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Kofi Yamgnane : Une politique cohérente
Maastricht offre l'opportunité d'une politique plus cohérente et concertée de l'intégration au sein de la Communauté économique européenne. Parmi tous les contresens que suscite le débat sur Maastricht, celui de la France-passoire, abandonnant sa police des frontières aux bureaucrates européens, est le plus malhonnête. La France a, sur le plan de la maîtrise des flux migratoires, tout à gagner de la coopération qu'entend mettre en œuvre, sur ce plan, le traité de Maastricht.
Si l'Union européenne souhaite se prononcer sur la politique d'asile et d'immigration, elle ne pourra prendre de décision qu'à l'unanimité des pays membres qui garderont, en toute circonstance, la capacité pleine et entière de faire prévaloir leurs choix nationaux.
Ensuite, on ne peut pas efficacement lutter en France contre l'immigration clandestine si on ne le fait pas en même temps en Italie et en Allemagne. Plus les règles d'accès au séjour seront harmonisées, moins les détournements seront possibles, plus le contrôle de l'immigration sera simple. C'est bien l'objet du titre VI du traité que de permettre à l'Europe, dans l'esprit des accords de Schengen, de renforcer la sécurité de ses frontières et d'assurer la cohérence des réglementations du séjour et du travail à l'égard des ressortissants extérieurs à la Communauté.
Qui s'émeut des morts de Sarajevo et de ses camps ne peut en même temps susciter un discours sur l'Europe dont Rostock serait le berceau. Ce sont les nationalismes qui créent les guerres civiles et, aujourd'hui comme hier, les candidats à l'asile et à l'immigration. Les victimes de Sarajevo, celles de Somalie et les Européens désireux de paix et prospérité ont tout à gagner d'une Europe plus unie, plus stable, et qui puisse porter un grand dessein.
Jean-Marie Le Pen : une solution suicidaire
Le premier problème pour la France, ce n'est pas la monnaie unique, c'est l'immigration. Le déséquilibre démographique du monde se traduit déjà depuis plusieurs décennies, chez nous, par une marée humaine dont nous ne connaissons que les premières vagues. Construire un avenir de sécurité consisterait à se protéger par un ensemble de formules politiques qui pourraient être prises en coopération avec les pays dont cette immigration est originaire. La solution qui consiste à plonger la tête dans le sable et à ouvrir les frontières est suicidaire.
De toute évidence l'Europe de Maastricht est une Europe sans frontière puisque l'on va y supprimer tout contrôle. Ça sera une Europe ouverte au flux croissant de l'immigration, en particulier vers la France qui est le ventre mou de l'Europe en ce domaine. Le traité de Maastricht ne peut qu'aggraver les conséquences négatives de l'immigration que sont le chômage, l'insécurité et le fiscalisme. On ne peut pas compter, sur cette question, que d'autres pays nous défendent mieux que nous ne le ferions nous-mêmes.
Le traité prévoit certes une politique des visas où doit s'appliquer la règle de l'unanimité. Mais il y a là une astuce : il suffira qu'un seul État membre de la Communauté mette son veto pour que l'on ne puisse pas établir de visa pour les ressortissants d'un pays.
Quant au droit de vote reconnu aux ressortissants de la CEE aux élections municipales, il est contraire à la règle intangible de la souveraineté nationale. Il est évident, et les européistes en grande partie socialistes n'en font pas mystère, qu'il sera étendu aux immigrés et aux résidents étrangers dans notre pays. Cela signifie, surtout dans un système majoritaire, que les électeurs étrangers deviendront les véritables arbitres de la politique nationale.