Texte intégral
Les problèmes d'exclusion ? "c'est une affaire de longue haleine"
Le Réverbère : Quels sont vos propositions pour les sans-abri ?
Édouard Balladur : J'ai proposé quatre mesures, outre ce que nous avons fait et qu'il ne faut quand même pas oublier.
J'ai porté de 7 000 à 20 000, le nombre de logements très sociaux.
J'ai proposé que ces logements soient construits au nombre de 100 000 dans les cinq ans, ce qui veut dire 20 000 par an.
J'ai fait dégager 21 hectares aux portes de Paris pour que la ville puisse construire ces logements. J'ai doublé les crédits de la politique de la ville et le nombre de contrats…
Mais vous savez, le problème de l'exclusion, à une époque où il y a plus de trois millions de chômeurs, est extraordinairement difficile à régler rapidement.
L'exclusion est l'addition d'un tas de phénomènes : chômage, mauvaise formation des jeunes, insécurité, drogue, insuffisance de la présence des services publics dans nombre de quartiers de banlieue.
J'ai fait toute une série de propositions sur le problème de santé, le problème d'emploi, le problème de la jeunesse, le problème des revenus des rmistes et de leur formation. C'est une affaire de très longue haleine.
Je ne vais pas vous dire, Monsieur, que l'on vote pour moi et dans deux ans, il n'y aura plus un SDF. Ce n'est pas possible. Je ne peux pas tenir de pareils propos. Ce ne serait pas véridique.
Il y a toujours eu des exclus, je le sais bien, mais l'on s'en occupait peut-être moins il y a trente ou quarante ans. Peut-être.
Le Réverbère : Ils étaient sans doute moins nombreux…
Édouard Balladur : Oui, bien sûr. Il n'y avait pratiquement pas de chômage. Mais il y avait quand même bien des gens malheureux.
Il y avait une protection sociale qui n'était pas aussi étendue qu'elle l'est .aujourd'hui. Et puis, on disait souvent – souvenez-vous – ce sont des marginaux. Ils ne veulent pas s'intégrer à la société. On ne dit plus cela du tout. Aujourd'hui, ce sont des gens que la société rejette et qui ne demanderaient pas mieux que d'y être intégrés. C'est une inversion de l'état d'esprit.
Le Réverbère : Comment réagissez-vous à la prise de possession physique par Droit au logement d'un immeuble boulevard Malesherbes ?
Édouard Balladur : Je réagis devant vous comme je réagis en public. Je suis Premier ministre.
Je ne peux pas dire : allez-y, violez la loi, tout ça c'est très bien ; je ferme les yeux.
Et, à l'inverse, je suis Premier ministre et je ne peux pas dire que je ne suis pas sensible, puisque je le suis, aux problèmes des sans-logis. Je crois qu'il faut les régler d'une façon normale dans une démocratie.
Il faut développer les logements très sociaux. C'est ce que j'ai fait. Je les ai triplés. Alors, il y a des incidents, ici ou là.
Mais je voudrais vous rendre attentif à quelque chose. Il ne faudrait pas non plus que, parmi les sans domicile fixe qui sont nombreux - plusieurs dizaines de milliers dans notre pays - ceux qui se livrent à ces actions aient une sorte de priorité dans le droit au relogement. Il faut aussi veiller à cet aspect des choses.
Ce ne sont pas des problèmes simples. Je crois que si l'on développe les logements très, sociaux, On aura résolu une grande partie du problème.