Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, à TF1 le 1er décembre 1988, sur la lutte contre le SIDA.

Prononcé le 1er décembre 1988

Intervenant(s) : 

Média : TF1

Texte intégral

Jean Pierre FOUCAULT : Monsieur le Ministre, bonsoir, Claude ÉVIN, ministre de la Santé.

Martine ALLAIN REGNAULT : On a mis Monsieur Évin dans la salle, on a eu la chanson de Florent PAGNY juste avant, Monsieur le Ministre, nous n'attendons pas de vous ce soir un discours politicien ou académique.

Alors j'entends une phrase de Florent PAGNY : "laissez-nous rigoler, les soi-disant paumés". Est-ce qu'on peut vraiment laisser rigoler la jeunesse aujourd'hui.

Claude ÉVIN : C'est bien ce qui complique énormément le message faire passer.

Martine ALLAIN REGNAULT : Vous aimeriez bien les faire rigoler.

Claude ÉVIN : On aimerait bien, on aimerait bien, et moi j'ai été très, très frappé par les témoignages de tout à l'heure. Je crois que c'est vrai qu'il faut parler d'amour, il faut parler de la vie, mais il faut aussi savoir que le nombre de malades double actuellement tous les 11 mois, j'ai même dit encore plus rapidement, tous les 6 mois dans certaines régions, qu'il y ait au moins 150 à 250 000 personnes qui sont séropositives en France aujourd'hui.

Martine ALLAIN REGNAULT : C'est à dire qui portent le virus et qui ne sont pas malades.

Claude ÉVIN : Qui portent le virus, et que pendant toute le période où nous allons effectivement mener une campagne d'information et de prévention, ces hommes, ces femmes, peuvent être malades, et que cela sera peut-être désarmant. Il faut sans doute parler de la vie, il faut parler de l'amour, mais c'est vrai aussi qu'il y a cette réalité.

Martine ALLAIN REGNAULT : Alors il va y en avoir beaucoup, il ne faut pas les exclure, le gouvernement va prendre des mesures pour les soigner, pour ne pas les exclure, et pour éviter que d'autres se contaminent. Vous avez un programme en cours, vous allez… ?

Claude ÉVIN : Tout d'abord Un programme d'information, je l'ai présenté il y maintenant quelques semaines, nous n'avons commencé que partiellement avec cette campagne actuellement de spots télévisés, qui tend à dédramatiser l'usage du préservatif.

Martine ALLAIN REGNAULT : Oui, mais qui ne le rend pas gratuit tout de même.

Claude ÉVIN : Qui ne le rend pas gratuit, non, nous avons quand même fait baisser la TVA sur les préservatifs, ce n'est pas suffisant, et moi je souhaite que le préservatif puisse se trouver partout, nous sommes actuellement à discuter avec les distributeurs des marques de préservatifs, afin qu'ils puissent avec, y compris les grandes surfaces aussi, enfin plusieurs réseaux se mettent en place actuellement qu'on puisse trouver de plus en plus les préservatifs.

Martine ALLAIN REGNAULT : On ne les trouvera pas à l'école facilement et l'Éducation Nationale on a l'impression qu'elle est un peu en retard.

Claude ÉVIN : Tout ça, vous le savez, on le prend aujourd'hui, et je crois que c'est important une émission comme ce soir, on le prend avec une certaine angoisse pour certaines personnes.

Martine ALLAIN REGNAULT : Pour les petits enfants, qui auront 20 ans en l'an 2000.

Claude ÉVIN : Oui, et il est important de mener ces actions. J'étais aujourd'hui au lycée d'enseignement professionnel à Tolbiac, des jeunes de ce lycée mènent une action d'information, ils en parlent auprès d'eux et ils ont monté une exposition. Je l'ai visitée, j'ai ici – ils m'ont donné – le bilan de cette action qu'ils ont menée. Actuellement l'Éducation Nationale développe et appuie les actions, les initiatives qui sont menées dans chacun des établissements, et l'année prochaine, parce que nous mettrons en place une agence interministérielle pour mieux dynamiser cette volonté que nous avons, que ça se diffuse partout, que l'information se diffuse partout, dans l'Éducation Nationale, auprès des jeunes appelés du contingent. Dans l'Éducation Nationale, à la fois, c'est important, à la fois dans l'Éducation Nationale, dans les lycées, pour les seconds cycles des lycées, mais aussi à l'université, et bien qu'il y ait une information concrète, une information sur la manière dont se transmet la maladie, mais aussi sur la manière d'éviter la transmission du virus.

Martine ALLAIN REGNAULT : Vous avez des choses à nous annoncer pour les semaines qui viennent, dans votre programme qui a été très brillant, mais il va y avoir des réalités très bientôt ?

Claude ÉVIN : Il n'y a pas une réponse magique, il y a une réponse d'information, je l'ai dit. Il y a aussi une réponse en termes de prise en charge des malades, les moyens supplémentaires, sans doute encore insuffisants, c'est vrai, les moyens supplémentaires dans les hôpitaux, mais pas simplement dans les hôpitaux, des associations – elles sont ici ce soir – à parts, d'autres associations qui interviennent directement psychologiquement, comme soutien auprès des malades, les prennent en charge à la sortie de l'hôpital, cela aussi doit être développé, c'est sans doute de la responsabilité du gouvernement, c'est de la responsabilité aussi peut-être des collectivités locales concernées, il y a de la place pour tout le monde, il y a de la mobilisation pour tout le monde.

Martine ALAIN REGNAULT : Vous savez Monsieur le Ministre, vous avez beaucoup à faire, parce que maintenant on trouve du sida dans toutes les villes de France, et parfois on croit que c'est surtout pour les autres… 

Claude ÉVIN : C'est le message essentiel, si au moins votre émission ce soir permettait qu'on sorte de cette idée, selon laquelle il n'y aurait que les toxicomanes ou les homosexuels qui seraient concernés, déjà vous auriez fait œuvre utile, car il faut en effet savoir, tous les français doivent savoir, que chacun est concerné et que cela peut nous arriver un jour ou l'autre.