Texte intégral
A. Ardisson : Est-ce que les événements en Italie, par exemple, ne confortent pas les anti-Européens ?
N. Sarkozy : Je ne le crois pas. La construction européenne est plus nécessaire que jamais. Il existe des exemples qui montrent que les acquis communautaires permettent que les pays les moins rigoureux s'alignent sur les pays les plus rigoureux. Avec le SME, nous avons tous dû, peu ou prou, nous aligner sur la rigueur allemande. Si j'ai voté les accords de Schengen, c'est justement parce que je pense qu'à partir du moment où on se met à plusieurs pour lutter contre la criminalité, l'immigration illégale, nous serons obligés de nous aligner sur le plus rigoureux. Je pense fondamentalement que J.-P. Chevènement a raison : avec l'Europe, la France ne pourra plus connaître les errements de la politique socialiste de 81 à 83. La solution pour l'Italie n'est pas de tourner le dos à l'Europe, mais au contraire de respecter les règles communautaires.
A. Ardisson : Mais la Mafia est un État dans l'État, si bien que certains écrivent que les Douze sont devenus treize.
E. : L'Italie montre quoi ? Alors que c'est un des pays fondateurs de la Communauté, voilà les ravages que produit un pays qui n'a plus d'État. Un pays moderne a besoin d'un État fort qui fasse respecter la règle du jeu. Avec ce qu'il se passe en Italie, il ne devrait plus rester un Français aujourd'hui favorable à la proportionnelle. Entre les événements dramatiques d'Italie et ce qui se passe dans un certain nombre de conseils régionaux en France, la proportionnelle est définitivement déconsidérée. Enfin, l'Italie c'est aussi des hommes politiques qui n'ont ni morale, ni rigueur. Ce n'est vraiment pas l'image que je souhaite que nous donnions en France.
A. Ardisson : Vous ne craignez pas qu'avec l'ouverture des marchés, la Mafia n'ait un pied dans chaque pays européen ?
N. Sarkozy : Bien au contraire. On ne luttera contre ces phénomènes internationaux, que sont la drogue, le banditisme, la Mafia, qu'en mettant ensemble toutes nos forces pour lutter contre ça. Je ne pense pas que l'Italie puisse faire école chez nous. Je pense au contraire que nous pourrons aider l'Italie à s'en sortir en renforçant les solidarités communautaires. L'Europe nous a amenés la prospérité économique et la paix. Je souhaite également qu'elle contribue à nous apporter la sécurité.
A. Ardisson : De quelle école êtes-vous: Pasqua ou Chirac ?
N. Sarkozy : Premièrement, comme J. Chirac, je souhaite pouvoir ratifier Maastricht. Je fais partie, au sein du RPR, du courant européen mené par J. Chirac. Sur la réforme de la Constitution, pourquoi s'être abstenus ? Si nous avions voté "non" à cette réforme, on nous aurait classé dans le camp des anti-Européens et entre G. Marchais et J.-M. Le Pen, ce n'est pas l'air des cimes qu'on y respire. Si nous avions voté « oui », on aurait dit que le texte du gouvernement était parfait, ce n'est pas la peine que les Sénateurs fassent leur travail. Nous nous sommes abstenus après avoir considérablement amélioré le texte de la révision constitutionnelle et je souhaite de toutes mes forces, que le Sénat continue le travail.
A. Ardisson : Vous souhaitez que ce texte vous arrive comment ?
N. Sarkozy : L'idéal serait que le Président de la République comprenne que l'affaire du droit de vote pour les Européens n'amène rien à la construction européenne et que ça risque de faire se détourner un certain nombre de nos compatriotes de l'Europe. L'idéal serait que le président fasse valoir les possibilités dérogatoires qui existent dans le Traité de Maastricht. C'est ça l'idéal. Le gouvernement a le droit de faire des cachotteries et moi, je dois dire, avant même de connaître un texte, ce que je vais voter. Je ne tomberai pas dans ce piège. Nous avons amélioré ce texte à l'Assemblée nationale. Ma préférence, c'est qu'on ne parle plus de cette affaire de droit de vote pour les Européens. Si ce n'était pas le cas, je verrais comment le texte nous revient du Sénat pour déterminer ma position. Mais je n'ai pas envie de donner ma position définitive sur un vote important avant que je ne connaisse le texte tel qu'il reviendra. C'est tout à fait extraordinaire qu'aujourd'hui, dans ce pays, le Président et le gouvernement disent : « il n'y a aucune raison, je ne vous dirai pas les amendements que je vais laisser ». Et l'opposition doit dire ce qu'elle fera dans toutes les conditions. Non, M. Mitterrand nous tend un piège.
A. Ardisson : L'opposition se tend elle-même des pièges.
N. Sarkozy : C'est sûr. Je ne considère pas que le fait d'être dans l'opposition soit la marque d'un très grand succès.
A. Ardisson : En cas d'une victoire marquante de l'UDF, vous accepteriez un Premier ministre de cohabitation qui soit UDF ?
N. Sarkozy : Aujourd'hui, le problème est simple pour l'opposition : il faut gagner. Il faut tout mettre en œuvre pour que nous gagnons. Mes amis de l'opposition doivent comprendre cette chose simple si nous ne sommes pas unis, il n'y aura pas de succès. Donc, on doit mieux maîtriser notre union et mieux la construire. Mais que J. Chirac rencontre F. Léotard, ça ne me choque pas.
A. Ardisson : Ça vous choquerait que F. Léotard soit Premier ministre et ça vous plairait de travailler avec lui comme Premier ministre ?
N. Sarkozy : Ça ne me choquerait en rien. En ce qui me concerne, je considère que le meilleur Premier ministre demain serait E. Balladur. Mais, avant de se distribuer les postes, il me semble plus important que l'opposition réfléchisse aux conditions qui lui permettront de gagner pour débarrasser la France d'un socialisme qui lui a fait tant de mal.
A. Ardisson : Vous faites partie du comité de soutien à B. Tapie ?
N. Sarkozy : B. Tapie n'est pas un proche ni un point de référence pour moi dans la vie politique. Mais je n'aime pas le lâchage organisé. Quand on pense au cinéma qu'ont fait un certain nombre de dirigeants socialistes pour appeler B. Tapie à leur secours ! Résultat des courses : solidarité et socialisme, ça se conjugue bien mal. Si vous rajoutez l'affaire B. Tapie à celle de B. Lalonde, existe-t-il encore des représentants de la société civile qui souhaitent travailler avec les socialistes ? Je leur souhaite bien du courage. En politique, il y a un minimum de valeurs qui comptent. Moi, celles que j'aime c'est le courage et la colonne vertébrale.