Texte intégral
Je tiens tout d'abord à remercier Raymond Douyère et Pierre Richard de m'accueillir aujourd'hui, à l'occasion de cette assemblée générale du Crédit Local de France.
Elle suit votre introduction en bourse, à la fin de l'année dernière.
Elle intervient aussi l'année où nous fêtons le dixième anniversaire de la décentralisation, comme vous l'avez rappelé il y a un instant.
Je vois là un double symbole :
- le Crédit Local de France est profondément lié au mouvement de la décentralisation ;
- il faut parler de celle-ci, au moment où de nombreux colloques en font le bilan, non pas au passé, mais au futur.
La décentralisation a profondément modifié les mécanismes de financement des collectivités locales : à un financement administré a succédé un financement de marché, décloisonné et concurrentiel.
Les collectivités peuvent aujourd'hui, en toute liberté, s'adresser à la banque de leur choix.
Le Crédit Local de France a su s'adapter brillamment à ces nouvelles règles du jeu : c'est aujourd'hui une entreprise jeune et performante, solide financièrement.
Les résultats que vous venez de présenter en sont la démonstration.
Et votre introduction en bourse constitue, finalement, l'étape ultime, logique, de votre "banalisation" et de l'entrée des collectivités locales dans le système économique.
Et si elle est essentielle pour le Crédit Local de France, son introduction en bourse est aussi importante : pour le gouvernement et pour l'État : la majorité de l'actionnariat reste public, l'État et la Caisse des Dépôts et Consignations, et vous me permettrez de saluer la présence ici de M. Robert Lion, restant majoritaire ; pour vos clients, les collectivités locales : la cotation en bourse sera "impitoyable" de la bonne gestion de l'établissement, de la bonne gestion de l'établissement, de la sûreté de ses engagements auprès des collectivités et de la bonne exécution de sa mission permanente d'intérêt public ; et de façon générale, pour les actionnaires, c'est un gage de transparence qui favorisera votre insertion au sein de la communauté financière internationale.
Cette introduction en bourse a été, je le sais, une réussite : vous avez aujourd'hui plus de 50 000 actionnaires qui sont associés au financement des collectivités locales et donc aux équipements collectifs qu'ils utilisent quotidiennement.
C'est pour vous un atout complémentaire dans votre politique de développement : le financement de grands projets et l'ouverture internationale et je pense, bien sûr, en premier lieu à la construction européenne.
C'est aussi le témoignage d'une exigence : votre savoir-faire est aujourd'hui, et j'insiste sur ce point, particulièrement nécessaire au développement local, dans les zones urbaines aussi bien qu'en milieu rural ; nous savons tous combien ce développement, en particulier dans le domaine économique, est l'un des principaux défis que nous avons à relever.
Si l'état de santé du Crédit Local de France est bon, c'est bien parce que l'état de santé des collectivités locales l'est aussi.
Raymond Douyère l'a indiqué il y a un instant, et je partage son constat : la décentralisation n'a pas provoqué de dérapage des budgets locaux, contrairement à ce qu'on a trop souvent affirmé. L'autofinancement progresse et les dépenses de gestion sont maîtrisées.
Si ici ou là, des problèmes ont pu se poser, ils concernent qu'un très petit nombre de collectivités et chaque fois des solutions équilibrées ont pu être trouvées : le Crédit Local de France, la Caisse des Dépôts et Consignations et l'État ont assumées leurs responsabilités et n'ont jamais laissé une commune au "milieu du gué".
Être le partenaire des collectivités dans les moments difficiles, le partenaire des "bons et mauvais jours", c'est aussi cela la mission d'intérêt général confié par l'État à votre établissement.
Certains, face à ces quelques situations délicates, réclament des "garde-fous".
Je récuse cette approche qui serait contraire à l'esprit de la décentralisation et à la responsabilité qu'elle implique : responsabilité des élus et responsabilité des établissements financiers.
En revanche, notre mot d'ordre doit être : la transparence, pour que cette responsabilité puisse s'exercer en toute connaissance de cause.
C'est l'objectif que poursuit le gouvernement : la loi du 6 février dernier sur l'administration territoriale de la République comme le projet de loi en cours de préparation sur la réforme des comptabilités communales en témoignent.
Je ne citerai que deux exemples : l'introduction progressive de la consolidation des comptes dans les collectivités et la création prochaine de l'observatoire des finances locales.
Mais les collectivités locales ont aussi un défi considérable à relever : celui de la coopération intercommunale.
Notre pays compte en effet 36 000 communes, soit autant que l'ensemble des autres pays de la communauté européenne.
Ces communes, nous y sommes attachées : elles sont les cellules de base de notre démocratie.
Pour autant, l'aménagement de l'espace, le développement économique nécessitent aujourd'hui une réelle modernisation de notre carte territoriale.
Cette modernisation passe par l'intercommunalité, librement consentie et disposant d'un système fiscal performant.
Vous le savez, la loi du 6 février dernier a dans ce domaine innové : un débat s'engage en ce moment même, dans l'ensemble des communes de tous les départements sur la coopération intercommunale.
Il faut, dans ce domaine, vaincre bien souvent des réticences, passer parfois beaucoup de temps à convaincre mais je suis convaincu que l'intercommunalité correspond à une réelle attente parce qu'on en perçoit mieux aujourd'hui la nécessité et je gage que nous allons constater une accélération de l'intercommunalité dans les années qui viennent.
Ce grand mouvement qui s'engage, je souhaite vivement que le Crédit Local de France y participe pleinement : je suis persuadé que vous saurez mettre vos capacités d'expertise à la disposition des élus, que vous saurez adapter encore, si cela est nécessaire vos produits financiers, et que vous trouverez ainsi les modalités les mieux appropriées pour soutenir les progrès de l'intercommunalité.
Je disais il y a un instant que le Crédit Local de France avait partie liée avec la décentralisation : celle-ci est une création continue qui, dix ans après son lancement, entre aujourd'hui dans les esprits de toutes et tous.
Dans le même temps, le Crédit Local de France, grâce à son introduction en bourse, devient une société familière non plus seulement pour les élus locaux, mais aussi pour les français.
Je me réjouis de de ces deux évolutions parallèles : parlons encore longtemps de la décentralisation au futur et je suis sûr que nous parlerons encore longtemps des progrès du Crédit Local de France.