Déclaration de M. Edmond Alphandéry, ministre de l'économie, sur l'aide financière de la France au Vietnam, la signature d'un accord de consolidation de la dette, et sur le renouvellement des garanties COFACE sur les crédits commerciaux, Paris le 21 juillet 1994.

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Je suis venu au Vietnam parce que ce pays s'ouvre et se libéralise. Il se trouve à un tournant de son histoire car il est en train de décoller économiquement (la croissance annuelle considérablement entrée dans la zone des 7-8 % depuis 1988 ; l'inflation a été spectaculairement réduite passant de plus de 200 % en 1987 à 12 % en 1993 et sans doute moins en 1994 ; les déficits publics sont en baisse à 5,5 % du PIB ; la monnaie – le dong – a été stabilisée face au dollar US).

Ce pays, avec ses soixante-dix millions d'habitants, compétents et travailleurs, semble en effet en passe de connaître un scénario de développement économique comparable à celui qu'ont vécu, il y a quelques années, ses voisins, les dragons économiques du Sud-Est Asiatique.

La France, unie au Vietnam par des liens historiques et humains très profonds, entend être un partenaire actif et privilégié de ce développement.

Le Vietnam représente en réalité une opportunité exceptionnelle pour notre pays dans cette région d'Asie la plus dynamique du Monde. La France y dispose de grands atouts, notamment un capital de sympathie et d'amitié très important, que j'ai pu pleinement mesurer à l'occasion de ce déplacement ; elle a aussi des devoirs envers ce pays au devenir duquel elle ne sera jamais indifférente.

C'est pourquoi j'ai choisi de m'investir personnellement en faveur du redressement économique et financier du Vietnam. Je me suis ainsi fait l'avocat à de nombreuses reprises, notamment auprès de Michel Camdessus, Directeur Général du FMI, M. Preston, Président de la Banque Mondiale et de mes collègues du G7, du retour le plus rapide possible du Vietnam au sein de la Communauté internationale.

Le Vietnam a ainsi pu régulariser dès septembre 1993 sa situation à l'égard du FMI grâce au remboursement des 140 millions USD d'arriérés ; ceci a été rendu possible grâce à : 55 millions de dollars US de dons bilatéraux (la France avec 15,1 millions USD a été le premier donateur à égalité avec le Japon) ; un prêt relais de 85 millions USD syndiqués par la BFCE.

J'ai par la suite, et avec succès, plaidé énergiquement pour que le Vietnam obtienne le traitement le plus favorable possible lors des négociations du Club de Paris en décembre dernier ; le Vietnam a ainsi bénéficié du traitement le plus favorable du Club de Paris, le traitement dit de Londres soit : pour les crédits commerciaux, une annulation de 50 % et un remboursement sur 23 ans ; et pour les prêts gouvernementaux au titre de l'aide publique au développement, un rééchelonnement sur 30 ans, aux conditions concessionnelles d'origine.

C'est la France, premier créancier bilatéral du Club de Paris qui a effectué l'effort le plus important.

Mon déplacement au Vietnam a été l'occasion de célébrer et concrétiser ces progrès et de donner un élan supplémentaire au redressement et à l'intensification des relations économiques financières franco-vietnamiennes.

Tout d'abord, ce déplacement a été l'occasion finaliser l'accord bilatéral de consolidation de dette et j'ai ainsi confirmé à nos partenaires que la France annule plus de 1,2 mds de francs de dette et rééchelonne 1 md de francs de dette commerciale ou aide publique au développement.

J'ai par ailleurs signé à l'instant avec les autorités vietnamiennes un protocole financier de 425 MF à des conditions financières très favorables, qui permettra de financer des projets clefs dans des secteurs vitaux pour la croissance économique du Vietnam (traitement des eaux, télécommunications, énergie, santé).

J'ai souhaité personnellement cette augmentation très importante de notre aide financière. Elle permettra à un nombre croissant d'entreprises françaises de participer par leur technologie, leur savoir-faire, leurs investissements, au démarrage économique d'un pays qui peut constituer pour beaucoup d'entre elles une ouverture et une plate-forme sur l'ensemble de l'Asie.

J'ai par ailleurs confirmé à mon collègue ministre des Finances, M. Ho Te, la pérennité de notre dispositif d'assistance technique aux administrations des finances et des douanes vietnamiennes.

Cet appui administratif, qui doit contribuer à l'émergence progressive d'une élite financière francophone au Vietnam, m'apparaît à la fois très utile et très appréciée par la partie vietnamienne. Une enveloppe de 40 millions FF a été consacrée à cette coopération très étendue : coopération administrative, coopération dans le domaine des assurances et des banques, informatisation des services du Gouvernement.

Mon voyage a été l'occasion de définitivement tourner une page du passé grâce à la signature d'un accord d'indemnisation des entreprises dont les biens ont été nationalisés en 1975 (45 millions de FF) ; et à la résolution du dossier des comptes bloqués nés de l'accord quadripartite de 1954.

Toutes les difficultés passées ayant été aplanies, les conditions sont désormais propices pour que la France continue d'approfondir et de développer ses relations financières bilatérales avec le Vietnam. La Caisse Française de Développement est dorénavant autorisée à intervenir au Vietnam. Elle va pouvoir rapidement instruire et financer des projets de développement rural et des investissements du secteur productif marchand.

Par ailleurs, compte tenu de la régularisation de la situation financière et des perspectives économiques prometteuses du Vietnam, j'ai donné des instructions à la COFACE d'y garantir à nouveau les crédits commerciaux à moyen et long termes éligibles.

Cette nouvelle étape sera, je l'espère, déterminante pour le développement des échanges commerciaux franco vietnamiens.

Nos entreprises pourront ainsi prospecter encore plus activement un marché sur lequel elles sont déjà très présentes. Au cours des cinq dernières années, nos échanges avec le Vietnam très fortement augmenté. Ils ont atteint 2,6 MDS de francs en 1992 et 1993. Ceci est dû à la fois à l'ouverture du Vietnam aux pays à économie de marché et au dynamisme commercial des entreprises françaises. La France est le quatrième fournisseur du Vietnam et le premier parmi les nations non asiatiques.

Ceci dit, la concurrence est déjà et sera très rude ; le principal atout de nos entreprises restera la qualité de leur savoir-faire et de leur technologie et leur cap cité à investir toujours plus activement dans un marché prometteur, en inscrivant leur stratégie dans la durée.

Permettez-moi de formuler le souhait que le nouvel élan donné aujourd'hui aux relations franco-vietnamiennes ait un effet d'entraînement durable sur la contribution de nos entreprises au décollage économique du Vietnam.

Demain nous partirons pour Hô Chi Minh-Ville qui est, comme vous le savez, le centre industriel et commercial du pays. J'y rencontrerais le Premier ministre et les responsables des principales sociétés françaises implantées là-bas.