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La Voix du Nord : Le Nord-Pas-de-Calais vous attire… Peu de régions françaises ont eu l'occasion de vous accueillir aussi souvent depuis dix-huit mois. Hasard ou nécessité ?
Édouard Balladur : Mon premier voyage en tant que Premier ministre fut en effet consacré au Nord. L'attraction économique et culturelle de la région m'a ensuite conduit à m'y rendre plusieurs fois à l'occasion de manifestations d'intérêt national… C'est toujours avec plaisir que je viens dans cette région où je retrouve des élus avec lesquels j'entretiens d'excellentes relations personnelles.
La Voix du Nord : Pour vous être préoccupé, jadis, de la restructuration des zones minières, vous n'ignorez rien des problèmes rencontrés par le bassin de Lens, exclu de l'objectif 1 des aides communautaires. Que compte faire le Gouvernement pour compenser cette différence de traitement ?
Édouard Balladur : Le bassin minier du Pas-de-Calais est intégralement concerné par la politique régionale européenne au titre de la reconversion industrielle. Il fait en outre l'objet d'une attention particulière du Gouvernement. C'est à titre exceptionnel que l'effort en matière de réhabilitation des logements a été contractualisé. C'est également à titre exceptionnel et à la demande des élus locaux que le GIRZOM a été contractualisé. L'État financera 121 MF par an pour accélérer la restructuration des espaces et bâtiments publics dans le bassin jusqu'à la fin 1998. Cette dotation sera complétée par les collectivités régionales et départementales à hauteur de 10 MF par an. Par ailleurs, le bassin minier bénéficiera de la prime à l'aménagement du territoire au taux majoré.
La Voix du Nord : Pensez-vous toujours pouvoir gouverner la France jusqu'au prochain printemps sans trop vous soucier de l'échéance présidentielle ?
Édouard Balladur : Lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai dit clairement mon intention : faire en sorte que les deux années de la cohabitation ne soient pas des années perdues en débats politiques et qu'elles permettent de commencer le redressement du pays. Ce souci est toujours le mien et je suis heureux de constater que, déjà, certains résultats de notre action apparaissent croissance est meilleure, les créations d'emplois augmentent, la sécurité est améliorée aussi. C'est le même souci qui me guidera jusqu'à la fin du mandat de mon Gouvernement en mai 1995. Qu'il y ait des tensions dues à la proximité des élections présidentielles, comment le nier ? Il ne faut rien dramatiser, elles sont dans l'ordre des choses. Mais ce que j'ai dans l'esprit, c'est toujours gouverner jusqu'à la fin de notre mandat avec le souci que notre pays aille mieux au bout de ces effet, il faut en tirer les conclusions deux années.
La Voix du Nord : De la révision de la loi Falloux à la lutte contre la corruption en passant par l'instauration du CIP, l'on vous reproche une propension à "changer le fusil d'épaule". Que répondez-vous ?
Édouard Balladur : Je ne comprends pas ce reproche, j'espère que vous ne voulez pas dire que je ne suis pas décidé à lutter contre la corruption, alors que je suis le premier chef de Gouvernement à avoir décidé que les instructions aux Parquets devaient être écrites et figurer aux dossiers. Si l'on assiste à l'éclosion d'un certain nombre d'affaires, aujourd'hui, c'est tout d'abord parce que nous avons une législation solide, désormais, c'est ensuite parce que le Gouvernement laisse la justice suivre son cours normalement. Cependant, il peut y avoir des modifications législatives utiles. On dépense trop d'argent dans la politique, ce qui développe les tentations. Je crois que la voie à explorer, c'est de réduire les dépenses de fonctionnement de la politique. Quant aux autres sujets que vous évoquez, ma réponse est simple : gouverner est un art difficile, surtout dans une période de morosité économique comme celle que nous avons eue l'an dernier. Il faut susciter l'adhésion de la population, c'est ce que nous avons réussi dans toute une série de nos actions. Lorsque nous n'y avons pas réussi, et l'affaire du CIP en est un exemple, en effet, il faut en tirer les conclusions. C'est la raison pour laquelle j'ai adressé aux jeunes un questionnaire auquel ils ont été un million six cent mille à répondre, ce qui est un succès sans précédent.
La Voix du Nord : Alors que les "affaires" ont entraîné le désastre de la gauche aux dernières législatives, voici la droite touchée à son tour. Le chef de la majorité que vous êtes ne joue-t-il pas là son avenir politique ?
Édouard Balladur : Je répète ce que je vous ai dit : les affaires qui apparaissent sont les affaires du passé et partout, on constate qu'aujourd'hui, la corruption est en très net recul. Si ces affaires viennent au grand jour, c'est que le Gouvernement laisse la justice remplir son rôle normalement et ne fait rien pour les étouffer. Vous seriez d'ailleurs bien en peine de me citer un seul cas dans lequel le Gouvernement ait empêché la justice de travailler normalement. Évidemment, ces affaires créent une grande émotion dans l'opinion publique et c'est parfaitement légitime, mais je suis persuadé que les Français comprendront que l'on ne peut pas faire grief au Gouvernement de laisser la justice fonctionner normalement. C'est, en tout cas, ainsi que je conçois ma tâche de Premier ministre et c'est ainsi que j'ai l'intention de continuer à la concevoir.