Texte intégral
André Santini, Député-maire d'Issy-les-Moulineaux, secrétaire général de Force démocrate
Quel est l'enjeu de cette refondation à laquelle vous avez accepté de nous associer ? Cela n'est pas que vous soit apportée une dimension nouvelle, la laïcité, pour ne pas la citer. Tout à l'heure, Raymond Barre nous a donné sa définition de la laïcité et personne ici n'a été surpris.
Alors on nous dit « on renonce à la référence démocrate chrétienne et on va, en plus, vers la laïcité ». Je crois que vous pratiquez la laïcité sans le savoir. Aujourd'hui il n'y a pas apport d'une notion nouvelle. Il y a simplement prise de conscience que nous devons assumer nos spécificités et que vous voulez sortir du schéma dans lequel certains vous avaient enfermés.
Ce qu'a voulu François Bayrou c'est en nous associant, nous montrer qu'il y avait véritablement ouverture de l'ancien CDS, qui devenait Force démocrate, avec le minuscule parti social-démocrate.
Et bien c'était ça. Nous n'étions pas l'alouette par rapport au cheval. Non c'est autre chose qui est créé et c'est un geste, c'est une démarche d'ouverture à laquelle nous avons été sensibles. Et c'est cela qui nous a attirés, que chacun soit respecté, que nous construisions ensemble un nouveau mouvement politique avec nos bagages, notre histoire, notre sensibilité.
J'ai beaucoup apprécié, une fois de plus, ce que disait Jacques Barrot sur l'éthique de proximité. Nous sommes et nous serons la force de proximité. Nous sommes, nous serons la force positive. Nous ne sommes pas ici en train de nous battre contre nos amis de l'UDF, contre nos alliés du RPR. Nous sommes en train de nous battre pour des idées que nous croyons essentielles parce qu'actuelles.
Mais la différence, c'est la façon que nous avons de traiter les questions. Nous sommes à l'écoute des petits. Aujourd'hui – tous les maires que nous sommes – sommes submergés de demandes de logement, d'emploi et la première chose, la première denrée que nous avons à leur donner, c'est la considération.
Et c'est notre philosophie. Et on se demande pourquoi on n'a pas été finalement plus vite pour nous retrouver exactement ensemble. Sans doute, avons-nous compris qu'il y avait véritablement urgence parce qu'aujourd'hui notre point commun, c'est d'agir pour qu'il n'y ait plus cette abomination philosophique qu'est le vote extrême, les votes extrêmes.
Nous avons passé une partie de notre jeunesse à lutter contre un certain vote extrême. Et aujourd'hui c'est l'autre. Furel l'a bien dit, ces deux mouvements se valent. Nous n'avons pas à les juger. Nous devons simplement accueillir ceux qui jettent leur bulletin de vote comme une bouteille à la mer : « Je ne veux pas que le parti pour lequel j'ai voté arrive au pouvoir, mais vous vous méritez une leçon ».
C'est sur ce point que nous sommes en phase et que nous devons initier un nouveau mouvement, un mouvement généreux, un mouvement de gens qui aiment les gens, car en politique c'est ça le vrai clivage. Ce n'est pas l'ordre, ce n'est pas le mouvement, ce n'est pas la droite, ce n'est pas la gauche, le conservatisme ou le progrès, c'est ceux qui aiment les gens, et les autres.
Alors nous sommes très heureux que François Bayrou nous ait proposé son projet, et que ce soit notre charte commune aujourd'hui, parce que c'est avec vous que nous y avons travaillé en attendant que d'autres amis nous rejoignent.
Bernard Bosson, Président de l'association parlementaire Force démocrate
Il y a un an, le congrès de Vincennes avait à faire un choix d'homme, un choix de vision sur l'avenir du parti. Vous avez démocratiquement tranché. À partir de là, ma volonté a été constante : ne rien faire qui puisse nuire au parti ; répondre « présent », chaque fois que l'on a eu besoin de mol, dans l'intérêt de notre famille.
Je participe à ce congrès sans état d'âme. Notre but est de servir l'homme et son épanouissement. Epanouissement qui pour nous ne s'accomplit pleinement qu'avec et pour les autres, c'est-à-dire dans le cadre communautaire.
C'est d'ailleurs à cette lumière que nous combattons, de toute la force de nos convictions, les extrémismes qui attentent à la liberté et à la dignité de l'homme. Si nous voulons une France économiquement forte, nous n'accepterons jamais que l'économie devienne une fin en soi. L'économie est pour nous un moyen qui doit être mis au service des hommes. Nous sommes des militants de l'économie sociale de marché.
C'est cette vision qui a inspiré notre démarche, dans le cadre de la préparation du plan de sauvegarde de notre protection sociale.
Nous avons voulu une réforme globale, courageuse, juste, capable de sauver ce modèle unique de fraternité que constitue la protection sociale française.
Comme beaucoup d'entre vous, je me suis aussi engagé en politique pour construire une Europe qui soit une communauté véritable.
Nous devons rappeler sans cesse à nos concitoyens quelle est la vision qui nous anime : bâtir, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une communauté qui respecte les identités nationales, soutienne et renforce les patriotismes, mai interdise qu'ils s'exacerbent et dérivent à nouveau vers le nationalisme avec son cortège de haine et de guerres.
Nous vivons, aujourd'hui, un moment très important de l'histoire de notre engagement politiqué. Comme beaucoup d'entre vous, sans doute, je ressens une intense émotion et une vive nostalgie au moment de quitter notre drapeau CDS, mais, la nostalgie doit s'effacer devant l'espérance.
Aujourd'hui si une page, grande, noble, superbe est tournée, c'est essentiellement pour nous tous un nouveau livre qui s'ouvre.
Claude Goasquen, ancien ministre, secrétaire général porte-parole de Force démocrate
Nous avons pris et tenu le pari de la refondation. Et nous sommes en cela des novateurs, mais aussi des précurseurs car cette refondation que nous célébrons aujourd'hui, les autres partis seront eux aussi dans l'obligation de la faire dans les mois qui viennent au risque d'entrer dans l'avenir à reculons.
Car c'est bien d'avenir qu'il s'agit, de l'avenir de notre famille politique certes mais surtout de l'avenir de notre démocratie, de l'avenir de notre pays.
Nous souffrons aujourd'hui d'un déphasage, d'une inadéquation même, entre, d'une part, les schémas de fonctionnement gestionnaire que nous développons et d'autre part, une société en crise qui ne par vient plus à trouver dans nos discours, dans nos actes, les réponses aux questions qu'elle se pose, une société désespérément en quête de repères simples et stables.
Si nous voulons réduire la fracture de l'incompréhension, et du même coup priver les démagogues de leurs arguments-clefs nous devons impérativement – si difficile que cela soit – apporter au peuple les réponses aux questions qu'il se pose, mais surtout prendre enfin en considération les situations concrètes et difficiles qu'endurent plusieurs millions de nos concitoyens aujourd'hui. Valéry disait que la politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regardent. En ce sens, nous n'avons que trop fait de politique. Il n'est que temps de permettre au peuple de se mêler de ce qui le regarde et de lui en donner les moyens.
Lui en donner les moyens, c'est d'abord et essentiellement lui rendre ce minimum de sécurité nécessaire à l'accomplissement de sa citoyenneté, ce minimum de sécurité qu'il a perdu en même temps que se délitait la notion d'autorité publique. (...)
Il faut avoir le courage de dire que nous avons aujourd'hui, à la fin du XXe siècle, en France, des zones de non-droit des quartiers entiers où les gens sont abandonnés, abandonnés par une nation qui a abdiqué dans les plus élémentaires de ses missions, abandonnés à eux-mêmes, abandonnés aux rapports de force, des zones où l'autorité publique a disparu et où le délit généralisé est en passe de devenir bientôt un droit.
Nous ne pouvons plus l'accepter, nous ne devons plus l'accepter.
Nous qui sommes nés de cette thèse selon laquelle les hommes en s'associant entre eux peuvent limiter au maximum la nécessité de l'autorité publique, nous qui sommes nés un peu avec cette idée qu'il ne fallait pas admettre l'autorité publique quand on pouvait s'en passer, nous qui avons toujours, dans le personnalisme communautaire, privilégié la communauté et les hommes, nous n'avons pas suffisamment compris ce qui se déroulait sous nos yeux et nous n'avons pas su ou pas voulu tenir de discours fort sur l'État et l'autorité.
Lors de la fondation d'un grand parti, je crois qu'au-delà des discours, il faut formuler des vœux :
– le vœu de créer un grand parti du gouvernement qui réconcilie les Français avec la politique et surtout, avec la démocratie ;
– le vœu de réduire l'expression politique de la fracture sociale en nous réconciliant avec le peuple ;
– le vœu de répondre aux questions que nous jugeons les plus difficiles et qui sont celles que se posent ceux qui se sentent les oubliés de la démocratie, ceux qui votent malgré eux pour les courants dits protestataires : rétablir la sécurité pour éviter le sécuritaire, dire la vérité sur l'immigration pour éviter le racisme et la xénophobie, lutter contre la corruption pour sauver la démocratie.
Je donnerai beaucoup de mon temps et de mon ardeur pour réconcilier le centre et une vision du pouvoir et de l'État. Je sais qu'en cela je retrouve cette vieille tendance républicaine, sociale et démocrate selon laquelle « la démocratie, plus qu'aucun autre régime, exige l'exercice de l'autorité. »