Interview de M. Jacques Chirac, président du RPR, à RTL le 5 juillet 1992, notamment sur le conflit des routiers, et sur sa volonté de ratifier le Traité de Maastricht et de réunifier l'opposition en vue des élections législatives de 1993.

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Média : RTL

Texte intégral

Passages importants 

Agriculteurs et routiers : les « maladresses » du gouvernement

Il se pose un véritable problème qui va au-delà de l'ordre public : (…) il touche à l'autorité de l'État. (…)

Depuis quelque temps, une série de professions ne volent pas d'autres solutions pour exprimer leur malaise et leurs angoisses que de descendre dans la rue (…) Il s'agit toujours de métiers de vocation (…), qui représentent la structure même d'une nation (…) Aujourd'hui, ce sont les paysans et les routiers.

Il y a de la part du gouvernement beaucoup de maladresses dans la manière de gérer les affaires (…)

Un « appel au gouvernement » et un « appel aux routiers »

Je lancerai deux appels.

Je lancerai d'abord un appel au gouvernement, pour lui rappeler que l'enfer est pavé de bonnes intentions, que sa réforme sur le permis à points a été mal conçue, mal mise en œuvre et à une mauvaise date, et que l'on n'a pas procédé à une concertation suffisante, ce qui est généralement le cas avec les socialistes. L'information non plus n'a pas été suffisante. (…)

Je demande au gouvernement de reporter la mise en œuvre de cette réforme à trois ou quatre mois afin de permettre d'en modifier les modalités d'application sans en remettre en cause le principe (…)

Je lancerai ensuite un appel aux routiers (…) auxquels il faut demander d'être un peu « sympas », pour reprendre le titre d'une émission célèbre. Ils n'ont pas le droit de mettre tant de Français dans une situation difficile. Ils n'ont pas le droit de mettre des producteurs dans la situation où ceux-ci risquent de perdre leurs productions. Les routiers doivent manifester dans des conditions qui ne soient pas inacceptables pour les Français. (…)

Le pouvoir passe son temps à se remettre en cause et à reculer. On l'a vu avec la taxe départementale d'habitation sur le revenu, ce dont je me réjouis encore que cela mette les collectivités locales dans une situation d'incertitude épouvantable. (…) Il a abandonné la loi sur les dépenses de santé, craignant la censure. Il a fait de même avec la loi sur la bioéthique et, pour des raisons strictement politiques, il a renoncé à la remise en marche du surgénérateur de Creys-Malville. (…)

S'agissant du permis à points, le gouvernement a fait une bêtise, non pas sur le principe, mais sur les modalités d'application. (…) En ce qui me concerne d'ailleurs, je ne conteste pas la réforme sur le fond, même si je ne l'ai pas votée. (…)

Q. : Du gouvernement ou des routiers, qui doit faire le premier pas ?

R. : Ne considérons pas la situation en termes d'affrontement. Le responsable de cette situation est le gouvernement ; il lui appartient donc de prendre l'initiative (…)

La réforme de la politique agricole commune

La situation de l'agriculture n'a rien à voir avec le traité de Maastricht. Le problème concernant la PAC qui se pose actuellement vient de l'initiative prise par la Commission d'une réforme qui remet en cause tous les principes sur lesquels la politique agricole commune a reposé depuis bien des années. Cette réforme a plusieurs conséquences : faire de nos agriculteurs des assistés (…), et l'on a vu ce que cela a donné dans les pays de l'Est, sur le plan psychologique comme sur le plan économique ; provoquer la mise en friche de terres dans notre pays, donc les mettre en situation de ne pas produire – je rappelle que 40 % du territoire français se trouvent aujourd'hui au-dessous du seuil de désertification. (…) Veut-on transformer la France en un grand champ d'orties dans lequel il y aurait quelques mégapoles ? (…) Peut-on faire comprendre aux paysans français, et plus généralement aux Français, aux Européens et aux autres gens dans le monde, qu'au moment où il y a de plus en plus d'hommes et de femmes qui meurent de faim, on empêche ceux qui savent produire de le faire ?

Les comptables expliquent qu'il y a, d'un côté, les marchés solvables et, de l'autre, les non solvables. Cette vue des choses ne résiste pas un instant à la réflexion ni du cœur ni de l'esprit : les gens qui ont faim son là et, pour des raisons démographiques, ils seront de plus en plus nombreux (…)

Les Américains ont quant à eux parfaitement compris que, dans dix, vingt ou trente ans, le pouvoir politique sera pour partie tiré de ce qu'ils appellent le « pouvoir vert ». Ils savent très bien qu'en éliminant l'agriculture européenne ils pourront non seulement bénéficier des marchés dits solvables et développer leurs exportations en direction de ces marchés au détriment de l'Europe, mais ils savent aussi qu'on ne laissera pas demain les gens mourir de faim et qu'il faudra bien qu'un système de solidarité nationale permette d'alimenter les marchés non solvables, là encore à leur profit. (…)

En fait, nous assistons à un bras-de-fer entre des gens qui ont une vision du monde, les Américains (…), et des gens qui n'ont aucune vision du monde, les membres de la Commission de Bruxelles. Surtout, ces derniers n'ont aucune force pour défendre des intérêts dont, finalement, ils ne sont même pas en charge puisqu'ils n'ont aucune responsabilité politique.

Je suis profondément choqué par cette réforme de la politique agricole commune, qui ne peut nous conduire qu'à la renationalisation des politiques agricoles dans la Communauté, c'est-à-dire à la mise en place de politiques de soutien national, soit le contraire de l'approfondissement européen qu'un certain nombre de personnes appellent de leurs vœux.

La « crise de la République », et l'« immobilisme » de M. Bérégovoy.

Aujourd'hui, il y a une crise des idées. Le socialisme, qui a représenté un espoir pour beaucoup de Français il y a dix ans, ne représente plus rien. Une crise de la morale publique s'est développée. Il y a une crise de l'autorité de l'État parce qu'il n'y a plus de références suffisantes – républicaines, démocratiques – (…), ce qui se traduit notamment par une crise de la justice. (…)

Il y a une crise de la République !

Le socialisme a été acculé à une situation d'immobilisme. Il ne pourra pas s'en sortir. M. Bérégovoy me paraît être l'archétype de cet immobilisme. (…)

À l'occasion des législatives de 1993, les Français auront l'occasion d'avoir le changement qu'ils souhaitent, et dont ils ont besoin pour stopper l'affaiblissement de la France. (…)

La politique conventionnelle est plus que jamais nécessaire

Q. : La résurgence des corporatismes à laquelle on assiste actuellement ne résulte-t-elle pas de l'affaiblissement des corps intermédiaires ?

C'est une raison de plus pour privilégier en permanence l'information et la concertation, qui doit être la plus large possible. La politique conventionnelle est plus que jamais nécessaire.

Il est vrai que l'on observe actuellement un affaiblissement des corps intermédiaires, notamment des syndicats, comme des partis politiques. (…) La raison réside essentiellement dans le fait que les socialistes ont toujours estimé qu'on décrétait les choses. (…) À partir du moment où ils sont arrivés au pouvoir, ils ont arrêté toute concertation. (…)

Maastricht : « Je n'ai pas bougé d'un iota »

Dès que le traité de Maastricht a été connu (…), j'ai exprimé mon opinion dans le journal Le Monde du 21 décembre : j'ai considéré que Maastricht était un petit pas dans la bonne direction et annoncé de la façon la plus claire que je voterai la ratification du traité. (…) Je n'ai pas bougé d'un iota.

Quant à la révision constitutionnelle, le texte a été amélioré, notamment en ce qui concerne le contrôle préalable du Parlement sur les affaires européennes et sur cette question absurde, qui a divisé les Français, du vote des ressortissants européens aux élections locales. (…) J'ai fait en sorte que mon mouvement (…) franchise la phase parlementaire convenablement. (…)

Je crois profondément à l'Europe. Je n'ignore pas que le traité constitue une étape allant dans le bon sens, mais il a beaucoup d'inconvénients et présente certains dangers (…).

Je n'ai pas fait de cette affaire une affaire de politique intérieure. J'ai pris le temps de la réflexion pour savoir quel était réellement dans cette affaire l'intérêt de la France (…) Il était normal que je réserve à l'ensemble des 4 000 cadres de mon mouvement, celui-ci étant sur ce point divisé, que j'avais convoqués à Paris samedi dernier, la primeur de ma position. En tout cas, il est tout à fait injuste de me dire que j'ai attendu ou hésité.

L'Europe : du consensus à la division

Il y a trois ou quatre mois, l'Europe était encore l'objet d'un consensus (…) : personne ne contestait la nécessité de la construction européenne (…). Or la brillante manœuvre de M. Mitterrand, qui a demandé et obtenu, ce qui était une provocation et ce qui n'avait aucune utilité réelle, le vote des ressortissants européens aux élections locales, a fait qu'aujourd'hui les Français sont divisés sur l'Europe. (…)

J'impute l'essentiel de la responsabilité de cette situation au Président de la République. D'ailleurs, la caractéristique de son gouvernement a été la division : il a toujours divisé les Français !

L'affaiblissement de la France résulte sans aucun doute d'une mauvaise gestion de M. Mitterrand et des socialistes, mais aussi de ce goût profond pour la division qui les caractérisent. (…)

Comment ai-je trouvé M. Mitterrand lors de sa dernière intervention télévisée ? Je n'ai pas de commentaire à faire, sinon qu'il a expliqué que, quoi que disent les Français, cela ne le concerne pas. Je n'en attendais pas plus de lui. (…)

Les « divergences de sensibilité » de l'opposition sur l'Europe et la solidité de son union

Sur les affaires européennes, les divergences de sensibilité entre les gaullistes, les libéraux et les centristes sont très anciennes. (…) On les a brutalement mises en exergue. C'était l'objet de la manœuvre mitterrandienne. Elles apparaissent donc comme importantes. (…)

Je rappelle que j'ai fait ratifier l'Acte unique par l'ensemble de l'opposition d'aujourd'hui. J'ai ensuite sorti, avec nos partenaires, l'Europe de la crise financière dans laquelle elle se débattait depuis un certain temps. À cet égard, la France a eu un rôle déterminant, et les libéraux, les gaullistes et les centristes ont été parfaitement unis. (…)

Croyez-moi, une fois que le référendum sera passé, l'union de l'opposition, pour ce qui est de l'essentiel, c'est-à-dire les élections législatives, se reconstituera spontanément et normalement. Je n'ai, à cet égard, aucune inquiétude.

Ma vision de l'Europe

Quelle est ma vision de l'Europe ?

Je suis d'abord pour une Europe démocratique, ce qui Suppose une vraie réforme de nos institutions. Je conteste à la Commission le droit de tout décider, bien souvent à tort et à travers (…), et de dépenser de plus en plus d'argent sans être réellement contrôlée.

Je suis pour une Europe de la paix, et donc pour une défense européenne. Je regrette que Maastricht n'ait quasiment rien fait en ce domaine (…). L'Europe aura besoin de se défendre, les Américains se retireront de plus en plus et les crises à l'Est européen peuvent se développer. L'impuissance de l'Europe est en ce domaine dramatique. (…)

Je suis pour une Europe de prospérité, c'est-à-dire pour une Europe qui sache défendre ses intérêts agricoles face aux prétentions inacceptables des États-Unis, ou ses intérêts industriels face au développement très préoccupant de la production en Asie, notamment au Japon. (…)

Je suis pour une Europe qui s'élargisse. Je ne vois pas au nom de quoi nous refuserions à la famille européenne de se réunir. Je ne pense pas que l'élargissement et l'approfondissement soient incompatibles.

Contre une Europe égoïste et pour une Europe élargie

Je ne crois pas du tout à un super-État fédéral et ce n'est pas du tout l'objet du traité de Maastricht qui a pris une option n'ayant rien de fédéral, et je m'en réjouis. Si tel n'avait pas été le cas, je n'aurais pas voté la ratification de ce traité. (…) Il y a deux raisons qui font que ce traité n'est pas fédéral d'abord, les transferts de compétences supposent pour l'essentiel un vote à l'unanimité; ensuite, le compromis de Luxembourg (…) existe toujours dans la mesure où il s'agit des intérêts essentiels d'une nation. C'est le contraire d'une Europe fédérale. (…)

En revanche, je crois à une organisation de plus en plus resserrée des relations entre les différents pays et je n'imagine pas un instant que la Communauté européenne puisse se contenter de se « cocooner », d'organiser ses petites affaires, de répartir ses richesses entre ses membres et surtout de ne pas se préoccuper du fait qu'à ses portes, il y a des gens qui ont faim et qui se battent. (…) Cela a quelque chose de monstrueux comme réaction d'égoïsme ! Bien sûr, c'est la réaction de la Commission de Bruxelles ou de Delors, probablement de Mitterrand – je n'en sais rien. (…) On ne peut pas laisser des gens comme les Polonais, les Tchécoslovaques, les Hongrois et tous les autres constituer une espèce de no man's land entre une ex-Union soviétique en pleine décomposition et recomposition et une Europe confortable et qui gère tranquillement et égoïstement ses petites affaires. (…) Je ne dis pas que l'on puisse intégrer immédiatement ces pays dans l'Europe économique, je sais très bien que c'est impossible. Mais il faut leur dire : vous êtes de la famille, vous êtes avec nous ; on peut les intégrer dans l'Europe politique dès maintenant en prévoyant les étapes nécessaires. Nous devons leur tendre la main. (…)

Il faut ouvrir la porte à ceux qui ne sont pas dans la Communauté et prévoir les modalités nécessaires sur le plan économique pour leur donner le temps de s'adapter à nos règles de fonctionnement, ce qui demandera peut-être cinq ou dix ans, mais c'est vite passé et, sur le plan politique, cela peut être beaucoup plus rapide. (…)

Le traité qui sera applique ne sera pas celui de Maastricht

Je ne crois pas qu'un traité, dans son principe, soit renégociable. (…) Mais ce traité ne sera important que dans la mesure où il sera appliqué dans un certain esprit. Je n'ai aucune confiance dans M. Delors et dans M. Mitterrand pour appliquer le traité de Maastricht, mais je considère que s'il est appliqué par un gouvernement émanant de l'actuelle opposition au lendemain des législatives, il ne présentera pas d'inconvénients. (…) Il n'est pas renégociable, mais il ne sera pas appliqué. (…) Il est aujourd'hui juridiquement inapplicable. Le refus danois rend ce traité inapplicable et peut-être caduc. (…)

Je ne vois que deux solutions. Ou bien on trouve le moyen de modifier le traité suffisamment pour permettre aux Danois de dire oui lors d'un nouveau référendum. (…) Mais je doute que l'on arrive à faire changer d'avis de cette façon-là les Danois. Ou bien on noie le poisson, c'est-à-dire qu'au lieu d'accepter l'entrée des pays scandinaves et de l'Autriche, et peut-être de la Suisse et de la Slovénie, en 1995, comme c'est décidé, on les fait entrer beaucoup plus vite et on met le Danemark dans le même lot, si j'ose m'exprimer ainsi. (…) Mais dans les deux cas, le traité qui sera appliqué ne sera pas celui de Maastricht, et ne sera d'ailleurs pas appliqué le 1er janvier 1993. La précipitation de M. Mitterrand est fonction exclusivement de ses préoccupations de politique intérieure. (…) Ce traité ne méritait ni tant d'honneur ni tant d'indignité. (…)

Les conséquences politiques d'un « non » français sur la construction européenne seraient considérables. Or, je ne veux pas d'une France isolée ou d'une Europe divisée. (…)

Je ferai naturellement campagne. (…)

Q. : Accepterez-vous de débattre avec des partisans du « non » ?

Pourquoi pas ? Mais pas n'importe lesquels, ceux avec lesquels j'accepte normalement de m'entretenir.

Monnaie unique : « Le traité n'a aucune chance d'être appliqué »

La monnaie unique n'interviendra pas avant vingt ans. De ce point de vue, le traité n'a aucune chance d'être appliqué. D'abord parce que l'élargissement décidé pour 1995 remettra cela en cause. Ensuite, parce qu'en 1997 ou 1999, les dates prévues par le traité pour la monnaie unique, il n'y aura pas plus de quatre ou cinq pays qui rempliront les conditions exigées. (…)

Il aurait beaucoup mieux valu, comme nous l'avions proposé, commencer par une monnaie commune. (…) Enfin, vous croyez vraiment (…) que les Allemands sont prêts à sacrifier leur Mark sur l'autel de l'Europe ? (…) Tout cela aurait dû nous conduire à un peu plus de réflexion. Mon oui est un oui de raison car on ne peut pas donner un signe négatif sur la construction européenne. Mais nous ne devrions pas nous bousculer.

Toutes ces choses doivent être reprises. (…)

L'état du RPR le 21 septembre 1992

Mes relations avec MM. Pasqua et Séguin sont tout à fait excellentes et sont quasiment quotidiennes. Je n'ai jamais exprimé la moindre critique. Il s'agit d'un problème de conscience. Je comprends parfaitement que certains puissent avoir une position différente de la mienne. Je respecte parfaitement les raisons qui les ont conduits à prendre cette position, comme ils respectent les miennes. (…) Le 21 septembre au matin, le RPR, qui est aujourd'hui le premier mouvement politique de France, sera totalement uni, rassemblé, soudé pour la bataille essentielle, celle des législatives de mars 1993. (…)

Et si le non l'emportait ?…

J'espère que ce ne sera pas le cas car ce serait une bien mauvaise image que la France donnerait d'elle-même à l'Europe et au monde. Je connais beaucoup de chefs d'États et de gouvernements ou de grands partis politiques de la Communauté et de l'Europe de l'Est (…) et en dehors de quelques communistes et de quelques extrémistes de droite, je n'en ai pas encore trouvé qui comprennent les raisons qui pourraient conduire la France à voter non. (…)

Et si M. Chirac n'était plus président du RPR ?…

Q. : N'auriez-vous pas été plus libre pour traverser cette période si vous n'étiez plus président du RPR ?

Probablement. J'ai même des amis qui me disent cela, des vrais. (…)

C'est toujours mal connaître la culture du parti gaulliste que d'imaginer qu'il puisse se diviser. (…) Le mouvement gaulliste est parfaitement uni et vous en aurez la démonstration dans les mois qui viennent. (…)

Pour le moment, les objectifs que je me suis fixes n'ont pas été atteints : les socialistes sont toujours au pouvoir et l'opposition n'est pas aussi unie – c'est un euphémisme – qu'elle devrait l'être. (…) Vous savez que je reste un militant de l'union de l'opposition. (…) Je pense qu'à ce titre je peux encore rendre quelques services à l'opposition en étant président de mon mouvement politique. (…)

Le futur Premier ministre de la cohabitation

Le Premier ministre devra être choisi parmi les membres du mouvement qui aura la majorité aux élections législatives. Ce n'est pas une règle écrite, mais c'est une tradition républicaine qui s'est toujours confirmée. (…) Un très grand nombre de sièges sont actuellement détenus par des socialistes, voire par des communistes. (…) Nous allons, dans une saine émulation, conduire une campagne avec pour objectif de reprendre ces sièges. (…) Nous en reprendrons beaucoup. (…)

Je ne suis pas favorable aux primaires pour les législatives ; je suis favorable à des accords mais il y a un certain nombre de situations particulières sur le plan local où les primaires peuvent être souhaitables. Il faut négocier. (…)

La portée symbolique du voyage de M. Mitterrand à Sarajevo

J'ai approuvé ce voyage, mais j'ai rappelé qu'il sanctionnait un an d'impéritie. (…) Il ne faut pas que l'union de l'Europe aboutisse à paralyser la France quand les Douze sont incapables de prendre une décision. De deux choses l'une : ou bien les Douze sont d'accord pour prendre une décision en matière de politique étrangère, et par conséquent on agit de façon collective et coordonnée, ou bien ils ne sont pas d'accord, (…) et à ce moment-là, la France, grande puissance (…), doit garder la libre disposition de sa politique et de ses moyens. Sarajevo illustre ce principe. (…)

Le traité n'interdit en rien à la France d'agir seule quand les Douze sont incapables de se mettre d'accord. C'est capital, c'est la preuve que Maastricht ne crée pas une fédération et ne porte pas atteinte à l'indépendance de notre pays. (…) C'est l'interprétation que M. Mitterrand a donnée de la position de la France en allant à Sarajevo, et je ne peux pas le critiquer. (…)

Le trentième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie

Au moment même où l'Algérie vient d'être secouée par la tragique disparition de son Président, je voudrais, parce que nous sommes aujourd'hui le 5 juillet, qui marque aussi le trentième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie, avoir une pensée pour tous nos compatriotes Français d'Algérie, Harkis et Pieds noirs qui restent, pour l'immense majorité d'entre eux, profondément attachés à leur terre natale et qui sont, plus que d'autres, traumatisés par ce qui se passe aujourd'hui en Algérie, cette terre que leurs ancêtres et eux-mêmes ont fécondée au prix de beaucoup de sacrifices et qu'ils ont dû, hélas, brutalement quitter. Je voudrais aussi, en ce 5 juillet, honorer la mémoire de tous nos compatriotes, civils et militaires, tombés tout au long de ces huit douloureuses années en Algérie. Je veux notamment penser aux très nombreuses victimes du 5 juillet 1962 à Oran. (…)

Je trouve profondément regrettable que le gouvernement socialiste n'ait pas poursuivi l'effort de solidarité que mon gouvernement avait entrepris entre 1986 et 1988, notamment en faveur des Harkis et des rapatriés âgés.