Article de M. Nicolas Sarkozy, secrétaire général adjoint du RPR, dans "Le Figaro Magazine" du 2 janvier 1993, sur les priorités du gouvernement de l'alternance dans les domaines de l'emploi, de la fiscalité et de l'immigration, intitulé "Les réponses aux attentes des Français".

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Média : Le Figaro Magazine

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Quelles devraient être les priorités d'un gouvernement d'alternance en mars prochain ? À cette question, posée par la Sofres dans notre numéro du 19 décembre, les Français ont placé en tête la lutte contre le chômage (87 %), la baisse des impôts (45 %) et le départ d'un grand nombre d'immigrés dans leur pays (34 %). Voici ce que leur répondent les responsables du RPR, de l'UDF et du Front national.

"Contre le chômage, nous imaginerons de nouvelles formes d'emploi"

Par Nicolas Sarkozy, secrétaire général adjoint de RPR

Dans moins de cent jours, les Français vont être appelés à se prononcer sur le bilan de l'actuel gouvernement. Ils devraient, selon toute vraisemblance, désigner une nouvelle majorité.

L'opposition ne peut se satisfaire, pour sa part, du rejet par l'opinion du socialisme; aussi net et catégorique qu'il soit, ce rejet ne peut tenir lieu de projet d'alternance pour la France.

L'actuelle opposition doit profiter de la campagne électorale qui va s'ouvrir dans la perspective des prochaines élections législatives pour définir d'autres ambitions pour notre pays. Pour expliquer en toute clarté sa différence. Pour montrer qu'il n'y a pas de fatalité de l'échec.

Je sais qu'il règne aujourd'hui un profond scepticisme autour de l'idée de réforme. Nos compatriotes ont été trop souvent abusés par des promesses sans lendemain. Face aux grands défis du monde contemporain, il n'y aurait aucune solution nouvelle à proposer, aucune perspective de sursaut à offrir. La France serait condamnée à la fatalité du chômage, de l'insécurité, de l'asphyxie des campagnes, aux développements des injustices. Elle n'aurait d'autre alternative que de voir son influence et son rayonnement se réduire dans le monde.

Je ne partage en rien cette vision résignée de l'avenir. D'abord parce qu'elle est particulièrement dangereuse pour notre démocratie : en vidant le débat politique de son sens, elle démobilise les Français et anesthésie la France. Ensuite, parce que j'ai la conviction qu'il est possible de retrouver des marges de manœuvre, à la condition de faire preuve d'un minimum de volonté, d'un peu d'audace et de beaucoup d'imagination. Ce n'est pas l'esprit de réforme qui est usé ou irréaliste. C'est le socialisme qui est à bout de souffle.

Premier exemple : la lutte pour l'emploi

Pourquoi ? Tout simplement parce que le chômage est le principal facteur d'exclusion dans notre société. Dix ans de gestion socialiste se sont traduits par le doublement du nombre de personnes privées d'emploi. Le chômage frappe aujourd'hui un jeune sur cinq, dure en moyenne plus d'un an et coûte plus de 400 milliards de francs à la collectivité. Mais, au-delà de ce coût économique et financier, le chômage est avant tout une réalité humaine faite de souffrance, de découragement, souvent de drames. C'est l'angoisse qui pèse sur tous ceux, de plus en plus nombreux, qui se sentent menacés par l'inquiétante progression des licenciements, le développement du chômage de longue durée et les risques de marginalisation qu'il comporte. Le chômage, c'est le retour de la pauvreté dans notre pays, ce sont des millions d'hommes et de femmes, atteints dans leur dignité et leur niveau de vie. Triste bilan pour ceux qui prétendaient, il y a peu de temps encore, détenir le monopole du cœur et changer la vie.

Comment ? La lutte contre le chômage constitue un impératif catégorique, une exigence absolue, au nom de la cohésion même de notre société. Elle appelle des réponses qui ne soient pas de simples artifices statistiques, mais qui s'attaquent aux véritables racines du mal.

Une nouvelle politique fiscale qui se donne pour but de réduire les charges qui pèsent sur nos entreprises, les pénalisent dans la compétition internationale et font obstacle à la création d'emplois. C'est dans cet esprit qu'est proposé le transfert progressif de la charge des 150 milliards de francs de cotisations familiales, actuellement supportée par les employeurs, au budget de l'État.

Une vraie révolution dans le système de formation l'opposition est résolue à s'attaquer aux structures centralisées de l'éducation nationale, à réhabiliter l'enseignement technique et professionnel, à redonner tout son sens à la politique de l'apprentissage et à encourager par de puissantes incitations les formations en alternance.

Des initiatives sectorielles, de nature à soutenir la reprise de l'activité économique sans compromettre l'équilibre de nos comptes extérieurs. Ainsi, des mesures fiscales seront prévues dans le premier collectif budgétaire de la nouvelle majorité en faveur du secteur du bâtiment. L'objectif est de porter de 260 000, chiffre actuel, à 350 000 le nombre de mises en chantier de logements par an. Non seulement pour mieux répondre aux besoins des Français en matière de logement, mais aussi pour créer près de 150 000 emplois.

La recherche d'une plus grande flexibilité : l'heure est venue d'imaginer de nouvelles formes d'emploi, plus souples et plus adaptées aux attentes des entreprises et des salariés. L'aménagement des conditions de travail doit être remis à l'ordre du jour pour favoriser, par exemple, le temps partiel. Les emplois de proximité, comme les services à la personne, doivent être encouragés par des dispositions adaptées : il faut aligner le statut fiscal du chef de famille sur celui du chef d'entreprise et lui reconnaître le droit de déduire les salaires et charges sociales qu'il supporte à raison des salariés qu'il emploie à domicile. Ce sont des dizaines de milliers d'emplois qui pourraient être créés en même temps que le travail au noir serait efficacement combattu.

Deuxième exemple : la réduction des impôts

Pourquoi ? Les Français supportent des prélèvements obligatoires, impôts et cotisations sociales confondus, qui représentent 44 % de la richesse nationale, contre 38 % en Allemagne. Soit une différence de 400 milliards de francs, nettement supérieure au produit de l'impôt sur le revenu. Peut-on dire pour autant que les personnes âgées dépendantes soient moins bien traitées outre-Rhin, que nos autoroutes soient mieux équipées et davantage entretenues ? À l'évidence, non.

Le résultat de cette frénésie fiscale est là : la croissance est en panne, la création d'entreprises est en chute libre, l'investissement est en libre, l'investissement est en baisse, le pouvoir d'achat stagne, l'esprit d'initiative est systématiquement découragé. La France est engagée dans un engrenage particulièrement dangereux. Il faut en sortir.

Comment ? Il faut tout d'abord retrouver de nouvelles marges de manœuvre. En recentrant l'État sur ses missions essentielles : la sécurité, l'aménagement du territoire, la justice, l'éducation, la solidarité envers les plus démunis. En réalisant des économies sur le train de vie des administrations : il s'agit, non de réhabiliter la dépense publique comme l'ont fait MM. Rocard et Bérégovoy, mais de rechercher un meilleur niveau de performance dans le secteur public et de réduire, chaque fois que c'est possible, les effectifs de fonctionnaires. En dépensant mieux, l'État pourra prélever moins. Les allègements d'impôts devront bénéficier tant aux particuliers qu'aux entreprises. L'impôt sur le revenu devra être réformé, avec le souci d'instituer un prélèvement à base élargie, à taux modérés, à progressivité faible, assorti de possibilités nouvelles de déductions (CSG, épargne-retraite).

La tranche marginale à 56,8 % devra être ramenée à 50 %.

Des incitations fiscales permettront de renforcer les fonds propres des entreprises et d'encourager l'investissement dans un certain nombre de secteurs clés : filières agroalimentaire et du bâtiment, par exemple.

Réduire le taux des impôts ne veut pas forcément dire diminuer les recettes de l'État. Les diminutions de la fiscalité portent en elles la dynamique de la croissance et donc de la reprise des recettes fiscales. Ce sont les hauts taux qui tuent les totaux !

Troisième exemple : la maîtrise de l'immigration

Pourquoi ? L'immigration s'exprime dans quelques chiffres simples : plus de 100 000 étrangers en situation régulière pénètrent en France chaque année, dont 60 000 au titre du regroupement familial. Le nombre des clandestins est à peu près équivalent, alors même que les demandes d'asile politique, trop souvent frauduleuses, restent pour leur part à des niveaux élevés. Face à ces phénomènes migratoires, la France, terre des droits de l'homme, doit être sans complexes ni faiblesse : s'il n'est pas question de rejeter la population immigrée régulièrement installée en France, il est capital de suspendre l'immigration nouvelle qui, dans une période de chômage sans précédent, ne peut trouver des conditions favorables à son insertion. C'est l'identité et l'équilibre de la société française dans son ensemble qui sont en cause. L'enjeu est décisif : préserver notre modèle de vie et de civilisation.

Comment ? Grâce à une politique de l'immigration comportant deux volets.

Un volet répressif, tout d'abord, pour lutter contre l'arrivée des clandestins : il convient de restaurer le dispositif de contrôle d'identité en vigueur entre 1986 et 1988, de définir plus strictement les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France et de redonner aux décisions de reconduite à la frontière et d'expulsion toute leur portée. Les lois de la République doivent être strictement respectées et les détournements manifestes de dérouler sur son territoire une manifestation de milliers d'immigrés clandestins sans que le gouvernement réagisse ! Peut-on mieux illustrer le laxisme qui nous sert de politique ?

Un volet "insertion", ensuite. Une politique rigoureuse d'intégration des jeunes Français issus de l'immigration doit être engagée, tout particulièrement grâce à l'école et à la formation professionnelle. La nationalité française doit s'acquérir au prix d'une démarche volontaire, comme l'avaient suggéré en 1987 les membres de la commission Long ; on devient encore trop souvent Français par hasard, par le jeu de procédures automatiques. Le regroupement familial devra obéir à des règles plus strictes, en particulier être subordonné à une obligation de présence prolongée sur le territoire national : pas de regroupement familial pour les visas de moins de dix ans. Pour ceux qui ne pourraient s'insérer, des solutions nouvelles devront être expérimentées : ainsi, les négociations avec les pays d'origine, notamment du Sud, permettront d'encourager financièrement le retour vers les territoires d'émigration.

La recherche du consensus à tout prix qui, depuis 1988, a enfermé la France dans l'immobilisme ne peut tenir lieu de projet politique. Les différences d'analyses et de propositions qui séparent l'opposition actuelle et le gouvernement socialiste en place sont bien réelles. Elles créent les conditions d'une véritable alternance.

La campagne électorale qui s'ouvre va permettre de relancer le débat d'idées dans notre pays. De réinventer une France plus performante, plus généreuse et davantage écoutée dans le monde. De donner aux Français de nouvelles raisons d'espérer.