Texte intégral
Pour nous, c'est NON !
Ainsi que vous le savez, le RPR a décidé de laisser la liberté de vote à ses militants et à ses sympathisants pour le référendum du 20 septembre prochain.
Nous avons, quant à nous, décidé de faire campagne pour le NON.
Pourquoi ? Le Manifeste que nous avons publié et que vous trouverez dans cette lettre, vous expose les raisons de fond qui nous font nous opposer au Traité de Maastricht et à l'opération politique du Président de la République.
L'Europe de M. Mitterrand n'est pas la nôtre. Ce n'est pas l'Europe que nous voulons, celle qui se construisait jusqu'ici dans le respect de l'identité de chacun des pays qui la composent. L'Europe de Maastricht, c'est, à terme, la naissance d'un Super État échappant à tout contrôle démocratique, la dilution de la nationalité française dans une vague citoyenneté, prélude à tous les débordements.
Tout cela, nous ne pouvons l'accepter.
Nous ferons donc une campagne active jusqu'au 20 septembre, avec tous les parlementaires – ils sont déjà plus de 100 – et tous ceux qui nous rejoindront au sein du Rassemblement pour le NON. Nous espérons vous compter au nombre de ceux-ci. Cette association sera dissoute au soir même du référendum, quel qu'en soit le résultat.
Cher compagnon, tout l'indique après une interminable décennie de socialisme, les Français aspirent à retrouver la confiance et la fierté d'être Français. Ils souhaitent construire l'Europe, mais sans défaire la France. Cette Europe, c'est nous qui la ferons.
L'actualité
Au mépris de la loi et des règles de la plus élémentaire équité, le gouvernement et le Parti socialiste ont décidé de priver les adversaires de Maastricht de la possibilité des exprimer dans les mêmes conditions que les partisans du traité.
Après avoir tenté d'utiliser la télévision et la radio, le gouvernement maintient une campagne partisane financée par les fonds publics et envisage d'interdire, dès que cette campagne et celle du PS, auront eu lieu, tout autre affichage concernant le référendum du 20 septembre.
Au nom du « Rassemblement pour le Non », Charles Pasqua et Philippe Séguin ont décidé de réagir. Une campagne nationale d'affichage, financée par une souscription publique aura donc lieu à partir du 3 août dans l'ensemble de la France Pour cela nous avons besoin de votre soutien. Si vous partagez nos idées, si vous voulez faire gagner le NON au referendum du 20 septembre, aidez-nous.
Voir en page centrale l'affiche du NON et le bulletin de souscription.
Philippe Séguin : Haut les non !
Après bien des atermoiements, le débat sur la ratification des accords de Maastricht est enfin lancé, du fait du mouvement qui s'est dessiné en faveur du NON.
Quel chemin déjà parcouru et que de difficultés surmontées! Car ce débat ne nous a pas été proposé. Ce débat nous l'avons imposé de haute lutte.
Rappelez-vous les différentes lignes de défense – et de fuite – des partisans inconditionnels du traité de Maastricht. Dans un premier temps, contre toute évidence, il n'était pas besoin d'une révision constitutionnelle. Ensuite, il n'était pas question de référendum Enfin, il n'était pas envisageable de tenir compte du NON du Danemark pour renégocier le traité.
Eh bien, révision il y a eu – à notre corps défendant. Référendum il y a, conformément à vos souhaits. Et « NON », il y aura, à condition que la campagne ne soit pas totalement tronquée.
Car au fur et à mesure que le NON monte dans les sondages, la campagne se rétrécit comme une peau de chagrin.
Une date invraisemblable : après le 14 juillet envisagé un moment, le 20 septembre – 10 jours après la rentrée scolaire – laissera à peine une semaine de véritable campagne dans une période où les Français sont accaparés par de multiples soucis.
Un temps de parole réduit au sixième de la durée d'expression pour les partisans du NON.
Un financement dans les limbes.
À ce point de déséquilibre entre les forces et les moyens en présence : nous avons plus que jamais besoin de vous, de votre conviction et de votre soutien, pour rassembler autour du refus de Maastricht et en faveur d'une grande Europe, ouverte à l'Est et ancrée dans les États Nations.
L'actualité
Sous la houlette de Jack Lang, qui préconise un « oui » gai, allègre, communicatif, la « terrible Armada » des défenseurs du oui a pris le large. Chanteurs, comédiens, funambules – tous lecteurs attentifs du Traité de Maastricht à l'instar d'Eddie Barclay et de sa bande – y côtoient quelques artistes de la politique, qui s'emploient à faire prendre aux Français des vessies pour des lanternes. Informés, s'informant eux-mêmes, ceux-ci ont compris que plus le vote NON serait fort, plus les chances de l'Europe – et de la France – étaient grandes.
Ce qui présente aujourd'hui des dangers, c'est bien le OUI : danger pour la construction européenne elle-même, danger pour la France et sa souveraineté, danger pour la démocratie en Europe, danger pour l'emploi et l'économie, danger pour la paix.
Le NON en présente un, un seul : pour M. Mitterrand et les socialistes, qui appellent au secours leurs adversaires pour mieux les étouffer ensuite. En est-ce vraiment un ?
L'éditorial de Philippe Séguin
Maastricht et le chaos
La hantise du Président de la République est que l'Europe retourne à ses vieux démons au cas où le traité de Maastricht ne serait pas ratifié.
Alors, selon M. Mitterrand, on verrait ressurgir l'Europe des tribus et ce serait le chaos… Formidable erreur d'appréciation qui démontre qu'à force de signer des textes sans en apprécier les conséquences on finit toujours par faire le contraire de ce que l'on désire.
Car loin d'être une garantie contre le chaos, Maastricht pourrait bien en être la cause. En divisant l'Europe en deux et en poussant les nationalités à ne plus jouer que pour elles-mêmes.
Parce qu'il repose sur des « critères de convergence » très exigeants, le traité réservera la monnaie unique aux pays riches de la Communauté et dressera simultanément un véritable mur de l'argent entre les pays de l'Est et ceux de l'Ouest, au mépris tant de la morale que de la sécurité collective du continent.
La monnaie unique attirera ceux qui peuvent souscrire à ses exigences et exclura tous ceux qui n'en sont pas capables.
Les Flamands seront tentés d'y jouer leur carte sans les Wallons moins prospères. Les Catalans et les Basques se sentent capables d'y agir mieux seuls qu'avec le reste de l'Espagne moins avancée. L'Italie du Nord espère que l'intégration politique monétaire la déchargera du fardeau des régions méridionales. Il n'est pas jusqu'à certaines régions françaises qui se verraient mieux dans une Europe des régions riches que dans un État Nation qui pratique la péréquation au nom de la solidarité nationale...
À l'Est, l'effet est encore plus net puisque toutes les nationalités qui se jugent capables d'adhérer à la communauté européenne proclament déjà leur indépendance pour avoir les mains libres et tirer pour elles seules tout le bénéfice de leur prospérité.
La Bohême-Moravie, la Slovénie, la Croatie savent que leurs capacités économiques leur permettront assez rapidement de remplir les conditions d'adhésion à la Communauté. Que deviendront les autres ?
Maastricht n'est pas un facteur de stabilité et de solidarité, tout au contraire. S'il est mis en œuvre, le traite aggravera les divisions entre les nationalités, exercera des tensions nouvelles, accélérera dangereusement la décomposition des structures étatiques et engagera l'Europe dans les aventures les plus incertaines.
Maastricht, c'est bel et bien, en vérité, le passeport le plus sûr pour l'Europe des tribus.