Interview de Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, dans "Le Parisien" du 24 juin 1999, sur les cas de maltraitance signalés dans les institutions accueillant des mineurs.

Texte intégral

Q – Comment entendez-vous lutter contre ces violences commises sur des mineurs dans des institutions agréées par l'État ?

Martine Aubry. – Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur des personnels auxquels je réaffirme ma totale confiance. Ce sont des dérives individuelles qui appellent à une vigilance collective. Mes instructions ont marqué une rupture : désormais, il n'y a plus de sentiment d'impunité. J'ai reçu des lettres de particuliers dénonçant des maltraitances.
J'ai fait faire des enquêtes et j'ai constaté que, dans deux cas sur trois, les faits dénoncés étaient avérés et n'avaient pas été signalés. J'ai donc rappelé à mess services : « Votre premier devoir est de défendre ceux qui n'ont d'autre recours que vous. » Même si ces cas restent exceptionnels, utiliser la faiblesse de ces enfants ou de ces personnes particulièrement fragiles pour en abuser est révoltant et inadmissible. J'ai donné des instructions très fermes pour qu'une réponse exemplaire soit apportée à chacune des situations de violence. Les Ddass ont été mobilisées pour lancer toutes les investigations nécessaires dès qu'une suspicion existe.

Q – Faut-il imposer des conditions plus draconiennes lors du recrutement du personnel ?

– Ces 81 affaires sont de terribles échecs mais elles doivent être rapportées aux 2 000 établissements et aux plus de 100 000 places du dispositif d'accueil d'enfants et adultes handicapés sous tutelle de l'État. Ces établissements n'embauchent pas de personnels « à risques » ayant, par exemple, des antécédents. Nous sommes face à des dérives individuelles totalement imprévisibles. L'important est, à la moindre présomption, de signaler ces dérives et surtout d'aller jusqu'au bout pour connaître la réalité, quelle que soit la personne mise en cause. Il ne s'agit pas d'accuser à tort mais de prévenir ces dérives et de préserver l'intégrité de ceux que l'institution doit accueillir et protéger. Les personnes qui pourraient être tentées par de telles dérives doivent savoir qu'elles subiront toutes les rigueurs de la loi.