Texte intégral
27 octobre 1992
RTL
J.-M. Lefebvre : Pourquoi avoir lancé aujourd'hui une campagne d'information en direction des jeunes, sur la contraception ?
V. Neiertz : Parce que les associations qui s'occupent de la formation des jeunes sur la contraception me l'ont demandé il y a à peu près un an, les syndicats également et que j'ai constaté que les parents et les jeunes eux-mêmes étaient tout à fait d'accord avec la nécessité de faire une très grande campagne nationale d'information. Il y a dix ans, quand on parlait de contraception, on parlait aux femmes, on parlait de pilule et on leur disait "vous avez le choix". Aujourd'hui, quand on parle de contraception, on ne peut plus en parler de la même façon parce qu'il y a le Sida.
J.-M. Lefebvre : Un sondage de l'IFOP révèle la méconnaissance chez les jeunes des méthodes contraceptives.
V. Neiertz : Le sondage que j'ai demandé à l'IFOP révèle plusieurs choses très intéressantes. D'abord que la sexualité des jeunes a beaucoup changé par rapport à la nôtre. C'est-à-dire que les rapports sexuels sont plus précoces, les relations sexuelles plus fréquentes, plus brèves et cette étude montre que 52 % des jeunes qui ont été sondés, ont eu une expérience sexuelle dont un tiers avec plusieurs partenaires et que la première expérience sexuelle, pour 29 % d'entre eux a eu lieu à 15 ans ou moins de 15 ans, On se rend compte que lorsqu'on leur demande "est-ce que vous êtes bien informés sur la contraception ?", ils répondent oui, mais quand on pose des questions précises sur les moyens de contraception, on s'aperçoit que c'est pas tout à fait le cas. Beaucoup s'imaginent que le premier rapport ne comporte aucun risque, 10 % sont incapables de donner un seul exemple de moyen contraceptif. On voit à quel point ils ont besoin d'une information tout en pensant qu'ils l'ont. Et en plus, quand on leur demande "auprès de qui demandez-vous de l'information ?", c'est généralement auprès de leurs copains ou de leurs copines parce qu'ils n'aiment pas beaucoup en parler aux parents.
J.-M. Lefebvre : C'est pour cela que vous axez votre campagne sur la télévision et le cinéma ?
V. Neiertz : Sur les moyens d'accéder à cette information de façon directe et personnalisée. La campagne à la télévision et au cinéma comprend un numéro d'appel téléphonique national qui est géré par le planning familial et qui va permettre aux jeunes qui téléphoneront, de poser toutes les questions qu'ils veulent et d'avoir une réponse adaptée. Et en même temps, d'avoir l'adresse du centre local qui peut les accueillir et vraiment voir avec eux comment vont les choses parce qu'on sent une très grande angoisse et une très grande solitude des jeunes par rapport aux problèmes que pose la sexualité aujourd'hui. Il est réconfortant de se rendre compte que la majorité est consciente des problèmes que cela pose. La difficulté qui était la nôtre était de dépasser le stade de la connaissance théorique du préservatif par exemple. Tous les jeunes savent à quoi sert un préservatif mais la difficulté c'est que dans une vie sentimentale à cet âge-là, on est très amoureux. Parler de la nécessité de mettre un préservatif à l'autre, c'est un blocage psychologique terrible à faire sauter. Le message que nous montrons, c'est que la contraception c'est simple quand on en parle.
27 octobre 1992
France 3
Passage antenne
V. Neiertz : Nous avons mis un certain temps à élaborer le message parce que chacun a sa sensibilité et les adultes ont beaucoup plus de mal à parler de la sexualité des jeunes, à admettre certaines réalités qui nous sont apparues dans le sondage de l'IFOP que j'ai fait réaliser au mois de décembre et qui montre que les relations sexuelles sont beaucoup plus précoces que pour notre génération.
1er novembre 1992
Le Journal du Dimanche
Après la lutte contre le sida, la contraception. Véronique Neiertz, secrétaire d'état chargé des Droits des femmes, a lancé mercredi une campagne d'information sur la pilule et le préservatif à destination des jeunes. Cent huit spots passeront à la télévision dès les prochains jours ainsi que dans les salles de cinéma. Le ministre s'explique au JDD.
Le Journal du Dimanche : Vous avez gagné, la campagne sur la contraception a débuté cette semaine. Comment avez-vous réussi à convaincre Pierre Bérégovoy qui, en mai dernier, avait repoussé cette opération ?
V. Neiertz : En obtenant du Premier ministre de le voir seul, le temps nécessaire à notre compréhension mutuelle de l'enjeu. Pierre Bérégovoy et moi nous connaissons depuis vingt ans, cela aide. Il a fallu attendre dix ans pour avoir une deuxième campagne sur la contraception en France, on n'en était plus à quelques semaines près, l'important c'était qu'elle ait lieu.
Le Journal du Dimanche : Comment s'organise cette campagne ?
V. Neiertz : Le spot, "La contraception, ça devient simple quand on en parle", passe à la télé en novembre et au cinéma en décembre. Il diffuse un numéro de téléphone national (16-1) 40-01-26-27 que les jeunes peuvent appeler s'ils veulent des réponses, des conseils ou des adresses utiles. Tous les lycées, Info jeunes, missions locales, PMI, mairies, etc. peuvent recevoir gratuitement affiches, brochures et répertoires des adresses utiles de leur région, en les demandant à l'Agence Groupe 7, 47, rue de Babylone, 75007 Paris.
Le Journal du Dimanche : Qu'en attendez-vous ?
V. Neiertz : Que cette campagne réponde au formidable besoin d'information et de conseils qu'ont les jeunes entre 14 et 20 ans. Dès les premières heures, la permanence téléphonique de la campagne gérée par le Planning familial, a été submergée d'appels (1 500 appels le premier jour, 2 000 le deuxième jour). Les garçons et les filles de cet âge se sentent souvent seuls et angoissés. Ils n'ont pas forcément envie de parler à leurs parents de leur vie sentimentale. Ils vont enfin savoir où s'adresser pour trouver une oreille attentive et une réponse adaptée à leurs problèmes.