Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale, à RTL le 6 février 1991, sur le déficit de la sécurité sociale, le financement de la retraite et les possibilités d'accueil de blessés de guerre en provenance du Golfe.

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Média : RTL

Texte intégral

Q. : Des comptes alarmants. Que faudra-t-il faire ? Augmenter la CSG ?

R. : Vous dites : des comptes alarmants. Oui, s'il s'agit de tirer un signal d'alarme, mais alarmant ne veut pas dire catastrophique. On sait traiter ce genre de situation. Pourquoi ce dérapage ? Ce n'est pas mystérieux. Il faut distinguer ce qui se passe dans la maladie, et ce qui se passe dans la vieillesse. En ce qui concerne la maladie, les soins coûtent de plus en plus cher. Les techniques thérapeutiques sont de plus en plus sophistiquées. Ce qu'on appelle "trou de la sécurité sociale", c'est une évolution plus rapide des dépenses par rapport à l'évolution des recettes. En matière de vieillesse, c'est le paiement des pensions. On a une population française qui vieillit de plus en plus. Depuis 1974, tous les gouvernements ont augmenté les cotisations d'au moins un point tous les deux ans. Le gouvernement de M. ROCARD ne l'a pas fait depuis le 1er janvier 1989. La CSG, nous ne l'avons pas faite pour donner des recettes supplémentaires, mais parce que la structure des cotisations sociales jusqu'à maintenant était très injuste. Nous avons rééquilibré les prélèvements au sein des salariés en faisant contribuer des revenus qui n'étaient pas les seuls revenus du salaire, mais nous ne nous sommes pas donné une solution de facilité : nous n'avons pas augmenté les recettes. Nous avons simplement permis à ceux qui ont faible salaire de payer proportionnellement moins que ce qu'ils payaient précédemment.

Q. : Vous engouffrez tout de même dans votre budget 1,1 % par personne.

R. : Non. Nous rendons parallèlement une part de prélèvement précédent. C'est un mécanisme compliqué, parce que les prélèvements sociaux répondent à des mécanismes assez complexes. Il est difficile d'expliquer de manière très limpide. Les Français n'ont pas toujours bien compris la CSG, mais ils vont la comprendre. À la fin du mois de février, ils vont voir sur leurs bulletins de salaire, s'ils les comparent avec les bulletins de fin 90, pour ceux qui ont à peu près 10 à 12 000 Frs de revenus par mois, pour tous ceux qui ont un revenu inférieur, qu'ils ont une diminution de leur cotisation sociale, et donc qu'ils ont une augmentation de leur salaire net. Ça se fera lentement. Quand on fait de la communication gouvernementale, il faut aussi jouer avec le temps. On est encore là pour un moment, alors on a encore le temps de s'expliquer.

Q : Vous n'arrivez pas beaucoup à expliquer vos objectifs en matière d'assurance maladie ?

R. : Parce que ce n'est pas simple. Ce que nous voulons, c'est garantir aux assurés sociaux qu'ils continueront à avoir de bons remboursements par la sécurité sociale. Les Français sont attachés à la sécu, il faut que la sécu leur rembourse bien leurs soins de santé. Équilibre des comptes, sans diminuer le remboursement aux Français, et sans augmenter les cotisations en matière d'assurances maladie. Il faut donc mieux gérer le système avec les professionnels. Nous discutons avec les professionnels, mais le gouvernement ne peut pas décider tout seul des mesures. Le gouvernement décide tout seul de mesures quand les professionnels ont du mal à s'engager dans cette concertation. Mais le gouvernement souhaite la concertation. Vous savez, ça fait deux ans et demi que je discute avec les professions de santé. C'est vrai que parfois ça a été difficile, et que parfois, je me serais bien passé d'un certain nombre de conflits. Mais je constate que dans certains domaines, ça avance. Dans les semaines, ou les mois qui viennent, on arrivera à signer des accords contractuels qui permettront de maîtriser l'évolution des dépenses de santé.

Q. : Pour la vieillesse, vous projetez la parution d'un livre blanc. Comment comptez-vous procéder pour envisager une réforme ? Politiquement, c'est difficile.

R. : Politiquement, c'est difficile, parce que les retraites, c'est un sujet très sensible pour l'opinion. Le problème des retraites est lié notamment à l'évolution démographique. Le gouvernement a des objectifs clairs. Il est hors de question de toucher aux retraités, de toucher aux retraites. Le problème n'est pas de diminuer les retraites. Ce qui doit être débattu, c'est comment on va assurer des retraites à ceux qui sont aujourd'hui en activité. J'ai un peu plus de quarante ans. C'est pour les quadragénaires d'aujourd'hui que la question se pose. Il appartient aux pouvoirs publics de mettre en place les dispositions pour que les quadragénaires d'aujourd'hui, lorsqu'ils cesseront leur activité aient des retraites décentes. Les retraités doivent être rassurés. Il n'est pas question de toucher à leurs retraites à eux.

Q. : Si le conflit du Golfe prend de l'ampleur, les hôpitaux français ont-ils pris des dispositions pour recevoir les blessés de guerre ?

R. : Les hôpitaux militaires français sont tout à fait suffisants, dans l'état des choses, pour recevoir les blessés militaires. Si par malheur, des événements intervenaient sur notre propre territoire, du type attentats, à ce moment-là, les hôpitaux régionaux et locaux sont tout à fait organisés, notamment avec des SAMUS qui ont fait la preuve de leur efficacité, pour faire face à ce type d'attentats. L'accident de la gare de Lyon, ou les événements de l'automne 86 ont montré que l'organisation hospitalière française est très bien organisée pour faire face à ce type de situation.

Q. : Votre position avec DURIEUX ?

R. : Il n'y a pas de problèmes particuliers. M. DURIEUX est ministre délégué de la santé auprès de moi, et je mène l'ensemble de la politique des affaires sociales et de la solidarité avec M. DURIEUX.

Q. : Vous marchez main dans la main ?

R. : Absolument.