Interviews de M. François Hollande, secrétaire national et porte-parole du PS, dans "La Montagne" du 19 mai 1997 et "Le Parisien" du 28, sur les propositions du PS concernant l'assiette des cotisations sociales et la campagne électorale à droite.

Intervenant(s) :

Circonstance : Elections législatives les 25 mai et 1er juin 1997

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Date : 19 mai 1997
Source : La Montagne

La Montagne : De nombreux Français se désintéressent de cette campagne électorale. Faut-il voir dans cette attitude un rejet de la classe politique en général ?

François Hollande : La brutalité de la décision de dissoudre l’Assemblée nationale explique en grande partie ce sentiment. En fait, la dissolution n’avait pas d’autre objet que de susciter confusion, indifférence et scepticisme, de façon à permettre à la majorité sortante de se maintenir cinq ans de plus.

La Montagne : Êtes-vous en contradiction avec Lionel Jospin qui refuse toute nouvelle privatisation, lorsque vous parlez de « respiration » du secteur public ?

François Hollande : Notre message est clair. Nous sommes hostiles à toute ouverture du capital dans les entreprises su service public : France Télécom, EDF-GDF, SNCF… Comme nous le sommes pour les industries de la défense ou le secteur bancaire.
Telle est notre orientation. Aujourd’hui, il se n'agit ni de renationaliser (nous ne le proposons pas) ni de privatiser.

La Montagne : Alain Juppé a annoncé son intention, si la majorité sortante se maintient, de réformer le scrutin régional avant les prochaines élections régionales, en instaurant un système comparable à celui des élections municipales. Que pensez-vous de cette initiative ?

François Hollande : Cette proposition, qui n’est pas nouvelle, avait été écartée jusqu’alors par la majorité sortante. Le Premier ministre lui-même avait affirmé haut et fort que l’on ne changeait pas un mode de scrutin moins d’un an avant la tenue d’élections.

Une nouvelle fois, il oublie cette précaution républicaine, et revient, pour complaire à Monsieur Valéry Giscard d’Estaing, et peut-être aussi pour sauver des régions gérées aujourd’hui par le RPR ou l’UDF, sur un engagement qui paraissait ferme et définitif… Ce qui en dit long sur sa parole.

La Montagne : Quelles sont les propositions du PS pour combler le déficit cumulé de la Sécurité sociale sur la période 1996-1997 (plus de 70 milliards de francs) ?

François Hollande : L’échec du plan Juppé en la matière est flagrant.

Cela étant, au niveau des dépenses, le PS est partisan d’une maîtrise. Mais éviter les dérives ne doit pas se faire au détriment de la santé des Français, et c’est en cela que nous nous différencions du plan Juppé. Pour ce qui est des retraites, dans cette période où le chômage est le premier problème, il convient d’adapter toutes les formules qui permettront à ceux qui ont quarante ans d’activité professionnelle de partir avant l’âge de 60 ans. Ce qui représente 200 000 emplois libérés.

Quant à la politique de la famille, nous préconisons une prolongation des prestations familiales au-delà de l’âge de 18 ans pour aider les parents à faire face aux difficultés propres à l’insertion professionnelle et aux études longues ; mais dans le même temps, nous souhaitons une modulation des prestations familiales en fonction du revenu.

La Montagne : Restent les recettes ?

François Hollande : Un changement dans le calcul des cotisations sociales doit être opéré, pour les ménages comme pour les entreprises.

Pour les ménages, il ne faut pas que perdure une inégalité choquante entre les revenus du travail, qui payent les cotisations sociales, et les revenus du capital qui, pour partie, en sont exonérés. Ceux-ci doivent être basculés dans la contribution sociale généralisée, avec toutefois un abattement de 2 000 F de façon à ce que les petits salariés, les petits retraités, les petits revenus en soient allégés.

Pour les entreprises, la cotisation sociale, qui repose sur le seul salaire (ce qui, à l’évidence, pénalise l’emploi), devra prendre en considération tous les autres critères (machines, immobilier, etc.) de façon à ce que la contribution demandée prenne en compte toute l’activité de l’entreprise et pas simplement le travail.

La Montagne : Que vous inspire le récent appel de 103 magistrats pour une « justice indépendante » ?

François Hollande : L’initiative est heureuse, car il est plus que jamais nécessaire d’interpeler les acteurs politiques sur ce chapitre. Ce qui est attendu aujourd’hui, ce ne sont pas des commissions de réflexion, mais des actes.

Le premier qui serait le nôtre, si nous étions appelés aux responsabilités, consisterait à couper le lien entre le ministère de la Justice et le parquet, c’est-à-dire les magistrats qui diligentent les poursuites ou font des réquisitions dans les procès.

Ce lien doit être coupé pour qu’il en soit fini de la subordination supposée des magistrats à l’égard du pouvoir politique sur les affaires individuelles. Trop d’affaires récentes concernant notamment la Ville de Paris ont été étouffées par le Gouvernement sortant, pour nous convaincre de l’urgence de cette réforme.

Il est également indispensable d’empêcher une bonne fois pour toutes que la hiérarchie policière, sur pression politique, puisse refuser de prêter son concours à l’action des magistrats. Il faut tirer les leçons des expériences récentes et ne pas différer les réformes indispensables. En un mot, il faut revenir à un état de droit effectivement respecté.


Date : 28 mai 1997
Source : Le Parisien

Le Parisien : Avez-vous trouvé le président convaincant ?

François Hollande (porte-parole du PS, candidat à Tulle) : Honnêtement non ! Je ne crois pas que cette intervention puisse déclencher quoi que ce soit. Pour cela, il eût fallu que Jacques Chirac aille beaucoup plus loin dans l’analyse du scrutin et qu’il annonce un changement de politique. Or, comme il ne peut pas le dire, il continue la politique d’Alain Juppé sans Alain Juppé. Ce discours est un élément de la campagne, pas un événement.

Le Parisien : Les socialistes disent-ils toujours trouver normal que Jacques Chirac intervienne, pour la quatrième fois, dans la campagne ?

François Hollande : Ce nombre élevé d’interventions de Jacques Chirac dans la campagne « officielle » traduit l’inquiétude, voire même l’affolement, de la majorité sortante qui est peut-être la majorité finissante. Et plus les interventions se font nombreuses, moins elles deviennent efficaces. On l’a constaté ce mardi soir.

Le Parisien : Pour la première fois, le chef de l’État a critiqué nommément les socialistes…

François Hollande : Jacques Chirac a donné sa préférence : elle va à la droite. Il propose de continuer la politique qui n’a pas marché depuis quatre ans. C’est son droit. Ce qui est plus contestable, c’est qu’il s’en prenne à la gauche avec des mots qui ne sont pas simplement ceux d’un arbitre, mais plutôt d’un chef de majorité. Le problème aujourd’hui essentiel de la droite, c’est qu’elle n’a plus de chef et que Jacques Chirac est peut-être obligé de se substituer à ce vide aujourd’hui patent dans la majorité.

Le Parisien : Le président n’a pas non plus dramatisé la situation…

François Hollande : Il faut le reconnaître : le président de la République a donné sa préférence, tout en laissant entendre qu’il respecterait le point de vue des Français. La cohabitation est maintenant un scénario envisagé par l’ensemble des acteurs politiques, ce qui est tout à fait normal.

Le Parisien : Redoutez-vous une ultime intervention présidentielle ?

François Hollande : Je crois qu’aujourd’hui, matériellement, il n’y a plus le temps. On ne peut imaginer qu’il soit encore possible d’intervenir, une nouvelle fois, avant le second tour.

Le Parisien : L’appel de Jacques Chirac aux abstentionnistes sera-t-il entendu ?

François Hollande : Quand on s’adresse aux abstentionnistes, on peut motiver ceux qu’on estime être dans son camp. Mais on peut aussi stimuler les autres… Les Français sont saisis d’une question : veulent-ils reconduire la majorité sortante avec la même politique ? Ou veulent-ils une autre politique orientée essentiellement sur l’emploi ? À eux de donner la réponse. Plus la participation sera forte et plus, à mon avis, la réponse sera claire.