Texte intégral
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais d'abord vous remercier de votre patience. Il est vrai que nous vous avons fait attendre ; nous avons eu, M. Kinkel et moi-même, une journée bien chargée.
Je voudrais vous remercier, monsieur le ministre, de votre accueil ici, et surtout me réjouir du contact extraordinairement chaleureux et amical que nous avons pu avoir aujourd'hui.
Je sais que, par tempérament, vous attachez beaucoup d'importance aux relations personnelles et je peux vous dire que je veillerai à ce que ces relations puissent se renforcer. J'ai particulièrement apprécié la liberté de ton avec laquelle nous avons pu nous entretenir à Luxembourg, dans l'avion d'abord, dans la voiture après. Je veux dire que nous n'avons pas perdu de temps.
Je ne vous surprendrai pas en disant que, disant que, si j'ai choisi Bonn pour mon premier déplacement à l'étranger, cela n'est pas tout à fait par hasard. C'est évidemment un symbole, et c'est l'affirmation d'une volonté politique qui est bien naturelle pour quelqu'un dont la philosophie politique se rattache au gaullisme, c'est-à-dire à un mouvement de pensée, à une tradition politique qui fait, de l'entente entre la France et l'Allemagne, la pierre angulaire de la construction européenne et de son progrès.
Cette amitié franco-allemande est suffisamment ancienne et profonde pour ne pas être affectée par les péripéties politiques. Mais le seul effet que le changement de gouvernement qui vient de se produire en France pourrait avoir dans les relations serait de les renforcer et d'en faire plus que jamais le moteur de ce qui nous apparaît aujourd'hui comme une de nos priorités, c'est-à-dire le nouvel élan à donner à la construction communautaire.
M. Kinkel m'a incité à prendre plus de temps qu'il ne l'a fait lui-même dans son intervention très brève, j'essayerai de ne pas abuser. Je me bornerai à souligner ce que me paraissent être les trois grandes priorités de mon action.
Première priorité redonner à la croissance européenne un nouvel élan, car le drame auquel nous sommes les uns et les autres confrontés, c'est d'abord et avant tout le drame du chômage.
Pour redonner à la croissance européenne ce nouvel élan, bien des conditions seront à remplir. Je voudrais en souligner seulement une ce soir : c'est la nécessaire coordination monétaire entre la France et l'Allemagne. Le nouveau gouvernement est bien entendu tout à fait déterminé à maintenir la stabilité de la monnaie, la stabilité des prix. Vous avez observé que dans le programme de travail que notre Premier ministre a tracé à son gouvernement figurait en bonne place la réforme du statut de la Banque de France, de manière de donner à notre institut d'émission tous les moyens d'assurer cette stabilité de la monnaie sans laquelle il n'y a pas de croissance équilibrée.
Deuxième objectif, je l'invoquais en commençant donner à la construction européenne un nouvel élan, ce qui signifie dans mon esprit deux choses d'abord appliquer Maastricht, dont nous souhaitons la ratification aussi rapide que possible par l'ensemble des États membres de la Communauté, et ensuite réfléchir ensemble – c'est un sujet que nous avons rapidement évoqué avec M. Kinkel – aux développements ultérieurs de la construction communautaire qui doit envisager une évolution dans bien des domaines, à la lumière des négociations d'élargissement qui sont actuellement en cours et de la nécessaire démocratisation de son fonctionnement et de ses institutions.
Enfin, troisième objectif, et je m'arrêterai là : renforcer notre coopération politique afin d'augmenter, en Europe plus particulièrement, les chances de la paix et de ce point de vue j'ai été très heureux que nous ayons pu trouver aujourd'hui à Luxembourg un accord très constructif et très solide entre nous. D'abord, bien sûr, pour approuver le plan qui a été mis au point par l'Union de l'Europe occidentale afin d'aider les pays riverains du Danube à contrôler l'efficacité de l'embargo et ensuite dans la déclaration que nous avons publié ce soir et qui affirme la volonté de nos pays, de l'ensemble des États membres de la Communauté, de voir toutes les pressions nécessaires faites sur les parties concernées pour que le plan de paix Vance-Owen puisse être signé le plus vite possible. Simultanément nous nous sommes mis d'accord bien entendu pour demander une décision sans délai, aussi rapide que possible, sur le renforcement des sanctions de manière à continuer d'avancer dans ce processus de paix.
Il n'est pas exclu que, dans les prochaines semaines, nous ayons quelques discussions sur des sujets moins consensuels et je pense en particulier à la politique commerciale et au GATT que nous avons également rapidement évoqué aujourd'hui. Je suis persuadé que grâce à une relation personnelle forte, grâce à une concertation permanente, nous trouverons au cours des prochaines semaines et des prochains mois, un terrain d'accord qui permette de prendre en considération les contraintes spécifiques du gouvernement français tout en maintenant entre nous une compréhension et une action commune aussi forte et aussi amicale que possible.