Interview de M. André Rossinot, ministre de la fonction publique et président du Parti radical, dans "Le Point" du 15 octobre 1994 et article dans "Profession politique" du 4 novembre, intitulé "Les radicaux, la voix du centre, centre gauche", sur le radicalisme, et la stratégie du Parti radical pour l'élection présidentielle de 1995.

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Circonstance : Assises du radicalisme à Paris le 15 octobre 1994

Média : Le Point - Profession politique

Texte intégral

15 Octobre 1994
Le Point

Le Point :  Vous réunissez, ce samedi, aux Assises du radicalisme, élus, intellectuels et entrepreneurs, pour "réconcilier les citoyens avec la politique" et "bâtir un nouveau contrat social". Pourquoi brandir aujourd'hui le drapeau du radicalisme ?

André Rossinot : Aujourd'hui, le radicalisme peut offrir des réponses aux problèmes de la société. On n'a jamais autant parlé de la République même Philippe de Villiers s'y met ! et de ses valeurs : laïcité, tolérance, refus de l'exclusion, choix d'une économie de marché nuancée par une approche sociale. Ces vertus républicaines sont au fondement du radicalisme.

Le Point : Qu'attendez-vous de votre action ?

André Rossinot : Notre objectif politique est double. D'abord, affirmer que l'UDF n'est pas une entité autonome, mais la synthèse des projets politiques des partis la composant. Ensuite, il s'agit de montrer l'identité radicale, sa capacité d'ouverture et d'influence, au centre-centre gauche.

Le Point : Bernard Tapie et le MRG revendiquent aussi le label radical…

André Rossinot : L'engagement des radicaux de gauche est ambigu. Bernard Tapie a exercé une attirance réelle sur les électeurs, abusés par son bagout démagogique, et il est dommage que le MRG, riche de personnalités remarquables, se soit ainsi fourvoyé. Tout rapprochement du Parti radial avec le MRG est impossible tant que ce dernier n'aura pas fui le populisme, car il ne s'agit plus d'éloignement sur la carte politique, mais de manières opposées de faire de la politique.

Le Point : Pensez-vous que l'UDF survivra à la présidentielle ?

André Rossinot : Il ne faut pas casser prématurément ce qui a été utile. Il y a 214 députés UDF, et l'UDF doit poursuivre son existence après la présidentielle, en s'adaptant.

Le Point : Même si elle n'a pas eu de candidat ?

André Rossinot : Certains ont été imprudents en déclarant unilatéralement que l'UDF devait avoir son candidat. N'abandonnons pas l'idée d'un candidat d'union au premier tour, prévu dans un pacte que l'UDF a signé en 1991, en acceptant qu'il n'y ait qu'une chance sur deux pour que ce candidat soit de ses rangs. Valéry Giscard d'Estaing a souhaité un groupe paritaire permanent de dialogue entre RPR et UDF : ce groupe existe, c'est l'UPF, qui doit reprendre les réunions mensuelles qu'il a abandonnées. Quant à une candidature de témoignage, les 214 députés accepteront-ils que leur influence soit mesurée à cette aune ? Et l'on demandera des comptes aux candidats UDF des listes d'union qu'ils bâtiront pour les municipales, six semaines après la présidentielle.

Le Point : S'il y a, néanmoins, un candidat UDF, le Parti radical a-t-il un prétendant ?

André Rossinot : Ce n'est pas à l'ordre du jour. C'est fin janvier que nous étudierons le problème.

 

4 novembre 1994
Profession Politique

Les radicaux, la voix du centre, centre gauche !

Que l'élection présidentielle soit une étape décisive dans le cadre des institutions de la cinquième République, personne ne songerait à le contester, tant notre vie politique est aujourd'hui tendue vers cette échéance. Elle est l'occasion pour les hommes politiques, davantage que pour les partis, d'animer un grand débat autour de leur vision de la société.

On reconnaîtra d'ailleurs volontiers que le courant qui lie le président nouvellement élu et les citoyens résulte d'une délicate alchimie entre un homme, son bilan, son projet, et le peuple français, car le président de la République est, selon l'esprit de la constitution, le Président de tous les Français.

Dans ce contexte, il est légitime de se demander ce que peut apporter à ce débat un parti politique. C'est oublier la Constitution de notre pays, qui stipule que les partis concourent à l'expression du suffrage. Pour satisfaire aux obligations attachées à leur rôle constitutionnel, les formations politiques disposent de deux moyens essentiels : il faut leur proposer un projet de société capable de rassembler les Français.

Dans ce contexte, il est légitime de se demander ce que peut apporter à ce débat un parti politique. C'est oublier la Constitution de notre pays, qui stipule que les partis concourent à l'expression du suffrage. Pour satisfaire aux obligations attachées à leur rôle constitutionnel, les formations politiques disposent de deux moyens essentiels : il leur faut proposer un projet de société capable de rassembler les Français, mais ils doivent également soutenir le candidat qui sera le mieux placé pour défendre leur projet.

Quant à la seconde de ces exigences, le Parti radical s'est toujours montré soucieux de rester fidèle à ses engagements. En 1991, avec nos partenaires de l'UDF et du RPR, nous nous sommes prononcés en faveur d'une candidature d'union de la majorité au premier tour de l'élection présidentielle et avons adopté une procédure pour désigner notre candidat en signant la charte pour les "primaires à la française". Ce mode de désignation présente à mes yeux l'intérêt d'associer plus étroitement les Françaises et les Français à la vie publique de notre pays, et répond à notre souci de réconcilier les citoyens avec la politique.

C'est dans cet esprit que les députés radicaux ont déposé au début de l'été, à l'initiative de Xavier de Roux, une proposition de loi visant à permettre l'organisation de primaires. Proposition qui a l'avantage de respecter la neutralité des pouvoirs publics puisqu'elle évite de mêler les services de l'État à l'organisation de la consultation et permet de désigner le candidat qui sera le mieux à même de défendre nos idées.

Ces idées que nous souhaitons défendre, elles se rattachent aux valeurs fondamentales de la République dont nous avons voulu démontrer l'actualité et la modernité au cours des Assises du Radicalisme, le 15 octobre dernier à Paris. Ni colloque, ni congrès, cette manifestation originale a permis de rassembler à une même tribune de nombreuses personnalités qui, radicales ou non, ont souhaité s'associer à une démarche ouverte dans un esprit de dialogue et de tolérance mutuelle.

Le programme en était ambitieux : réconcilier les citoyens avec la politique, bâtir un nouveau contrat social. Parce qu'à l'heure où le civisme se délite, au moment où les "affaires" viennent occuper le devant de la scène politique, le rétablissement de la confiance des Français dans la chose publique est un préalable indispensable à la construction d'une France plus juste et plus solidaire.

Réconcilier les citoyens avec la politique, lutter contre la désertion civique, selon la belle expression de Luc Ferry, cela passe par la promotion au quotidien, dans les communes, les départements et les régions, d'une démocratie de proximité à l'écoute des citoyens ; mais également par un rééquilibrage de nos institutions au profit d'un parlement aujourd'hui affaibli, et enfin par un meilleur apprentissage de la citoyenneté à tous les âges de la vie.

Et c'est sur cette base que nous pourrons bâtir un nouveau contrat social qui permettra de substituer à la notion de droit au travail, celle de droit à l'activité, afin qu'aucun de nos concitoyens ne puisse se sentir exclu de la société dans laquelle il vit. L'amélioration et la modernisation des systèmes de solidarité auxquels nous sommes attachés, et l'établissement d'une véritable solidarité internationale doivent également figurer au rang des préoccupations essentielles d'un parti politique qui a vocation à incarner le centre centre-gauche de la vie politique française.

C'est pour tenter de donner un contenu à cette vaste ambition que les radicaux présents aux Assises du Radicalisme ont fait des propositions concrètes. Par exemple, le souci de mieux associer les citoyens à la vie publique, nous a conduit à proposer l'abaissement du droit de vote à 16 ans aux élections municipales. De même, la signature d'une charte de l'éthique républicaine avec tous ceux qui partagent nos valeurs devrait permettre de renforcer l'adhésion des citoyens au contrat républicain.

Dans le domaine social, la création d'un tutorat civique favorisera l'accès à l'emploi en donnant à chaque personne le droit de disposer d'un tuteur pour l'aider dans sa recherche d'emploi. Par ailleurs, la réforme du financement de la protection sociale passe par une fiscalisation croissante que seule permettra la réforme d'un impôt sur le revenu inadapté. Enfin, la publicité des réunions des conseils d'administration des organismes de sécurité sociale devrait améliorer la transparence de leur gestion.

Au total, une vingtaine de propositions qui ne demandent qu'à être amendées et complétées, ce que ne manqueront pas de faire les radicaux qui se sont d'ores et déjà mis tous ensemble au travail pour préparer la rédaction du Manifeste des Radicaux à paraître début 1995. Une procédure parfaitement démocratique qui permettra à notre projet de bénéficier d'un large assentiment, condition d'une véritable légitimité radicale.

Apporter une contribution qui soit le fruit d'un travail d'équipe ; mobiliser toutes les énergies autour d'un projet commun pour faire entendre la voix du centre, centre-gauche au sein d'une majorité ouverte et attractive, telle est la démarche du Parti Radical.