Déclaration de M. Paul Quilès, ministre des postes des télécommunications et de l'espace, sur l'avenir du service public de la poste et des télécommunications, Paris le 30 mai 1989.

Intervenant(s) :

  • Paul Quilès - Ministre des postes des télécommunications et de l'espace

Circonstance : Dialogue avec les agents des PTE par l'intermédiaire du réseau VIF (Vidéocom interactive France Télécom) le 30 mai 1989

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames, Messieurs,

Il y a sept semaines, j’ai lancé la phase publique du grand débat sur l’avenir de la Poste et des Télécommunication. J’ai confié la conduite de ce débat à M. Prévot et j’ai invité chacune et chacun d’entre vous à y participer.
Je me réjouis que cet appel ait été largement entendu.
À ce jour, plus de 3 000 comptes rendus de réunions ont été envoyés à M. Prévot et des milliers de lettres et questionnaires lui ont été adressés.
Nous sommes aujourd’hui à mi-parcours de cette vaste consultation sans précédent dans ce ministère.
Je voudrais revenir un instant sur les quatre raisons qui m’ont amené à lancer ce débat.

Quatre raisons pour un débat

Notre administration, vous le savez, irrigue la vie quotidienne des Français et le fonctionnement des entreprises qui expriment des exigences et des attentes nouvelles à l’égard du service public. L’avenir de la Poste et des Télécommunication est donc fondamental pour notre pays.
Ensuite, il est évident, pour moi, que le facteur humain est essentiel dans le fonctionnement de notre administration. C’est pourquoi, je souhaite que les agents aient une vision claire de leur avenir et de l’avenir de leur « maison ».
Ce débat est lancé au moment où nous devons saisir la chance d’une meilleure coopération européenne pour que les opérateurs publics deviennent plus forts face à une déréglementation sauvage qui menace les acquis du service public. La construction européenne doit renforcer notre efficacité.
Enfin, ce débat est nécessaire car nous sommes très particuliers. Nous sommes plongés dans le secteur concurrentiel et nous devons répondre à ce paradoxe apparent : assurer des missions de service public et faire face à une forte concurrence.
Tout ceci me conduit, comme vous, à refuser le statu quo, qui se traduirait inéluctablement par un déclin et par l’abandon progressif du service public. Je ne veux pas de ce scénario. C’est pourquoi il faut avancer.
Voilà pourquoi je vous ai proposé de débattre sur notre avenir. Voilà pourquoi j’ai tenu à ce que les syndicats, nos partenaires économiques et sociaux, les élus, l’ensemble des usagers participent également à cette très vaste discussion.
Dans son pré-rapport, qui a été adressé à chacun et chacune d’entre vous, M. Prévot pose de nombreuses questions fondamentales pour la Poste et France Télécom, pour leurs agents et, bien sûr, pour le pays.

Un débat démocratique et interactif

Je souhaite donc que chacun prenne toute sa place dans ce débat.
Les moyens ont été mis en œuvre pour que tous puissent s’exprimer directement, soit individuellement, soit en réunions. Les organisations syndicales, les associations ont, bien sûr, leur place grâce aux tribunes qui leur sont offertes dans le journal du Débat public, grâce aux auditions officielles faites par M. Prévot ou aux vidéo-transmissions prévues en juin.
Je tiens ici à remercier très vivement Hubert Prévot pour le remarquable travail d’organisation, d’écoute et de consultation, bref, d’animation et de pédagogie qu’il est en train de mener. Notre service public avait besoin d’une personne de cette qualité pour la conduite d’un exercice aussi exceptionnel.
Ce débat est en effet une chance historique. Je souhaite vraiment que chacun la saisisse. Lors de mes nombreux déplacements, j’ai pu constater que tel est le cas et je m’en félicite.
C’est aussi un débat moderne, mettant en œuvre des moyens exceptionnels, assurant une information en temps réel sur son déroulement. Il est à la fois démocratique et interactif. Je voudrais justement faire le point aujourd’hui, en cette fin de mois de mai.
D’abord, des interrogations s’expriment. Par exemple, certains disent que ce débat ne serait qu’un leurre, une discussion pour rien, car des décisions seraient déjà prises.
Je vous le dis aujourd’hui avec vigueur : ceci est faux !
Franchement, je ne vois pas l’intérêt que présenterait une telle manipulation. Bien entendu, j’assumerai, le moment venu, avec le gouvernement, les décisions à prendre. Mais avant qu’elles soient arrêtées, il m’a paru indispensable que les personnes concernées s’expriment librement. C’est aussi simple que cela.
Selon d’autres échos, ce débat préparerait la privatisation et le déclin du service public. J’ai très clairement souligné, lors du lancement du débat, que certaines questions n’étaient pas soumises à la discussion et, je le répète, avec force aujourd’hui :
- il n’est évidemment pas question de privatiser quoi que ce soit. La privatisation, c’était un autre gouvernement que celui auquel j’ai l’honneur d’appartenir qui la prônait et que la menait. Nous avons, nous, tourné le dos à cette politique ;
- il n’est pas question, non plus, de déclin du service public. Le débat est au contraire centré sur les moyens du développement de ce service public.
Cette conception n’est pas pour moi un simple objet de discours. Vous pouvez en trouver l’affirmation dans mon action depuis un an à la tête de ce ministère.
Prenons des exemples : les mesures pour réussir la politique du câble, la constitution d’un puissant pôle de satellites français en Europe, le lancement de TDF1, et l’ancrage dans le secteur public de TDF, ce sont des mesures de cohérence et de renforcement du secteur public.
Autres exemples : l’inscription de 5 milliards de francs pour la modernisation des bureaux de poste, les 18 mesures prises récemment pour favoriser l’accueil du public à la Poste et aux Télécommunications, le lancement de services nouveaux comme Postépargne ou Colissimo.
Cette volonté se traduit, aussi par la création au sein du ministère de la direction de la réglementation destinée à nous donner un véritable instrument de régulation du secteur, alors que la majorité précédente a tout fait pour affaiblir les moyens d’intervention de l’Etat.
J’ai également entendu des interrogations du personnel et l’expression de son attachement à son statut. C’est évidemment une question très importante et j’y suis particulièrement attentif.
Dans la lettre que je vous ai adressée en avril dernier, j’ai tenu à rappeler que les garanties fondamentales de votre statut personnel ne sauraient être remises en cause.
Je le répète aujourd’hui fermement. Quelles que soient les évolutions à venir, il est clair pour moi que les éléments auxquels vous tenez doivent être valorisés.
Ainsi, sans vouloir être exhaustif, il n’est par exemple pas question de remettre en cause, de quelque façon que ce soit, la garantie de votre emploi, le droit à la mobilité géographique, ou les possibilités de recrutement garantissant contre l’arbitraire, ou encore le droit légitime à un régime de retraite et de protection sociale particulier ou encore des instances paritaires de dialogue social.
Sachez que je suis le garant de votre statut personnel, car il n’y a pas de bon service public sans des agents motivés et satisfaits de leurs conditions de travail et de vie sociale. C’est une question sur laquelle je m’engage personnellement aujourd’hui.

Faire avancer le service public

Mais, je veux dire aussi que, quelles que soient les solutions retenues à l’issue de ce débat, il est nécessaire de bien préparer France Télécom et la Poste à affronter leur nouvel environnement, de plus en plus concurrentiel. Si nous ne le faisions pas, nous commettrions une grave erreur qui pèserait sur l’avenir des agents. Les formules décrites dans le pré-rapport de M. Prévot ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients pour nous préparer au défi du futur. Débattons-en clairement et librement. Veillons à ce que cette discussion se déroule sans parti pris car tout doit se faire dans la transparence. Mais refusons l’immobilisme et choisissons d’évoluer dans le respect de nos valeurs et de nos principes.
Je souhaite pour conclure, car je ne veux pas peser sur ce débat, vous dire combien je suis heureux de constater et de pouvoir connaître en temps réel et en direct votre manière de penser. Je me sens en phase avec la plupart d’entre vous car ce débat montre votre attachement profond à nos missions de service public et je crois que c’est un atout considérable pour notre avenir.
Vous devez maintenant poursuivre la discussion, faire valoir votre point de vue, demander des explications, des informations et c’est ce à quoi s’attachera avec talent et conviction M. Prévot dans le cadre de cette vidéo-transmission.
Je vous souhaite à tous une discussion riche et surtout constructive car, vous vous en rendez compte, vous participez, avec le débat, à la construction de l’avenir du service public.