Texte intégral
Paris, le 11 janvier 1994
Communiqué de presse
Communication de monsieur Alain Carignon, ministre de la Communication, en Conseil des ministres du 12 janvier 1994 : Bilan de l'action gouvernementale entreprise depuis avril 1993 en faveur de la presse écrite.
La presse écrite en France (400 entreprises, 2 400 titres et 55 000 salariés) connait de graves difficultés : prix de vente trop élevés, liés à des coûts de production et de distribution excessifs, concurrence accrue des autres supports d'information et, depuis la fin de l'année 1990 baisse significative du marché publicitaire et des petites annonces.
La presse d'information politique et générale est la première touchée par cette crise sans précédent : chute des recettes publicitaires de 36 % et des ressources de petites annonces de 52 % en deux années.
Conscient de la gravité de la situation, le gouvernement, sur la proposition du Ministre de la Communication, a engagé une politique de soutien en faveur de la presse écrite à court et moyen terme :
Un dispositif d'urgence de 200 MF sur 1993-1994 a été mis en place pour répondre aux difficultés conjoncturelles immédiates de la presse d'information politique et générale (abondement de 10 MF des deux fonds d'aide existants aux quotidiens à faibles ressources publicitaires ou de petites annonces ; fonds d'aide exceptionnelle de 90 MF ; fonds de garanties SOFARIS).
Dans le même temps, il a été convenu qu'un pourcentage d'au moins 50 % serait consacré aux achats d'espace dans la presse écrite pour toutes les campagnes de privatisation 93-94.
Sur le moyen terme, le ministre de la Communication a proposé au gouvernement, qui l'a accepté, qu'un soutien financier exceptionnel sur plusieurs exercices budgétaires soit accordé au volet social des plans de modernisation des Imprimeries de la Presse parisienne et des Nouvelles messageries de la presse parisienne.
En ce qui concerne le plan de modernisation de la distribution, il importe de rappeler qu'il permettra d'économiser chaque année au profit des éditeurs membres des NMPP et des diffuseurs de presse environ 25 % des charges de fonctionnement actuelles de l'entreprise.
En accompagnant ainsi les efforts de la profession, l'État a voulu se porter garant du maintien du pluralisme et de la qualité de l'information écrite tout en répondant aux évolutions technologiques inéluctables de ce secteur et aux impératifs de la concurrence.
Paris, le 8 juin 1994
Communiqué de presse
D'après les résultats de l'enquête conduite par le SJTI au cours du premier trimestre 1994 sur les "Chiffres-clés" de la presse en 1993, le chiffre d'affaires de la presse a reculé de - 1,5 % cette année-là, après une quasi-stabilité en 1992 (+ 0,2 %) et une légère baisse en 1991 (- 0,6 %).
Ainsi, après huit années de forte progression, de 1982 à 1990, les résultats de la presse marquent le pas depuis maintenant trois ans : une nouvelle baisse (- 8,1 %) des recettes publicitaires - publicité commerciale et petites annonces - au cours de l'année passée, n'a pas été compensée par la croissance des recettes provenant des ventes (+ 3,4 %).
Ces chiffres sont tirés de l'enquête dite "rapide" réalisée pour la quatrième année consécutive par le Service Juridique et Technique de l'Information auprès d'un échantillon d'environ 1 000 titres.
Les deux composantes du chiffre d'affaires, les recettes publicitaires et les ventes, n'évoluent pas de la même façon, car les marchés auxquels elles appartiennent obéissent à des mécanismes différents.
Deux périodes caractérisent l'évolution des recettes publicitaires :
1. Entre 1983 et 1990, elles ont plus que doublé (+ 107 %, avec un taux moyen annuel de + 9,5 %) ; ce sont les petites annonces, encore plus que la publicité commerciale, qui ont connu les accroissements les plus forts (+ 25,5 % et + 18,8 % en 1988 et 1989).
2. De 1991 à 1993, les recettes publicitaires (plus particulièrement les petites annonces) ont baissé au cours de chacune des trois années (- 8,1 % en 1993, après - 4,7 % en 1992 et - 7,5 % en 1991).
Au total cependant, elles auront progressé de + 67,7 % (ou + 5,3 % en moyenne annuelle) sur la période des onze années précédentes (1983-1993).
Sur cette période, la presse écrite a donc largement profité de la forte progression des dépenses des annonceurs. Celle-ci s'explique toutefois en grande partie par l'ouverture de nouveaux services de télévision. D'ailleurs depuis le retournement qui a affecté le marché publicitaire mi-1990, la demande globale des annonceurs s'est stabilisée, en continuant à s'adresser préférentiellement à d'autres grands médias que la presse (la télévision et la radio en 1993) et à ce qui est convenu d'appeler le "hors médias". Les recettes publicitaires de la presse ont ainsi baissé en trois ans de - 19 % et se retrouvent en 1993 quasiment à leur niveau de 1988.
Le poids des recettes publicitaires dans le chiffre d'affaires de la presse s'est, dans ces conditions, accru jusqu'en 1991, en passant de 39 % en 1983 à 44 % en 1991. Le degré de dépendance de la presse vis-à-vis de ce marché est toutefois différent selon les catégories de presse : la presse spécialisée technique et professionnelle est la plus dépendante (61 % en 1991) ; les presses nationale et régionale d'information générale et politique ont une position moyenne (46 et 43 %) ; la presse spécialisée grand public est la catégorie la moins dépendante (29 %).
Jeudi 9 juin 1994
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
J'ai été particulièrement honoré de votre invitation à présider l'ouverture de l'Assemblée Générale de votre syndicat, qui cette année a pris le parti d'orienter sa réflexion à titre principal sur le "rôle de la presse locale dans l'aménagement du territoire"… ce qui démontre votre souhait de rattacher les préoccupations propres aux entreprises de presse que vous représentez aux questions les plus fondamentales liées à l'avenir du développement économique et social sur notre territoire.
Au début de votre propos, monsieur le Président, vous avez souhaité rendre un hommage particulier à l'effort du Gouvernement d'Édouard Balladur, qui dès le mois de mai 1993 a arrêté, au titre de mesures exceptionnelles, un plan d'urgence destiné à remédier aux besoins immédiats les entreprises de presse, qu'il s'agisse du fonds exceptionnel de 90 MF ou encore du fonds SOFARIS permettant de restructurer les capitaux permanents des entreprises de presse sous forme de garanties emprunt, ou enfin de la décision de garantir à la presse 50 % des investissements publicitaires des campagnes de privatisation.
Vous avez rappelé sur ce dernier point que les entreprises de la PHR ont été retenues dans les campagnes publicitaires pour les privatisations : ceci est non seulement la conséquence d'une décision gouvernementale mais aussi du savoir-faire et du professionnalisme qui animent votre syndicat, qui au même moment a décidé de mettre en place le couplage publicitaire "PHR" France en offrant aux annonceurs un dispositif performant d'investissements publicitaires sur l'ensemble du territoire national. Je suis heureux que les premiers résultats soient encourageants.
Vous savez aussi que dès le printemps dernier j'ai souhaité aborder sans tarder les problèmes structurels qui caractérisent la situation de la presse française et qui conditionnent son avenir tout au long de la fabrication et de la distribution.
Dans l'un et l'autre cas, il s'agissait de permettre à la presse de notre pays de s'adapter aux mutations technologiques et de répondre aux exigences nouvelles posées par la concurrence internationale dans un contexte de crise.
Cette préoccupation s'est traduite, vous le savez, non seulement par le plan social de la presse parisienne, arrêté en étroite concertation avec les partenaires sociaux, mais également par une aide des pouvoirs publics au plan de modernisation des nouvelles messageries de la presse parisienne.
Plus que jamais, les bouleversements technologiques qui résultent notamment du progrès de l'informatique et de l'électronique imposent d'importantes réorganisations dans la presse et nous devons être attentifs aux conséquences humaines et économiques qu'elles peuvent entraîner.
Un an a passé depuis mon installation au ministère de la Communication et aujourd'hui j'ai la conviction qu'il importe de franchir une nouvelle étape en réfléchissant ensemble – pouvoirs publics et professionnels – sur les conditions de modernisation de la presse écrite dans un contexte en profonde transformation.
C'est le sens de la démarche qu'a annoncée monsieur le Premier ministre le 5 mai dernier et qu'il m'a demandé de mettre en œuvre prochainement en étroite concertation avec les syndicats professionnels de la presse.
Cette réflexion sera conduite par quatre personnalités qualifiées, connues pour leur expérience et leur connaissance du monde de la presse écrite, autour de trois thèmes considérés fondamentaux pour l'avenir des entreprises de presse, qu'il s'agisse de l'environnement financier et fiscal, des conditions d'exploitation des entreprises de la presse écrite (et notamment de la structure de leurs charges et de leurs recettes), ou encore de la nécessité de renforcer la place de l'écrit dans la société et de sa situation en regard du développement du multimédia et des nouvelles technologies de l'information.
L'ensemble de ce dispositif, ainsi que les noms des personnalités choisies pour assurer les fonctions de présidents et de rapporteurs de ces quatre groupes devraient être arrêtés prochainement à la mi-juin et j'inviterai en premier lieu la FNPF et les différents syndicats professionnels au ministère de la Communication pour lancer leurs travaux.
Permettez à l'élu local que je suis de prendre rang pendant quelques instants, sur le ministre de la Communication pour vous dire que depuis le début de mon itinéraire politique, je perçois dans ma ville, dans mon département et dans ma région la réalité quotidienne de cette France des villes moyennes et des petites agglomérations ou des zones rurales auxquelles vous avez fait allusion, monsieur le Président, et je mesure chaque jour l'importance des organes de presse que vous représentez et qui assurent le relais entre les citoyens et les élus.
Du fait de son implantation depuis plus d'un siècle et demi dans plus de 80 départements, l'hebdomadaire local constitue un relais privilégié d'information sur l'environnement politique, économique et culturel local.
Les études d'audience qui ont été réalisées cette année avec le concours de mon ministère démontrent que depuis plusieurs années, la PHR est devenue un véritable média au plan national puisque ses 380 titres diffusent chaque semaine près de 2,6 millions d'exemplaires, participant à l'information politique et générale de près de 10 millions de citoyens.
Ce sont autant d'éléments objectifs qui font de votre famille de presse le vecteur privilégié du débat national relatif à la relance de la politique de l'aménagement du territoire et aux efforts développés par tous les partenaires économiques et sociaux pour parvenir à un développement plus équilibré et plus solidaire sur l'ensemble de notre pays.
C'est bien là la confirmation que la PHR est un partenaire et un animateur vivant de la vie locale, servant chaque semaine par son pluralisme l'information écrite.
Bien entendu, il n'y a pas de démocratie de l'information sans que ne soient garantis aux entreprises de presse les moyens de leur développement économique et de leur modernisation.
C'est pourquoi, je reste très attentif aux interrogations dont vous avez bien voulu me faire part et qui concernent notamment l'évolution de l'environnement juridique de l'activité de la presse écrite et qui peuvent affecter directement ou indirectement l'équilibre des marchés publicitaires et notamment la part dévolue aux entreprises de presse sur ces marchés.
Je comprends que ces préoccupations sont d'autant plus vives que la crise économique et la récession du marché publicitaire a durement frappé la presse, dans ses résultats commerciaux qu'il s'agisse des recettes commerciales de publicité ou de petites annonces.
Ainsi l'évolution de la réglementation des annonces judiciaires et légales peut avoir des conséquences économiques et financières importantes pour les titres qui en sont les acteurs ou les supports privilégiés.
Sur ce point, vous savez que je suis intervenu, avec l'appui du ministre de l'Économie auprès de la Commission des Opérations de Bourse pour faire en sorte que les modalités de publicité imposées aux sociétés civiles de placement immobilier laissent le choix entre une publication au BALO et un journal d'annonces légales du département du siège social de la société.
Quant à la préparation de la circulaire d'application relative à la loi Sapin, vous savez que la concertation entreprise par le ministère de l'Économie et mon ministère avec l'ensemble des syndicats professionnels de la presse écrite a précisément pour but d'arrêter un texte à l'optimum des intérêts parfois contradictoires des différents acteurs du marché publicitaire.
L'intention est clairement établie de placer sous le même régime juridique les mêmes activités, quel que soit ceux qui les exercent.
En ce qui concerne le décret sur la publicité des radios locales privées, j'espère lever vos inquiétudes en vous confirmant que mon ministère est animé du souci de réserver la publicité locale aux services qui diffusent réellement des programmes d'intérêt local, en limitant de plus la durée de diffusion des messages de publicité locale…
Vous avez également évoqué la circulaire de février 1994 relative à la commercialisation des données publiques. Vous savez que précisément, et à ma demande, le Premier ministre a accepté d'inviter expressément les différents départements ministériels et les services publics à adopter en tout état de cause des tarifications particulières de ces données pour toutes les catégories qui, dans le secteur de la presse, jouent un rôle actif dans la circulation des idées et le débat démocratique.
Enfin, vous avez bien voulu évoquer dans votre propos, monsieur le Président, un certain nombre de mesures qui devraient être prises titre prioritaire selon vous pour favoriser à l'avenir le développement économique et financier des entreprises de presse, et en particulier des entreprises de la PHR.
Je reconnais en ces propositions la préoccupation fondamentale qui anime monsieur le Premier ministre qui a souhaité que la réflexion qui doit s'engager prochainement ait pour objectif de proposer des solutions nouvelles pour permettre à la presse française d'être plus forte, plus robuste sur le plan économique et sur le plan financier, pour mieux faire face aux enjeux posés par les évolutions technologiques et le nouvel environnement concurrentiel.
Qu'il s'agisse des mécanismes de financement, d'investissement ou de l'indépendance financière des entreprises de presse, des stratégies de prix et de leur compatibilité avec l'équilibre d'exploitation des entreprises, ou encore des conditions de développement du savoir-faire de la presse écrite dans la nouvelle économie de l'information qui se dessine à l'aube du troisième millénaire, toutes ces questions devront être traitées de façon approfondie et déboucher sur des propositions concrètes d'ici la fin de l'année.
Pour mener à bien cette tâche, je sais pouvoir compter sur le concours des forces vives de la profession, et en premier lieu des éditeurs eux-mêmes, qui je le sais n'ont jamais ménagé leurs efforts et leur énergie pour réfléchir sur les enjeux du développement de leurs entreprises.
Dans l'attente de conduire avec vous cette importante réflexion, je formule le vœu à l'intention de tous les membres de votre congrès de fructueux débats autour des thèmes privilégiés que vous avez choisis cette année.