Texte intégral
France 2 : 8 janvier 1993
G. Leclerc : Paradoxe : l'opposition est sûre de gagner les législatives et c'est la confusion pour savoir ce qu'elle va faire. V. Giscard d'Estaing met en garde contre les pièges de la cohabitation. P. Devedjian assure que la refuser serait absurde. Quel est votre sentiment ?
N. Sarkozy : Dire que l'opposition est sûre de gagner, c'est un bien mauvais service à lui rendre. Il faut continuer à se battre. On ne doit pas se comporter comme si on avait vendu la peau de l'ours. Je trouve que ce débat sur la cohabitation est un mauvais débat parce que c'est un débat qui divise. L'opposition a mieux à faire que se diviser. Il faut qu'elle explique sa politique aux Français. Je ne comprends pas : il y aurait des gens pour la cohabitation et des gens contre. Mais n'y a-t-il pas une Constitution qui dit très clairement ce qu'il faut faire ? Si le président de la République, au lendemain de l'échec des socialistes, devait démissionner, nous en serions ravis ! Je vais vous faire une confidence : moi, ça me plairait. S'il ne démissionne pas, nous ne lui rendrons pas le service de faire la grève du pouvoir. Ce serait tellement facile. Il est tellement malin qu'il saurait en profiter. Nous irons aux responsabilités pour appliquer notre programme avec notre équipe. Il n'y aura ni compromis, ni compromission. J'aimerais que l'on n'oublie pas qu'entre 1986 et 1988, on a fait beaucoup de choses pour la France. Certains ont dit que nous avions perdu parce qu'on en avait trop fait... La vérité, si la majorité d'alors a été battue en 1988, c'est parce qu'elle était divisée. La leçon à tirer de tout cela, c'est le refus de cette division de l'opposition.
G. Leclerc : Il y a des différences sur la politique à mener.
N. Sarkozy : Je ne suis pas contre le débat. Dans les mouvements politiques, il y en a besoin. Il faut s'interroger sur la date. Je me demande si, à trois mois d'élections aussi importantes pour la France et pour nos compatriotes, c'est le moment. Il est venu le moment de s'unir pour conduire le navire dans le même sens. C'est cela qui compte et est important.
G. Leclerc : Deux point importants : le franc et les prélèvements obligatoires.
N. Sarkozy : Dans mon esprit, les choses sont simples. S'il faut expliquer qu'il faut voter pour nous parce qu'on continuera les déficits socialistes, qu'on dévaluera et qu'on refusera de baisser les impôts, je ne suis pas sûr que ce soit un bon message. Je dis que relancer la machine économique, c'est baisser les impôts parce qu'on en paie trop, c'est refuser la dévaluation parce qu'elle n'a jamais relancé une machine économique et c'est prendre des initiatives de relance forte dans un certain nombre de secteurs sinistrés, je pense au bâtiment.
G. Leclerc : Autre problème : les investitures.
N. Sarkozy : Il y a aura une centaine de primaires, ce qui veut dire qu'il y aura 480 candidatures uniques. L'opposition se présentera assez unie. C'est bien. Dans l'immense majorité des circonscriptions, il y aura un candidat unique. Nous aurons terminé nos négociations mardi.
G. Leclerc : Quelle plate-forme de gouvernement aurez-vous ?
N. Sarkozy : Il y a neuf conventions des États généraux sur neuf grands sujets. Nous la publierons dans le courant janvier et chacun s'y référera. Je crois que l'honneur d'un homme politique, c'est de se présenter en disant, voilà ce que je vais faire et les engagements que je suis prêt à tenir.
G. Leclerc : Avez-vous, par exemple, des idées nouvelles sur le chômage ?
N. Sarkozy : Le chômage sera l'alpha et l'oméga de la politique économique du prochain gouvernement. On peut faire quelque chose, sinon je ne comprends pas pourquoi nos partenaires font mieux que nous. Si vous pensez que si nous avions le même nombre de chômeurs que l'Allemagne, il n'y aurait pas de déficit de la sécurité sociale. Il est possible de faire quelque chose: baisser les impôts pour que nos entreprises soient plus compétitives ; réformer l'Education nationale pour que l'on forme nos jeunes non aux emplois d'hier mais à ceux de demain ; prendre des initiatives pour assouplir le marché de l'emploi et du travail. Il n'y a pas de fatalité. Je ne viens pas vous dire non plus que l'on rasera gratis.
G. Leclerc : Quand J.-C. Gaudin dit redouter une trop large victoire, qu'en pensez-vous ?
N. Sarkozy : Je souris, parce que la victoire tant que « je ne la touche pas », je n'y crois pas. Une seule priorité pour l'opposition aujourd'hui : aller au-devant de nos électeurs pour expliquer qu'il y a une politique différente pour la France. On n'a pas gagné tant que le 2e tour n'est pas terminé. Au RPR, on continuera à se battre.
G. Leclerc : Quelle est votre position ?
N. Sarkozy : La faiblesse est coupable. Dès le moment où la Communauté internationale a élevé le ton face à la Serbie communiste qui est responsable du conflit, les Serbes ont alors commencé à discuter. L'heure est au maintien de la pression contre les Serbes. La négociation doit aller jusqu'au bout, mais on ne doit pas exclure l'intervention militaire. L'exclure par voie aérienne, c'est prendre le risque de faire échouer la négociation.
G. Leclerc : M. Aubry dénonce le coût des exonérations patronales pendant trois ans.
N. Sarkozy : On sait depuis longtemps que M. Aubry et les socialistes sont fâchés avec les chiffres. Il faut connaître un chiffre : 100 000 chômeurs, c'est 8,5 milliards pour la collectivité. Si on exonère de charges sociales la création de 100 000 emplois nets, c'est 3 milliards de francs. Chaque fois qu'on dépense moins de 8 milliards pour créer 100 000 emplois, on fait faire des économies. La faillite de la France actuelle, c'est le chômage. Voilà la gabegie.
G. Leclerc : Qui a la solution ?
N. Sarkozy : Nous avons tiré les leçons de l'échec socialiste. On ne rasera pas gratis demain. Nous ne voulons pas changer la vie. Nous voulons dire au pays qu'il n'y a pas de fatalité. D'autres que nous à l'étranger ont mieux que nous. Il est possible de changer les choses. Ce serait désespérant qu'il n'y ait pas de solution pour sortir de la crise. Il y a des solutions, même si elles seront longues, difficiles et coûteuses. Je crois que l'alternance peut amener quelque chose au pays.
G. Leclerc : Vous ne voulez pas aggraver la pression fiscale ?
N. Sarkozy : Je suis très ferme sur ce point : je considère que la victoire de l'opposition, si victoire il y a, ne doit pas se traduire par une revanche sur les hommes. En revanche, cela doit se traduire par une rupture sur le fond. Si nous gagnons les élections, nous devrons conduire à toute force, sans ambiguïté, une politique de baisse des prélèvements fiscaux. Cela fait 12 ans que nous avons un socialiste Président. Aujourd'hui, les Français payent 400 milliards de charges et de taxes et d'impôts de plus que les Allemands. Les Allemands sont-ils moins bien soignés ? Les jeunes ont-ils moins bien formés ? Les routes allemandes sont-elles moins bien entretenues ? L'un des premiers problèmes du pays est la fiscalité qui pèse. Nous ferons tout pour baisser les impôts parce que c'est le problème de la compétitivité de nos entreprises.
G. Leclerc : Comment financez-vous tous vos projets ? P. Séguin ne renonce pas à dire ses quatre vérités.
N. Sarkozy : J'aimerais qu'à un moment donné dans l'opposition, on puisse réfléchir ensemble, parler et agir ensemble. Le problème pour nos électeurs, épuisés après 12 années de socialisme, n'est pas de savoir quel est le problème de tel ou tel, l'originalité de tel ou tel. C'est quel est l'engagement collectif de l'opposition. Après 12 ans de socialisme, l'opposition doit faire campagne sur la baisse des prélèvements obligatoires. Elle doit faire campagne sur le maintien de la France en Europe et doit faire campagne sur le franc fort. Voilà la réalité.
G. Leclerc : C'est le contraire de ce que dit P. Séguin.
N. Sarkozy : Aujourd'hui comme demain, la cohérence fait aussi partie de l'efficacité.
G. Leclerc : Et quand il dénonce les projets d'indépendance de la Banque de France ?
N. Sarkozy : Regardons ce qui se passe en Angleterre. Elle est sortie du SME, la Livre a dévalué de 20 %. L'Angleterre est l'homme malade de l'Europe. Je ne veux pas de cela pour la France.
G. Leclerc : P. Séguin est-il un allié ? Se trompe-t-il ?
Europe 1 : 9 février 1993
J.-P. Elkabbach : M. Aubry dénonce le coût des exonérations patronales pendant trois ans.
N. Sarkozy : On sait depuis longtemps que M. Aubry et les socialistes sont fâchés avec les chiffres. Il faut connaître un chiffre : 100 000 chômeurs, c'est 8,5 milliards pour la collectivité. Si on exonère de charges sociales la création de 100 000 emplois nets, c'est 3 milliards de francs. Chaque fois qu'on dépense moins de 8 milliards pour créer 100 000 emplois, on fait faire des économies. La faillite de la France actuelle, c'est le chômage. Voilà la gabegie.
J.-P. Elkabbach : Qui a la solution ?
N. Sarkozy : Nous avons tiré les leçons de l'échec socialiste. On ne rasera pas gratis demain. Nous ne voulons pas changer la vie. Nous voulons dire au pays qu'il n'y a pas de fatalité. D'autres que nous à l'étranger ont mieux que nous. Il est possible de changer les choses. Ce serait désespérant qu'il n'y ait pas de solution pour sortir de la crise. Il y a des solutions, même si elles seront longues, difficiles et coûteuses. Je crois que l'alternance peut amener quelque chose au pays.
J.-P. Elkabbach : Vous ne voulez pas aggraver la pression fiscale ?
N. Sarkozy : Je suis très ferme sur ce point : je considère que la victoire de l'opposition, si victoire il y a, ne doit pas se traduire par une revanche sur les hommes. En revanche, cela doit se traduire par une rupture sur le fond. Si nous gagnons les élections, nous devrons conduire à toute force, sans ambiguïté, une politique de baisse des prélèvements fiscaux. Cela fait 12 ans que nous avons un socialiste Président. Aujourd'hui, les Français payent 400 milliards de charges et de taxes et d'impôts de plus que les Allemands. Les Allemands sont-ils moins bien soignés ? Les jeunes ont-ils moins bien formés ? Les routes allemandes sont-elles moins bien entretenues ? L'un des premiers problèmes du pays est la fiscalité qui pèse. Nous ferons tout pour baisser les impôts parce que c'est le problème de la compétitivité de nos entreprises.
J.-P. Elkabbach : Comment financez-vous tous vos projets ? P. Séguin ne renonce pas à dire ses quatre vérités.
N. Sarkozy : J'aimerais qu'à un moment donné dans l'opposition, on puisse réfléchir ensemble, parler et agir ensemble. Le problème pour nos électeurs, épuisés après 12 années de socialisme, n'est pas de savoir quel est le problème de tel ou tel, l'originalité de tel ou tel. C'est quel est l'engagement collectif de l'opposition. Après 12 ans de socialisme, l'opposition doit faire campagne sur la baisse des prélèvements obligatoires. Elle doit faire campagne sur le maintien de la France en Europe et doit faire campagne sur le franc fort. Voilà la réalité.
J.-P. Elkabbach : C'est le contraire de ce que dit P. Séguin.
N. Sarkozy : Aujourd'hui comme demain, la cohérence fait aussi partie de l'efficacité.
J.-P. Elkabbach : Et quand il dénonce les projets d'indépendance de la Banque de France ?
N. Sarkozy : Regardons ce qui se passe en Angleterre. Elle est sortie du SME, la Livre a dévalué de 20 %. L'Angleterre est l'homme malade de l'Europe. Je ne veux pas de cela pour la France.
J.-P. Elkabbach : P. Séguin est-il un allié ? Se trompe-t-il ?
N. Sarkozy : La politique est une affaire d'additions, pas de soustractions. Je ne souhaite jeter aucune exclusive à l'endroit de qui que ce soit. À sept semaines des élections, il est temps de tirer tous dans le même sens.
J.-P. Elkabbach : Pasqua et Séguin ne risquent-ils pas d'affaiblir le RPR au bénéfice de l'UDF et de réduire les chances d'E. Balladur de devenir l'éventuel futur Premier ministre ?
N. Sarkozy : À un moment, il faut que chacun d'entre nous sache mettre son originalité de côté pour favoriser la cohérence de l'ensemble. Ma conviction, c'est qu'il n'y aura de destin personnel pour personne sur la feuille de notre famille politique. Je souhaite que notre famille politique gagne. Pour la France, l'alternance est possible, nécessaire et souhaitable.
J.-P. Elkabbach : Séguin joue-t-il contre l'intérêt de sa propre famille ?
N. Sarkozy : N'essayez pas de me fâcher avec qui que ce soit ! Ce n'est pas parce qu'on est pour l'union de l'opposition que c'est un slogan lyrique. Cela peut être aussi ma part de vérité. À sept semaines des élections, les hommes politiques de l'opposition ont intérêt à parler d'une même voix et dans le même sens. Telle est ma vérité.
J.-P. Elkabbach : On voit pourtant deux droites en train de s'instituer.
N. Sarkozy : Je ne veux pas de revanche sur les personnes, mais je veux à toute force une politique de rupture avec le socialisme. Le socialisme sans les socialistes, il ne faut pas compter sur nous.
J.-P. Elkabbach : J. Lang rappelait qu'au moment où les Américains votent pour Clinton, les Français vont voter pour Bush et Reagan.
N. Sarkozy : J. Lang est bien cet homme d'État qui a déclaré qu'avec la victoire de F. Mitterrand, "nous passons de la nuit à la lumière…"
J.-P. Elkabbach : C'est, il y a longtemps !
N. Sarkozy : Il y a des mots qui font mal pendant longtemps.
J.-P. Elkabbach : Voulez-vous de P. Séguin dans le futur gouvernement ou dehors ?
N. Sarkozy : Ce ne sera ni la bagarre avec Séguin, ni avec Mitterrand.
J.-P. Elkabbach : Le Président de la République vient d'arriver au Vietnam. Quand vous aurez gagné en avril, est-ce qu'il pourra autant se déplacer autant qu'il le veut pour représenter la France ?
N. Sarkozy : Il a bien fait d'aller au Vietnam. Bien sûr qu'il pourra voyager et représenter la France, il a été élu pour sept ans Président de la République, il le reste.
J.-P. Elkabbach : Le Président est en train de préciser les règles du jeu de la cohabitation, à petites touches. Si vous gagnez, vous pourrez donc gouverner sans entrave. Êtes-vous rassuré ce matin ?
N. Sarkozy : Il n'y a ni lieu d'être rassuré, ni inquiété. Le problème n'est pas du tout une guérilla entre F. Mitterrand et l'opposition devenue majorité. La véritable question pour nous, c'est celle qui consistera à redresser la France, résoudre ses problèmes. Nous n'allons pas à la cohabitation pour guerroyer avec F. Mitterrand. Il peut donc laisser son armure, son casque et son bouclier. C'est un langage tout à fait démodé. La question pour nous, sera de faire rimer alternance avec espérance. C'est le véritable débat et c'est une question plus difficile à résoudre que celle de nos rapports avec F. Mitterrand.
J.-P. Elkabbach : Plus difficile que nous l'imaginions il y a quelques mois ?
N. Sarkozy : Oui, car l'état de la France en quelques mois s'est considérablement aggravé. Le bilan socialiste de mois en mois, devient de plus en plus difficile à assumer.
J.-P. Elkabbach : Ça justifierait que J. Chirac, s'il est, appelé aille à Matignon ?
N. Sarkozy : Depuis que je me suis engagé dans la vie politique, j'ai toujours été aux côtés de J. Chirac. Mais je crois que J. Chirac inscrit aujourd'hui son action dans une autre perspective. Si j'avais mon avis à donner dans cette affaire, je crois que J. Chirac c'est le meilleur candidat pour l'Élysée. S'agissant de Matignon, il n'a pas vocation à courir derrière tous les postes de la République.
J.-P. Elkabbach : Pour Matignon: V. Giscard d'Estaing, Mme Veil, E. Balladur, R. Barre ?
N. Sarkozy : Il a une indécence à se répartir les dépouilles d'un pouvoir qui n'est pas encore tombé. Mais si on me demande mon avis, là encore je me permets de vous le donner : je considère que le meilleur homme d'union et d'Etat pour gouverner la France à Matignon, c'est Balladur.
J.-P. Elkabbach : M. Aubry disait hier ici, qu'il plus de 500 000 contrats de solidarité dont certains vont arriver en fin de droits dès avril. Vous allez les reconduire ?
N. Sarkozy : Bilan socialiste : 3 millions de chômeurs aujourd'hui, 1,4 million personnes en traitement social du chômage, 600 000 personnes touchant le RMI, plus de 5 personnes exclues du monde du travail. Nous ne laisserons pas tomber ceux qui sont les accidentés de la vie parce qu'ils sont au chômage. Bien sûr que l'on ne mettra pas fin au traitement social du chômage. Mais pour nous ce n'est pas une fin en soi. Nous voulons retrouver le chemin de la croissance et de la création d'emplois. Nous ne voulons pas salarier la misère. Nous ne voulons pas simplement que les jeunes qui sont aujourd'hui en traitement social, n'aient comme seule perspective des stages de reconversion qui mènent souvent nulle part. Dans l'immédiat il faudra cependant poursuivre cet effort de traitement social avant que nous ayons fait repartir la machine économique.
J.-P. Elkabbach : C'est lyrique mais vous n'avez pas peur d'être démenti, secoué par la réalité, comme l'ont été les socialistes, il y a 12 ans ?
N. Sarkozy : Permettez-moi de ne pas confondre le lyrisme et l'ambition pour la France. On ne peut pas reprocher à des hommes politiques qui veulent gagner les élections de vouloir retrouver le chemin de la création d'emploi et de considérer que la lutte pour l'emploi et contre le chômage ce sera l'alpha et l'oméga de notre nouvelle politique.
France Inter : 10 février 1993
J.-L. Hess : Ça a été facile de mettre le RPR et l'UDF sur la même ligne ?
N. Sarkozy : Ça a été plus facile qu'on le dit. Ce n'est pas pour autant que ça a été totalement facile.
J.-L. Hess : Sur quels thèmes ça a achoppé ?
N. Sarkozy : La difficulté ce n'était pas tant entre l'UDF et le RPR. La difficulté pour nous, c'est tout le sens que l'on veut donner à cette campagne, à cette plate-forme. Ce n'est pas tant d'expliquer tout le mal qu'ont fait les socialistes en 12 ans. Nous pensons qu'aujourd'hui le débat est tranché, que chacun a compris que le bilan était accablant. La vraie difficulté c'est de faire rimer alternance avec espérance. Cela, ce n'est pas encore le cas. Comment faire une plate-forme de gouvernement où on peut dire aux Français « il n'y a pas de fatalité d'échec pour la France, d'autres que nous font mieux, on peut mieux réussir ? » Mais dans le même temps, ne pas faire ce qu'ont fait les socialistes en 81, à savoir dire : « Avec nous demain, on rasera gratis, votez pour nous et tous vos problèmes seront résolus. » Ça, ce n'est pas respecter nos concitoyens. C'était surtout ça la véritable difficulté, avoir un projet ambitieux et crédible.
J.-L. Hess : Vous comptez établir un bilan-vérité avant de démarrer ?
N. Sarkozy : Oui, nous voulons savoir par exemple où en sera le déficit de la France, son endettement. Un seul chiffre savez-vous quel est le deuxième budget civil de l'État ? C'est le remboursement de la dette. Le premier c'est l'éducation nationale. Chaque année, la France dépense 180 milliards de francs pour rembourser la dette. Savez-vous que nous en consacrons 270 pour l'éducation nationale ?
J.-L. Hess : Dans les priorités, il y a l'emploi. Et là, pas de recette miracle...
N. Sarkozy : La priorité des priorités, c'est de mobiliser toutes les forces disponibles de la Nation au service de l'emploi. Pas de remède miracle, c'est vrai. C'est toute une stratégie qu'il faut mettre en place, il n'y a pas de fatalité. Savez-vous que si nous avions le même nombre de chômeurs que les Allemands, il n'y aurait pas de déficit de la sécurité sociale aujourd'hui ? Comment faire ? Il faut jouer sur cinq manettes : la relance de l'économie, notamment dans deux secteurs sinistrés. Je pense aux travaux publics et au logement. Chaque année, il faudrait mettre en chantier 350 000 logements pour loger les Français. Cette année, record historiquement bas avec 270 000 mises en chantier. C'est la première fois depuis 54 que l'on a un tel niveau de mise en chantier. Savez-vous qu'à chaque fois que l'on met en chantier un logement, on crée 1,5 emploi ? Ensuite, il faut baisser la fiscalité. En France, on paye 400 milliards d'impôts de charges et de taxes de plus qu'en Allemagne. La question que l'on doit se poser est-ce que les Allemands sont moins bien soignés que nous ? Les routes allemandes sont-elles moins bien entretenues ? Les jeunes Allemands sont-ils moins bien formés ? On veut baisser la fiscalité, notamment celle de l'impôt sur le revenu et ensuite celle des cotisations familiales car nous pensons que les entreprises n'ont pas à financer la politique familiale, c'est l'État qui doit la financer.
J.-L. Hess : Faire plus avec moins d'impôts, ça paraît difficile...
N. Sarkozy : Il n'y a que les socialistes qui n'ont pas compris que « hauts taux tuent les totaux. » Plus vous matraquez les gens avec l'impôt, moins vous augmentez les ressources. On l'a vu entre 86 et 87. Quand l'État a décidé de baisser l'impôt sur les bénéfices perçus sur les entreprises, il a augmenté dans le même temps de 25% les recettes fiscales. Une chose est sûre: on ne peut pas continuer dans cette direction. Ce serait enfoncer un peu plus la France dans la crise. Un autre chiffre : 100 000 chômeurs, ça coûte à la Nation 8,5 milliards. Vous prenez ces mêmes 100 000 chômeurs, les jeunes, et vous les mettez en apprentissage. Ça coûte 5,5 milliards, vous faites 3 milliards d'économies. Si vous allez encore plus loin avec les 100 000 chômeurs à savoir qu'au lieu que l'État paye les allocations chômage pour 100 000 personnes, 8,5 milliards, si dans le fond il exonérait de toute cotisation sociale-patronale les 100 000 emplois ainsi crées, ça coûte 3 milliards. A chaque fois que l'on dépense moins de 8 milliards pour créer 100 000 emplois, on a fait faire au budget de la Nation une économie. C'est cela que les Français doivent comprendre, que la faillite de la France, celle de nos régimes sociaux, c'est le chômage. Rien ne doit être plus prioritaire que de permettre aux gens de travailler. Il y a 3 millions de chômeurs en France, 1,4 million en traitement social du chômage et 600 000 personnes touchant le RMI. Ça veut dire 5 millions de personnes qui touchent des allocations – on ne peut pas faire autrement – mais qui ne cotisent plus, qui ne participent plus à la création de la richesse. Quand le Président de la République dit que l'on va toucher aux acquis sociaux, quand on a la responsabilité d'avoir doublé le chômage en France, on est relativement serein.
J.-L. Hess : Il semble que les Français deviennent un peu sceptiques à l'égard de prises de position ou de déclarations...
N. Sarkozy : Ils ont raison, la vie est difficile. C'est la raison pour laquelle nous avons eu beaucoup de difficultés sur ce programme de gouvernement. Il faut que les Français n'aillent pas d'un excès à l'autre, l'excès de penser qu'il suffit de voter pour quelqu'un pour que tout s'arrange. Mais l'excès inverse qui conduirait à la fin de la démocratie française consisterait à dire que l'alternance n'a plus aucune signification, qu'on ne peut rien faire. Je pose une question: comment se fait-il qu'au Japon il y a 2,2 % de chômeurs, 5 % en Allemagne, 7 % aux USA et qu'en France on va atteindre les 10,5 % Est-ce que notre pays est condamné à la fatalité de l'échec ? Il n'y a pas plus de fatalité de l'échec que de fatalité de laisser les socialistes en place.
J.-L. Hess : Votre programme nécessite une législature mais déjà les socialistes critiquent votre programme il n'est pas chiffré et ensuite les divergences entre Séguin, vous, et A. Juppé...
N. Sarkozy : Nous ne pouvons pas aligner toute le monde comme des soldats, comme autant de petits pois. C'est vrai qu'il y a des divergences et je les regrette. Je considère qu'à sept semaines des élections on devrait tous se souvenir de cette chose très simple: quel que soit le souci des uns et des autres de singulariser, il n'y aura aucun destin personnel sur la faillite d'une famille politique. Nous disons que le programme de l'opposition, c'est celui que nous avons présenté ce matin. Nous ne ferons pas de dévaluation. Il y a l'intérêt politique et l'intérêt national. Ce dernier, c'est de parler avec sérieux de questions graves. La dévaluation, ça contribuerait à la faillite de la France et à l'augmentation des taux d'intérêt. Deuxième chose : nous n'augmenterons pas les impôts. Car si les Français doivent voter pour l'opposition pour voir les impôts augmenter, alors ce n'est pas la peine de vouloir avoir la rupture avec 12 années de socialisme. Ils n'ont pas besoin de nous pour ça. Les socialistes le font très bien. J'y crois, à cette plate-forme de l'opposition. Autant je ne veux pas que la victoire de l'opposition, ça soit la revanche sur les personnes, autant je dis avec la même force que je souhaite que ça soit la rupture avec le socialisme sur le fond. La revanche sur les personnes ne sert à rien. Les Français en ont assez de cette politique socialiste. Nous baisserons les impôts. J'ajoute qu'il y a quelque liberté à dire que l'on va augmenter les impôts, alors que la France se trouve aujourd'hui dans la situation actuelle.
J.-L. Hess : Le retour à la croissance, ce n'est pas vous qui en décidez. Ce n'est pas une sorte de pari ?
N. Sarkozy : Si on échoue, on ne réussira pas. Que voulez-vous que je réponde de plus ? Naturellement que l'on fait un pari, mais si nous ne croyons pas à nos idées, si nous ne croyons pas à cette stratégie politique et économique, qui peut y croire pour nous ! Nous pensons que le financement de notre programme sur l'année zéro, celle qui va nous voir aux responsabilités si on gagne, on fera un collectif budgétaire drastique pour envoyer un signal à l'opinion publique en lui disant que le temps de la gabegie est fini. Pour dégager des économies permettant de financer cette relance, à l'année 1 de notre retour au gouvernement, nous gagerons ces économies sur la défiscalisation que nous engagerons par le produit des recettes de privatisations, puisque nous consacrerons les deux tiers du produit des recettes de privatisations au désendettement de la France. Ce qui est le seul moyen de ne pas assécher le marché boursier.
J.-L. Hess : Il vous faudra un Premier ministre à la hauteur pour faire tout ça...
N. Sarkozy : J'ai une petite idée sur le Premier ministre à la hauteur : c'est E. Balladur.
J.-L. Hess : C'est pas démagogique de dire : on baissera les impôts si on est élu. Et pensez-vous que les électeurs vont croire ça ?
N. Sarkozy : Ça fait 12 ans qu'avec régularité, l'opposition va d'échec en échec. Je ne considère pas qu'être dans l'opposition soit la marque d'un grand succès. Nous avons tiré les leçons de ce qui nous est arrivé en 81 et en 88. Nous n'avons pas le choix. Si la France ne comprend pas que la fiscalité omniprésente pénalise les entreprises qui seules peuvent créer des emplois, et pénalise les gens qui veulent travailler, investir, réussir, faire relancer la machine économique, alors oui, on ne réussira pas. La meilleure façon c'est de nous faire confiance et de juger sur les actes. Je fais le pari de la réussite.
RMC : 22 février 1993
P. Lapousterle : Est-ce que vous pensez que la victoire est acquise pour les législatives ?
N. Sarkozy : La victoire n'est jamais acquise. Jusqu'au 28 mars, je continuerai à me battre de toutes mes forces. Et je suis même un peu inquiet de ces sondages, car cela risque d'avoir sur notre électorat un effet de démobilisation qu'il convient de combattre.
P. Lapousterle : F. Mitterrand a dit qu'une défaite des socialistes lui paraîtrait injuste parce leur bilan ne le mérite pas ?
N. Sarkozy : Décidément, F. Mitterrand aura prononcé des énormités politiques jusqu'à la fin !
P. Lapousterle : L'accord RPR-UDF vous paraît-il un bon accord ?
N. Sarkozy : 80 % de candidatures communes. 20 % de primaires, avec un accord à la loyale pour qu'elles se passent bien, avec désistement au second tour. Oui, c'est un bon accord ! C'est la preuve que l'union est une réalité.
P. Lapousterle : Et pourtant quand on regarde les titres des journaux...
N. Sarkozy : Pour arriver à un bon accord, il faut une bonne discussion. Nous n'avons jamais prétendu que c'était facile. Il y a parfois des intérêts contradictoires, des difficultés à se comprendre, des candidats à départager...
P. Lapousterle : À propos de la circonscription de Lyon : M. Noir accuse J. Chirac d'alimenter la désunion...
N. Sarkozy : Je m'étonne que l'on s'étonne. Lorsque M. Noir, avec fracas, a démissionné il y a deux ans du RPR, expliquant à nos électeurs ébahis, alors que le socialisme avait déjà fait tant de mal, que le RPR et l'UDF, c'était fini, c'était l'archaïsme, c'était funeste pour la démocratie française, et qu'il fallait créer un nouveau souffle... M. Noir, personne ne l'a chassé il a démissionné. Nous avons présenté à l'époque un candidat pour défendre le RPR et l'UDF à Lyon lors de cette législative partielle, nous en avons présenté un lors des cantonales, nous en présentons un aujourd'hui. A moins que M. Noir estime que sa personnalité est tellement forte et rayonnante qu'il convient que dans les deux circonscriptions de Lyon, sur les 577 que compte la France, le RPR et l'UDF soient absents ? Ce n'est pas notre avis. Nous serons présents sans agressivité, mais sans faiblesse.
P. Lapousterle : N'est-ce pas dommageable qu'il y ait tant de positions divergentes sur la cohabitation ?
N. Sarkozy : La position du RPR est : oui, nous voulons aller au gouvernement. N'est-ce pas assez logique quand on se présente aux élections que de vouloir les gagner et d'appliquer le programme qui a permis d'être élu ? Il y a une constitution, il y a une règle du jeu républicaine. Nous voulons qu'elle soit respectée. Si nous gagnons les élections, nous ne ferons pas la grève du pouvoir. C'est clair et net. Pour autant, nous irons au gouvernement de la France avec notre programme et les équipes qui représentent l'opposition. Pour nous, la cohabitation, ce sera ni le compromis, ni la compromission. Le vrai problème sera de redresser le pays après douze années de socialisme.
P. Lapousterle : Vous voulez dire que si la cohabitation fonctionne dans les mêmes conditions qu'en 1986-88, ce sera convenable ?
N. Sarkozy : Il convient de ne pas faire de contresens. Entre 1986 et 1988, nous avons pu gouverner, et je pense que nous avons bien gouverné. Pourtant nous avons été battu. Mais pour une raison toute différente. Ce n'est pas la cohabitation qui nous a fait perdre, c'est la désunion. Et c'est de cela dont l'opposition doit tenir aujourd'hui le plus grand compte.
P. Lapousterle : Où en est le programme RPR-UDF ?
N. Sarkozy : Nous avons réuni neuf conventions des États généraux sur les neufs sujets de préoccupations prioritaires chez les Français. Nous publierons une plaquette de gouvernement qui fixera les grands axes de notre politique gouvernementale d'ici 15 jours. Nous mènerons une politique de rupture avec le socialisme. La priorité des priorités pour nous portera un nom : lutter par tous les moyens contre le chômage. Les citoyens doivent comprendre qu'avec nous, on ne rasera pas gratis. En revanche, nous affirmons qu'il n'y a pas de fatalité, qu'une autre politique est possible. Qu'un peuple qui a décidé d'agir, plutôt que de subir, peut s'en sortir. Voilà notre programme !
P. Lapousterle : Première rupture après le 28 mars ?
N. Sarkozy : Rupture avec la dépendance de la justice. Rupture avec cette frénésie fiscale. Rupture avec la politique d'immigration. Cette année encore, il y a eu 125 000 immigrés de plus sur le territoire national en situation régulière. Le mot rupture, nous le ferons rimer avec le mot réforme. Il n'est que temps !
P. Lapousterle : Le meilleur Premier ministre ?
N. Sarkozy : Il faut que ce soit un homme qui ait la capacité de diriger la France et de rassembler l'opposition devenue majorité. Je considère qu'E. Balladur est le meilleur.
P. Lapousterle : Et si l'UDF arrivait en tête ?
N. Sarkozy : Ce serait une autre histoire.
RTL : 1er mars 1993
RTL : Les jeux sont faits ?
N. Sarkozy : Non. On va à cette campagne avec un esprit de challenger. On se battra jusqu'à la dernière minute pour gagner. On ne tient pas compte des sondages, et des commentaires. On fait comme si le succès de l'opposition demain dépendait d'une voix. On continue à convaincre.
RTL : Le big bang vous a volé la vedette ?
N. Sarkozy : M. Rocard, voici un homme qui décidément aura épousé toutes les modes et accompagné tous les échecs. Mais finalement, il y a une grande nouveauté. En 1978, il avait attendu l'échec pour parler ; aujourd'hui en 1993 il le devance. Vous avez raison, M. Rocard fait toujours du nouveau.
Q.: Il y a un premier effet pour vous, c'est qu'il n'est plus question d'une éventuelle alliance des écolos avec l'opposition.
N. Sarkozy : Nous avons toujours dit très clairement qu'il ne serait nullement question de faire des alliances d'États-majors avant les élections. Si les écologistes, demain, ont des élus à l'Assemblée nationale et si ceux-ci reconnaissent le bien-fondé de l'économie de marché, pourquoi ne ferions-nous pas alors un bout de chemin ensemble ? Les écologistes qu'ont-ils pu obtenir, depuis 12 ans, du gouvernement ? Rien. Vous croyez qu'ils sont assez naïfs pour penser que cela va changer demain, alors que le PS aurait explosé, sous les doubles coups de boutoir des électeurs qui se détournent de lui et le big bang de M. Rocard ?
RTL : Le terme de rénovation utilisé par V. Giscard d'Estaing, hier soir, est-il nécessaire ?
N. Sarkozy : Oui, la rénovation est toujours nécessaire. Moi je l'appliquerais plus aux structures qu'aux idées. J'aime les gens qui sont fidèles à leurs idées.
RTL : C. Pasqua se plaint du manque de volonté de l'opposition.
N. Sarkozy : Croyez-moi, au RPR on a la volonté de gagner, de convaincre et de faire du bon boulot pour le pays. Du côté de la volonté de J. Chirac, il n'y a pas de souci à se faire.
RTL : Le candidat à Matignon dont la désignation paraît la plus naturelle ?
N. Sarkozy : Les caractéristiques du nouveau Premier ministre, à mon avis, devraient être doubles. D'abord, il faut que ce soit un homme ou une femme, qui ait les capacités d'assumer la fonction et deuxièmement qu'il ait la confiance de la nouvelle Assemblée, pour mener une politique très claire de rupture avec le socialisme. À partir de ce moment-là, la désignation d'un Premier ministre n'est pas un jeu, même si moi, j'ai une petite idée.
RTL : Selon V. Giscard d'Estaing, celui qui ira à Matignon perdra les chances ensuite pour l'Élysée. Vous êtes d'accord ?
N. Sarkozy : Le problème ne se trouve pas là. La question aujourd'hui est que la France est victime d'une crise politique, morale, économique et sociale. La question n'est pas de faire des pronostics sur ceux qui réussiront demain. Nous, nous voulons redresser la France dès aujourd'hui. Le problème c'est la dimension des questions qui se posent à la France aujourd'hui et non pas les bâtons que F. Mitterrand nous mettra dans les roues.
RTL : Parmi les événements de la journée, il y a la réforme du code de procédure pénale.
N. Sarkozy : Je dis très clairement qu'il faudra le suspendre. Rarement on a vu une loi qui met contre elle la totalité des syndicats de la magistrature et la totalité des syndicats de policiers. Le problème de la justice dans ce pays ce n'est pas un problème de énième réforme de code de procédure pénale. Le problème est simple, le budget de la justice correspond, aujourd'hui, à 1,5 % des dépenses de fonctionnement de la nation. Il faut donner à la justice les moyens de vivre, d'exister et de fonctionner.
RTL : J. Major s'est félicité cette semaine que l'Europe sociale ne s'applique pas à la Grande-Bretagne. Comment allez-vous tenter de vous réconcilier avec les Anglais ?
N. Sarkozy : Ce n'est pas la question. L'affaire Hoover, c'est un industriel qui a préféré aller se délocaliser dans un autre pays que le nôtre parce que les salariés ont accepté des réductions de temps de salaire, ils ont renoncé à leur droit de grève et à leur protection sociale. J'en tire la conclusion qu'il faut plus d'Europe.
RTL : J. Chirac a déclaré qu'il ne reconnaissait pas l'accord du GATT entre l'Europe et les États-Unis.
N. Sarkozy : Il a eu raison. Il n'y a aucune raison de sacrifier l'agriculture française aux intérêts américains. La filière agro-alimentaire c'est un emploi sur cinq pour nous en France. C'est 56 milliards d'excédents de notre balance du commerce extérieur. Pourquoi voudriez-vous que l'on fasse un cadeau aux fermiers américains.
RTL : Après Maastricht, vous attendions-vous à des matins si sombres pour l'Europe ?
N. Sarkozy : Ce n'est pas tant la question de Maastricht, c'est la question de la crise. La crise fait éclater les solidarités et pourtant plus que jamais il faut la construction européenne. Parce que je suis européen, je suis pour qu'enfin on décline la préférence communautaire. Je suis très clairement pour la suppression des frontières entre les Douze, ce qui veut dire que je suis, avec beaucoup de force, pour que la Communauté se dote d'une frontière commune.