PAN, un SNLE-NG, un avion nouveau (le Rafale), un hélicoptère nouveau (le NH90), un missile nouveau.
Nous conservons les grands programmes et les échéances seront, pour l'essentiel, respectées. C'est un choix : il permet de maintenir les plans de charge industriels, quasiment site par site ; il nous interdit de lancer des programmes nouveaux qui ne seraient pas financés ; il nous conduit à diminuer l'effort sur les études, pour le porter sur l'équipement – 75 % des crédits du titre V à la fin du siècle.
Vous en comprendrez les conséquences : en termes de progrès de productivité – ce sont les 2 % d'efforts de productivité assignés à la DGA ; en termes de choix technologiques et industriels ; en termes de maintien des compétences, nationales ou européennes.
Les programmes nouveaux ? Ce sont le SNA de nouvelle génération, l'avion de transport lourd, le missile anti-navires du futur, et le missile de croisière « à la française ». Il est d'ores et déjà évident que certains seront conçus et produits en coopération, à l'instar de la frégate Horizon.
Vous aurez bien perçu la marque du renouvellement de notre stratégie, lorsque je vous aurai rappelé que sur 613 milliards de francs du titre V, 130 iraient au nucléaire et 260 à l'armement classique.
4. Le couple national/européen
C'est dans la nouvelle complémentarité entre dissuader et agir qu'entre la problématique du nucléaire. Il s'agit là d'un des fondements de notre défense, et qui le demeurera.
Dissuader, mesdames et messieurs : dissuader tous, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent, aujourd'hui et demain, sans préjuger de l'évolution des menaces, ni de l'évolution des progrès techniques.
Dissuader, sans confondre la dissuasion et l'emploi : le jour de la bataille nucléaire, on resterait assurément dans l'ère nucléaire, mais on sortirait de la dissuasion.
Dissuader, sans fossiliser la dissuasion, mais en acceptant – comme une lecture attentive du Livre blanc le montre – des éléments de réflexion pour demain : ne pas limiter la dissuasion au rapport de forces dit « du faible au fort » ; laisser ouverte la question des composantes ; analyser, avec sérénité, la question de la dimension européenne de la dissuasion.
Agir, dans et pour l'Europe. En donnant une véritable dimension à l'identité européenne de défense, une fois les rapports avec l'OTAN clarifiés et assurés. Trois impératifs se dégagent : que l'Alliance continue à s'adapter à ses nouvelles missions et au nouveau contexte européen ; que les principes d'action de la France dans l'Alliance soient maintenus ; que notre pays participe à tous les stades des nouvelles missions de l'OTAN.
De même qu'il y a intérêts vitaux et stratégiques nationaux, reconnaissons que les intérêts vitaux de l'Europe sont, aujourd'hui, [mots illisibles] de l'OTAN, et ses intérêts stratégiques, pour [mots illisibles] par l'Union de l'Europe Occidentale.
Quarante ans après l'échec de la [mot illisible] – c'était en 1954 – la France se doit de jouer un rôle moteur ; dans l'émergence d'une politique commune, dans la coopération entre les puissances « majeures » et l'Union, dans la mise en place d'outils de défense communs : Corps européen – 50 000 hommes opérationnels en 1995 – et force aéro-maritime que nous constituons avec nos deux alliés méditerranéens espagnol et italien.
Voilà, mesdames et messieurs, quelles sont les perspectives de la défense de la France, telles que Livre blanc les définit et la loi de programmation les traduit. Elles sont le résultat d'un choix politique, celui du gouvernement. Bien des aspects de ce choix vous concernent, dans l'accomplissement de vos missions : j'y viens à présent.
Deuxième partie : le rôle du préfet dans les domaines de la défense.
Dans la vie quotidienne de la nation, représentants de tous les ministres, vous êtes aussi les miens : vos domaines de responsabilité, qui s'exercent en liaison avec les autorités militaires territoriales, sont nombreux et iront en s'élargissant. J'en ai retenu trois : les hommes (1), les conversions nécessaires (2), l'ordre public (3).
1. Les hommes
Le Premier ministre m'a demandé de conduire la réflexion interministérielle sur la « remise en ordre » des formes civiles du service national, protocoles inclus.
Me référant à ses instructions et en accord avec les ministères intéressés, j'ai défini une série d'objectifs. Je vous les cite : la vérification effective de la qualité des associations et organismes qui reçoivent de jeunes appelés – avec le problème des objecteurs de conscience ; le suivi des conditions d'emploi des jeunes appelés par les services de l'État ; les modalités pratiques d'exécution du service.
De la qualité des résultats obtenus dépendra largement la réduction des inégalités dans l'exécution du service national.
Le rôle du préfet dans ce suivi et ce contrôle de toutes les formes non militaires doit devenir prépondérant. Dans quatorze départements désignés aux fins d'expérimentation, il préside le comité départemental du service national à finalité civile ; ce système doit être étendu à l'ensemble des départements. Je souhaite en être tenu personnellement informé, par vous-même.
Le Délégué militaire départemental sera, à votre profit, le coordonnateur de l'ensemble du dossier. Les bureaux du SN seront, pour lui et pour vous, d'un concours précieux, dans les départements qui en disposent.
2. Les conversions nécessaires
Pour ces opérations difficiles, il est clair que le préfet de département est le pivot de l'action menée au plan local. Son correspondant au sein du ministère est la délégation aux restructurations, placée auprès du Secrétaire général pour l'administration, confiée à un membre du corps préfectoral. Elle gère l'ensemble des problèmes consécutifs à une restructuration de la défense, c'est-à-dire une fermeture, un transfert d'unités des forces ou une réduction sensible d'effectifs ou de plan de charge d'un établissement.
Je viens d'engager à ce titre une expérience de gestion locale des emplois civils touchés par les restructurations, au sein d'un bassin d'emploi, autour de la région Centre. Une quinzaine d'entre vous en êtes les acteurs. Je vous en remercie.
À chaque fois, il s'agit de prendre en compte les conséquences politiques, économiques, sociales et domaniales de la décision prise.
La composante domaniale est essentielle : les emprises libérées doivent constituer l'un des éléments de la reconversion. Il est prévu qu'elles soient aliénées à titre onéreux. C'est la garantie de la bonne utilisation qui en sera faite, même si ce ne doit pas être, pour la défense, l'unique objectif. La valorisation historique et culturelle du patrimoine de la Défense, la restructuration de l'ensemble du patrimoine de l'État, les synergies avec les services déconcentrés de l'État, les bonnes relations avec les collectivités locales en sont quatre autres, que vous devez avoir présents à l'esprit.
La composante reconversion est bien au point. Deux dispositifs existent. Celui de GIAT – 100 MF au plan national, dont l'objectif est la création de 2 000/3 000 emplois, autour des sites de GIAT. Celui, initial, du ministère de la Défense 80 MF sur plusieurs sites (Angoulême, Tarbes, Bergerac. Tulle…).
Là où existent les deux dispositifs, le Délégué aux restructurations a pour mandat de veiller à la coordination et à la convergence. Je compte sur vous pour me signaler les difficultés éventuelles.
L'utilisation du FRED dont vous êtes les ordonnateurs dans chaque département et des fonds KONVER est encore insuffisante ; une large gamme de financement est possible. Ainsi, les fonds KONVER permettent de financer à 50 % une structure de conversion dotée d'un capital initial, pouvant ensuite investir sans procédure contraignante.
Dans le domaine du soutien aux PME/PMI, nous avons engagé un renforcement des études-amont, en recherche de base, destinées aux PME/PMI et du dispositif de capital – risque ASTRID – le capital de la Financière de Brienne sera multipliée par deux (de 50 à 100 MF).
À la disposition du préfet, dans chaque région, se trouve un délégué régional du Service de surveillance industrielle de l'Armement qui est un des services de la DGA. Il doit jouer le rôle de contact entre les acteurs du développement industriel – secrétaire général pour les affaires régionales, directeur régional de l'industrie, de la recherche et de l'environnement, collectivités territoriales.
3. L'ordre public
3.1. La défense et la sécurité publique
J'insisterai sur trois aspects essentiels des relations entre le corps préfectoral et la Gendarmerie : le suivi et le contrôle du service de la Gendarmerie, d'une part ; les efforts entrepris depuis un an et dont la loi de programmation est un temps fort, ensuite ; les restructurations et réorganisations que vous avez à connaître, enfin.
En matière de sécurité publique, sous réserve des dispositions du Code de procédure pénale en ce qui concerne la police judiciaire, c'est vous qui fixez les missions de l'ensemble des forces dont dispose l'État, dont celles de la gendarmerie. C'est à vous qu'il est rendu compte de l'exécution de ces missions par les échelons concernés.
Le ministre de l'Intérieur l'a cependant précisé, dans sa circulaire du 2 mai 1994 : ces directives ne sauraient remettre en question le rôle fondamental de direction et de contrôle opérationnel des commandants de groupement, qui demeure entier sur leurs personnels.
La chasse aux tâches indues doit être votre préoccupation permanente d'autorités d'emploi de la gendarmerie. Je songe, par exemple, à certaines escortes. L'action de cette dernière ne doit pas être détournée de ses missions prioritaires – sécurité publique, police judiciaire, défense – et doit pouvoir s'inscrire dans la durée, pour être constamment en mesure de faire face aux situations de crise.
Dans le même esprit, les procédures de rappel des réservistes, dont l'expérimentation est en cours pour répondre à des situations de suremploi ne sauraient devenir la règle, pour des raisons budgétaires évidentes.
J'ai donné l'ordre aux commandants de groupement de gendarmerie départementale de participer activement, sous votre autorité et celle des Procureurs de la République, à l'élaboration et à la mise en œuvre des plans départementaux de sécurité. Leurs priorités méritent d'être fixées alternativement et non cumulativement, sous peine de se neutraliser les unes les autres.
Deuxième remarque : la montée en puissance des moyens de la gendarmerie s'inscrit dans le cadre d'un plan d'ensemble, qui est la priorité du Gouvernement : il s'agit de renforcer l'action de sécurité et de proximité de l'arme au profit de la population.
Amélioration du service, postes mobiles avancés, moyens matériels : vous devez connaître et faire connaître l'action en cours. Ainsi, les PMA multiplient les occasions de contact avec les populations éloignées des brigades territoriales. De même, l'organisation du service de nuit permet d'accroître la capacité d'intervention de la Gendarmerie au profit de ces mêmes populations.
Quant aux restructurations et à la réorganisation de la Gendarmerie, les effectifs supplémentaires créés dès l'année 1994 – 800 postes et dans la loi de programmation – 1 950 postes, dont 250 d'officiers – sont destinés à trois priorités.
D'abord, satisfaire les besoins les plus urgents dans les secteurs à forte progression démographique : création de nouveaux pelotons de surveillance et d'intervention de la gendarmerie – 8 en 1994 – et renforcement, par des militaires d'active, des brigades territoriales les plus occupées.
Ensuite, accroître la capacité opérationnelle de ceux des groupements de gendarmerie départementale qui comportent un nombre élevé de formations à faible effectif, en les dotant d'une réserve d'intervention. C'est ainsi que trente-six départements se verront affecter, en 1994, un groupe de dix gendarmes auxiliaires.
Enfin, fournir des effectifs supplémentaires aux unités territoriales comptables des liaisons assurant la continuité du réseau routier.
Dans le même temps, la gendarmerie doit adapter son dispositif territorial, pour tenir compte des responsabilités qui lui incombent proprio motu.
En coordination avec tous ses partenaires, au premier rang desquels le ministère de l'Intérieur, la Gendarmerie va redéployer une partie de ses effectifs stationnés en zone de Police d'État, vers les secteurs où elle exerce seule la mission de sécurité publique. Ces effectifs seront fixés en liaison avec le ministère de l'Intérieur et les autorités locales. Les zones situées en périphérie des grandes villes doivent être prioritairement renforcées.
Ce point est véritablement essentiel : je compte sur vous pour y veiller. Chacun convient aujourd'hui que les critères de la loi de 1941 ne sont plus adaptés. Le projet de loi sur la sécurité du ministre de l'Intérieur a d'ailleurs pris en compte ce problème.
3.2. La défense et la défense civile
« Les évolutions internationales et l'apparition de nouvelles menaces imposent de développer une conception globale de la défense au sein de laquelle la défense civile trouverait la part essentielle qui lui est due. » est-il écrit dans le Livre Blanc 1994.
La défense civile organise l'effort de la nation dans les actions de sécurité et de solidarité, qui doivent être menées au profit de l'ensemble de la collectivité nationale. Ces missions sont dévolues au ministre de l'Intérieur. Le texte fondateur en est l'ordonnance de 1959.
Le ministre de la Défense lui apporte son concours de façon permanente. Avec la gendarmerie nationale pour le maintien de l'ordre, la protection des points sensibles et la sécurité nucléaire ; avec des unités spécialisées – sapeurs et marins pompiers, unités d'instruction et d'intervention de sécurité civile nationale – pour le dispositif général de sécurité ; avec des dispositions nouvelles, pour la surveillance radiologique nationale.
Le même ministre de la Défense apporte, lors de circonstances exceptionnelles, son soutien et éventuellement son appui pour faire face aux catastrophes naturelles ou technologiques – inondations, feux de forêts, pollutions terrestres ou maritimes –, ou lors de menaces graves contre l'ordre public et le bon fonctionnement des appareils étatique ou économique. Ce concours devient de plus en plus fréquent au fil des ans. Les armées sont, en effet, le dernier recours mais aussi la seule organisation permettant de mobiliser, à grande échelle, des moyens et des effectifs importants.
Je souhaite insister avec force sur un point essentiel : le rôle accru de la défense civile n'implique pas de confier aux armées des tâches qui incombent prioritairement à d'autres administrations de l'État. L'effort engagé doit permettre de leur demander un concours mesuré et adapté ; l'effort de défense civile incombe, avant tout, à chaque administration concernée de l'État ; les armées ne doivent se substituer, ni dans l'action sur le terrain, ni dans l'esprit des responsables et des citoyens, aux moyens propres à la défense civile. Je vous remercie de l'avoir compris.
L'efficacité de l'action des moyens des armées est renforcée grâce à une planification rigoureuse, menée sous l'égide de l'autorité civile : plans de secours, terrestre, maritime ou aérien, plans d'aide au service public, plans de sauvegarde et de défense.
Seule une véritable coordination des pouvoirs civils et militaires permettra à la défense civile de prouver son efficacité. L'échelon le plus approprié est celui de la zone de défense, lieu où s'articulent, au mieux, les compétences civiles et militaires. Seul le général commandant la circonscription militaire de défense, a, en temps réel, la connaissance des moyens disponibles, la capacité de déterminer les moyens nécessaires, la compétence indispensable à l'exécution de la mission définie par l'autorité civile.
La réduction du format des armées a sensiblement allégé le tissu militaire national. Cette discontinuité dans le dispositif territorial rend indispensable la mise en œuvre d'un concept nouveau : c'est la projection intérieure. Dans l'hypothèse où les forces stationnées sur la zone de défense sont insuffisantes, ou requises par d'autres missions, les unités nécessaires seront identifiées pour les projeter à l'endroit voulu et dans un minimum de temps.
Là encore, le général, commandant la circonscription militaire de défense, est appelé à jouer un rôle déterminant dans la satisfaction quantitative et qualitative des besoins exprimés par l'autorité civile. Pour ces raisons, des contacts d'homme à homme doivent être privilégiés entre les préfets et cet officier général.
Cette nouvelle organisation des forces armées, au service de la défense civile, s'appelle la défense terrestre.
La qualité des relations qui unissent l'autorité militaire et l'autorité préfectorale est donc essentielle au bon déroulement d'opérations qui, souvent, ont un caractère d'urgence. Ces relations doivent s'inscrire dans la durée ; préexister à l'événement ; être entretenues à tous les niveaux et notamment par une relation plus étroite avec les DMD dont je vais m'employer à améliorer la formation dans le domaine des relations avec les administrations civiles.
Dialogue permanent, connaissance réciproque des hommes et des organisations, séances de travail et cycles de formation commune sont indispensables : c'est là l'exigence majeure d'efficacité du service public, dans la gestion de toutes les situations de tension, d'instabilité, de péril.
Je suis convaincu que vous êtes, d'ores et déjà, prêts à répondre à ces conditions nouvelles de la défense civile, partie intégrante de notre défense et qui prend, chaque jour, une importance croissante.
Mesdames et messieurs les préfets, je voudrais conclure.
Plus que jamais, il n'est de défense que dans la globalité et la permanence. Aux liens très anciens qui unissent l'Armée et la nation, s'ajoutent aujourd'hui ceux que tissent la défense et la société. Éléments puissants de la continuité républicaine de notre pays, ces liens fondent un esprit et une culture de la défense, rendent légitime la défense, dans la dissuasion et dans l'action, renforcent un patriotisme ouvert, qui défend à travers la France des valeurs universelles.
Dans cet esprit, l'harmonie des relations entre la défense et la société suppose un partage équilibré et reconnu des responsabilités des uns et des autres.
Vous êtes au cœur de ce dispositif.