Texte intégral
J. Glavany : Le parti d'Épinay s'est effondré hier soir ?
E. Cachart : Pardonnez-moi de trancher avec l'ambiance générale de tous ces commentaires, mais je n'ai rien senti s'effondrer hier. J'ai senti un acte fort, grave, sérieux, un acte de refondation, et pas comme un acte d'une fin d'un appareil politique.
J. Glavany : P. Quilès parle de putsch, P. Mauroy refuse de s'associer, J.-P. Chevènement a claqué la porte…
E. Cachart : Reprenons les choses tranquillement. On dit que les débats n'ont été qu'injures. Je peux vous dire, puisque j'y étais, que j'ai assisté à tout sauf à cela. Des débats d'une grande tenue, avec des interventions d'une grande dignité, notamment celle de L. Jospin, qui a fait un discours auquel je veux rendre hommage, et il s'est passé un acte de démocratie pure et parfaite. Dans la mesure où le Premier secrétaire a dit qu'il ne comptait pas démissionner, mais si on me lui demandait, il préférait que la question soit posée et qu'on passe au vote. Au long de la journée, des intervenants ont pensé qu'après une telle défaite, il fallait une démission collective de la direction du PS. Nous avons voté, ce vote a décidé cette démission par 60 voix contre 49. Parler de putsch quand on parle de vote. Il faut que P. Quilès se garde de mots excessifs, je pensais qu'il avait appris que l'excès de mots à Valence avait causé beaucoup de torts, et qu'il ne faut pas recommencer avec ces jeux.
J. Glavany : Vous n'avez pas trahi L. Fabius ?
E. Cachart : Je n'ai trahi personne, j'ai pris mes responsabilités, en militant, en responsable politique, en votant. Je n'étais pas le seul. On ne peut pas dire quand on gagne un vote que c'est la démocratie, et quand on perd que c'est un putsch. Il faut arrêter ce genre de commentaires, la vie politique dans les organisations de droite ou de gauche, a besoin de fair-play.
J. Glavany : La direction provisoire peut-elle recimenter le PS ? J. Delors pourrait-il remettre de l'ordre dans la maison ?
E. Cachart : Ce qui se pose à nous, c'est de monter des états généraux du PS, qui posent les vrais problèmes de la gauche: pourquoi avons-nous échoué, quel bilan critique faisons-nous de notre expérience au pouvoir, quelle est notre identité de socialiste en 1993, quel projet proposons-nous aux Français, quelle stratégie pour ce projet… Voilà des questions importantes.
J. Glavany : Fallait-il que L. Fabius démissionne ?
E. Cachart : Il fallait faire un acte fondateur d'une nouvelle identité. Ce qui compte, c'est le fond, le discours politique, pas le nom du parti. Nous allons faire ce débat de fond. Les présidentielles viennent après. J. Delors peut être candidat, comme M. Rocard peut en être un autre, mais nous n'avons pas fait ce choix hier soir, et je dois reconnaître que M. Rocard a eu beaucoup de courage et de dignité à dire qu'il n'était plus légitime à être le candidat, qu'il avait à reconquérir cette légitimité. Il pourra le faire, comme d'autres, et ce n'est pas le problème aujourd'hui.