Texte intégral
S. Paoli : Votre commentaire sur cette étude de l'INC ?
B. Kouchner : Cette enquête est bienvenue et nous essayons depuis longtemps de connaître les schémas régionaux, c'est très difficile car les médecins-inspecteurs étaient en grève pour des raisons que je comprends. Nous n'avons pas eu la carte avant l'INC. C'est donc très bien que « 50 millions de consommateurs » la publie. En gros ce que ça veut dire – avec des erreurs importantes mais passons – c'est que la proximité ne signifie pas la sécurité. Ça veut dire qu'il vaut mieux moins d'hôpitaux mais mieux équipés et surtout en hommes. Un plateau technique pour une urgence ça coûte 15 millions.
S. Paoli : C'est quoi ?
B. Kouchner : Ça veut dire que si vous avez un infarctus, il y a des endroits où l'on peut faire de la thrombolyse (déboucher les artères) et d'autres non. La thrombolyse 24 heures sur 24 heures ça sauve presqu'à 100 % des infarctus. Ça n'est pas facile de redéployer les hommes et les services, ça veut dire qu'on ferme les hôpitaux. C'est excellent de se servir de ce cas des urgences car les Français comprendront qu'il y a des endroits où il ne vaut mieux pas être polytraumatisé ou avoir une urgence médicale ou chirurgicale. Notre pays possède avec le SAMU et le Centre 15 une façon d'orienter et de traiter les patients immédiatement, qui est excellente. Il faut que les Français comprennent que bien sûr c'est facile, plus tendre, d'avoir sa famille à côté, de pouvoir la visiter. Mais pour être mieux traité, il faut pouvoir aller plus loin de temps en temps et l'accepter.
S. Paoli : L'autre élément de l'enquête concerne la dispersion des énergies…
B. Kouchner : Oui, car il y a environ 1 000 endroits en France où l'on traite les urgences. C'est trop ! On ne peut pas les équiper de façon satisfaisante ou alors on change le système de soins et de santé des Français et ces derniers paieraient plus. Il faudrait qu'on ait un jour ce débat en France. Or actuellement, on ne peut pas. Il y a eu 500 millions donnés pour l'organisation de l'urgence et cette année il y en a encore 240. Nous y faisons très attention. Mais il y a une pression des élus locaux, droite comme gauche, surtout avant les élections, qui est terrible pour qu'on ne ferme pas les hôpitaux. Je comprends très bien cela ; avoir un hôpital à soi est souvent le premier employeur de la ville ou parfois un employeur important. Il faut comprendre que c'est la santé publique qui compte d'abord. Les emplois nous les redéploierons. Il faut absolument pouvoir harmoniser, fermer des hôpitaux, des services et en tout cas, on le comprend mieux à travers l'urgence. On s'indigne beaucoup en France. Mais il faut savoir que nous avons besoin de plus de médecins dans les hôpitaux. Nous avons donc besoin de les mieux payer; nous avons besoin d'infirmières dans les hôpitaux, de les mieux payer aussi. Et qui donne l'argent ? Les Français. Donc il faut qu'on réfléchisse avec eux pour savoir qu'on ne peut pas tout faire, qu'il y a des choix nécessaires. Je suis heureux que cette liste des urgences paraisse dans « 50 millions de consommateurs » avec encore une fois des erreurs. Il y a par exemple un hôpital fermé depuis trois ans et dans lequel on nous invite à nous rendre car il est performant. Attention ! Il est important qu'on y réfléchisse, qu'il y ait débat national sur notre système de soins et surtout des urgences. On a fait des efforts énormes, les astreintes et les gardes des anesthésistes seront mieux payées dans quelques jours mais ça ne suffira pas.