Interview de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, dans "Le Parisien" du 24 juin 1999, sur sa proposition de loi de publier les sondages jusqu'à la veille des élections.

Texte intégral

Le parisien
— Votre objectif est-il d’adapter la loi à la réalité ?

Laurent Fabius
J’ai déposé cette proposition de loi dans le souci de développer la transparence, de moderniser la vie politique et aussi de mettre fin à une certaine hypocrisie puisque des gens pouvaient avoir des informations que d’autres n’avaient pas, en consultant des sondages confidentiels sur Internet ou la presse étrangère. D’où une situation d’inégalité. Je considère, d’ailleurs, que les sondages ne sont qu’un élément d’information et que les Français sont suffisamment adultes pour prendre leurs décisions en toute connaissance de cause.

Le parisien
— Sur quels points voulez-vous corriger la loi ?

Laurent Fabius
Ma proposition est extrêmement simple : elle consiste à dire qu’on peut réaliser, publier et commenter des sondages jusqu’à la veille du scrutin. Tout le monde sera ainsi sur un pied d’égalité.

Le parisien
— En contrepartie, vous voulez renforcer les pouvoirs de l’actuelle commission des sondages…

Laurent Fabius
Oui. Il faut éviter qu’il y ait des sondages douteux ou approximatifs, et donc renforcer les dispositifs en ce sens. Je propose aussi que cette commission remette chaque année un rapport au président de la République et au Parlement, afin de renforcer son autorité.

Le parisien
— Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour en arriver là ?

Laurent Fabius
Peut-être parce que l’on s’est demandé pendant longtemps si la publication des sondages n’allait pas influencer le vote des électeurs. Ce débat n’a plus lieu. Du coup, on a fini par se demander si, finalement, le dispositif actuel ne se révélait pas obsolète. Lorsqu’on compare les sondages réalisés jusqu’à la veille des élections européennes (NDLR : généralement non publiés) et les résultats électoraux, on constate que l’écart est beaucoup moins important qu’avec les sondages réalisés une semaine plus tôt. Donc, si on avait publié les sondages les plus récents, l’information communiquée aux électeurs aurait été plus exacte.

Le parisien
— Comment avez-vous réagi devant la publication de sondages « interdits » ?

Laurent Fabius
En tant que président de l’Assemblée, je ne suis pas pour la violation de la loi. Je ne suis pas non plus favorable à ce que l’on dise : à partir du moment où la loi n’est plus respectée, il faut la changer. Ce serait une dérive dangereuse. Mais il faut prendre en considération l’ensemble des facteurs. Internet fait désormais partie du paysage. Surtout, les électeurs sont en situation d’apprécier la diversité des informations dont on dispose, dès lors, bien sûr, que ces informations sont sérieuses. Il ne s’agit pas d’accepter que certains faussent la donne.