Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, à RTL le 18 décembre 1989, sur la nouvelle convention médicale, la situation des biologistes et le déficit de la sécurité sociale.

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Média : RTL

Texte intégral

Q. : Tout d'abord est-ce qu'on a le droit d'être malade encore dans ce pays ?

R. : Être malade, ce n'est pas un droit. Avoir accès par contre à des soins, ça c'est un droit, être bien remboursé, ça c'est un droit, et moi je souhaite que toutes les personnes qui dans notre pays sont malades continuent de pouvoir bénéficier d'une bonne médecine, de bons médecins.

Q. : C'est un souhait, un vœu pieu, ou une réalité ?

R. : Tout ce que je fais a pour but d'assurer à toutes les Françaises et à tous les Français qu'ils puissent être bien remboursés, qu'ils puissent avoir de bons médecins et je m'y attache et tant que je serai là, c'est ce que je ferai.

Q. : On va commencer par les médecins généralistes qui ne sont pas contents, il est vrai que vendredi soir…

R. : Ce ne sont pas les médecins généralistes qui ne sont pas contents, je crois plutôt que ce sont les médecins spécialistes qui actuellement n'ont peut-être pas encore compris, mais on va s'expliquer. Mais les médecins généralistes, je crois qu'ils commencent à comprendre que ce que je leur propose est plutôt bon pour eux.

Q. : Alors ça c'est quand même passé vendredi soir, il y avait peu de députés, sous forme d'un amendement qui n'avait pas été discuté en commission, vous avez fait voté, avec l'aide du 49-3 d'ailleurs, la réforme des conventions médicales. Pourquoi ?

R. : Je vais vous expliquer. Vous savez que la médecine libérale de ville est organisée dans un cadre conventionnel, c'est à dire que le gouvernement n'intervient pas directement. Par contre ce sont les syndicats de médecins et les caisses de sécurité sociale qui tous les 4 ans organisent la médecine de ville, de proximité. Et depuis huit mois, les syndicats de médecins et les caisses discutent pour les 4 prochaines années. Ils n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord. Il faut bien trouver une solution. La loi actuelle prévoit qu'il y a une convention unique pour l'ensemble des médecins généralistes et spécialistes, ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord dans ce cadre. Mais certains ont dit qu'ils pouvaient peut-être se mettre d'accord uniquement entre médecins généralistes et les caisses de sécurité sociale, ce n'était pas permis pas la loi. J'ai donc Vendredi ouvert un nouvel espace de liberté et permis par la loi qu'il puisse y avoir les conventions que les partenaires souhaitent, je n'ai rien imposé. Je vois ici ou là, que le gouvernement aurait fait passer la convention, le gouvernement, il a simplement inscrit dans la loi qu'il serait possible à l'avenir qu'il y ait plusieurs types de conventions entre les médecins et les caisses de sécurité sociale.

Q. : Vous n'imposez rien, vous suggérer ?

R. : Non, il appartient aux médecins et aux caisses de sécurité sociale d'en discuter et de se mettre d'accord. Ce n'est pas le gouvernement qui peut se substituer à eux, le gouvernement les laisse discuter et leur a donné des marges de liberté supplémentaires.

Q. : Alors faut-il une convention particulière pour les médecins généralistes et une autre pour les médecins spécialistes ?

R. : Je crois qu'il faut d'abord que les françaises et les français soient remboursés. Ils le sont, malgré le fait que depuis le 1er décembre, il n'y a plus de convention médicale. Moi, j'ai demandé aux caisses de sécurité sociale par une lettre que je leur aie envoyée, qui n'a pas de fondement légale, je suis en dehors de la loi… Mais ce qui m'importe d'abord, c'est que les françaises et les français soient bien remboursés, il faut qu'ils se mettent d'accord, ça ne peut pas durer longtemps. Quelle que soit la manière dont ils se mettent d'accord. Il y a plus de 50 % de médecins dans notre pays qui sont des médecins généralistes, c'est quand même le plus important pour les familles, il est là en permanence, c'est ce qu'on appelle le médecin de famille. S'il est possible de trouver des dispositions qui améliorent le fonctionnement des médecins de familles d'abord, et y compris leur rémunération, eh bien moi je le souhaite, et j'ai permis cela. C'est tout.

Q. : Mais certains médecins, dont le docteur Beaupère, disent on va nous obliger, avant d'aller voir un médecin spécialiste à voir un médecin généraliste qui serait l'aiguilleur ?

R. : Je crains que M. Beaupère ait un peu perdu la raison, parce que où est-ce qu'il a vu cela. Il se développe depuis maintenant un mois-un mois et demi, n'importe quelle information auprès des médecins, avec une force de présence très grande, qui raconte n'importe quoi. Ce n'est pas du tout contenu dans les textes qui avaient été discutés entre les caisses de sécurité sociale et les médecins. Je tiens à dire qu'il n'est pas question du tout qu'il y ait un rationnement des soins, dans noter France, il est possible de se faire soigner et en général, on est plutôt bien soigné, faut pas l'oublier. D'autre part il est hors de question de porter atteinte au libre-choix du médecin par le malade. Enfin il est hors de question de porte atteinte à la liberté de prescription. Ou est-ce que certains responsables qui donnent des informations fausses, ont vu cela ? Non, je crains qu'ils ne racontent n'importe quoi.

Q. : Reste qu'il y a quand même ce déficit de la sécurité sociale et que par tous les moyens vous essayer de le combattre, c'est un des moyens ça ?

R. : On a un système dans notre pays qui est unique au monde. Qui est collectif dans son financement, qui est libéral dans son fonctionnement, c'est normal qu'à un moment ça coince. Ça veut dire qu'on dépense d'abord, et qu'à la fin de l'année on regarde ce qu'on a dépensé. Il peut arriver qu'on ait un peu plus dépensé que ce qu'on avait prévu.

Q. : Les biologistes sont dans la rue, ils manifestent, et ils ne sont pas content du tout, et pourtant pour vous le problème est réglé ?

R. : Apparemment pas. Le problème est différent. Pour les biologistes, ils ont depuis une dizaine d'années, ils se sont modernisés et on compte les actes de biologie aujourd'hui de la même manière qu'on les comptait il y a dix ans. Ce n'est peut-être tout à fait normal. Je n'en veux naturellement à aucune profession de santé, le ministre de la santé a plutôt intérêt à ce qu'il y ait de bonnes professions de santé. Par contre ce que je dis, c'est qu'il n'est peut-être pas normal que des professions de santé aient vu leur revenu augmenter de 15 % par an depuis 4 ans, et cela payé par les assurés sociaux, les salariés de ce pays. Il y a quand même un concept de solidarité auquel moi je suis attaché. Je crois que les français comprennent bien. Quand on a pu discuter avec les biologistes comme avec ceux qui faisaient les frottis vaginaux, on est arrivé à un accord, qui va garantir la qualité des examens aux malades. Voilà ce que je recherche, et pour cela, je souhaite pouvoir aussi travailler avec l'ensemble des professions de santé.