Interviews de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la jeunesse et des sports, à RTL les 31 mars et 3 avril 1993 et France-Inter le 20 avril, sur son entrée au nouveau gouvernement, sur la réouverture du stade de Furiani (Corse) et les orientations de la politique sportive.

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Média : RTL - France Inter

Texte intégral

RTL : 31 mars 1993

J.-M. Lefèvre : Comment s'est passée votre première journée ?

M. Alliot-Marie : Une journée qui a vu les choses s'accélérer. Un jogging, puis la passation de pouvoir à 17 heures.

J.-M. Lefèvre : Et la journée avec E. Balladur ?

M. Alliot-Marie : Qui connaît E. Balladur sait que c'est un homme qui est quelqu'un de très déterminé sous sa courtoisie et sa réserve.

J.-M. Lefèvre : Comment qualifieriez-vous le gouvernement ?

M. Alliot-Marie : C'est un gouvernement fait pour travailler.

J.-M. Lefèvre : Et le fait qu'il n'y ait que trois femmes ?

M. Alliot-Marie : Il y a toujours un regret. Les dosages entre les compétences, les répartitions entre les partis a conduit à ce que les femmes ne soient pas très nombreuses. Il est vrai aussi qu'elles ne sont pas très nombreuses à l'Assemblée.

J.-M. Lefèvre : Qu'aimez-vous comme sport ?

M. Alliot-Marie : Le rugby, la voile, l'équitation, le patinage.

J.-M. Lefèvre : Quels sont vos objectifs ?

M. Alliot-Marie : Je voudrais avoir une politique de dialogue avec l'ensemble des Français qui pratiquent un sport et avec les jeunes. Je voudrais en faire un ministère de la réussite. Le sport est aussi une façon de gagner.

J.-M. Lefèvre : Vous voulez développer le côté prévention.

M. Alliot-Marie : Oui. Je me suis occupée de la prévention contre la toxicomanie. Je suis très soucieuse de ces jeunes qui deviennent moroses et baissent les bras devant la vie. À travers le sport, je voudrais leur redonner le goût de se battre avec une ouverture sur l'Europe.

J.-M. Lefèvre : Le sport français ne va pas si mal que cela ?

M. Alliot-Marie : La France gagne. Il faut que cela continue.

J.-M. Lefèvre : Le budget va-t-il continuer d'augmenter ?

M. Alliot-Marie : Je vais me battre pour subir le moins possible ces restrictions qui devront être imposées à l'ensemble des ministères et des Français.

J.-M. Lefèvre : Où en est le Grand Stade ?

M. Alliot-Marie : J'ai commencé à récupérer les dossiers à 17 heures. Je les regarderai et on en parlera par la suite.

J.-M. Lefèvre : N'êtes-vous pas inquiète par l'avenir des relations entre J. Chirac et E. Balladur ?

M. Alliot-Marie : Il faudrait ne pas connaître les deux hommes pour imaginer qu'il puisse y avoir des oppositions. Que leurs voix soient différentes me paraît normal. Chirac est sur une trajectoire qui doit le conduire à l'Élysée. Balladur a toujours dit qu'il n'était pas candidat à ce poste, leurs manières d'agir seront différentes, ce qui est une garantie de leur entente.

J.-M. Lefèvre : Un RPR accédera-t-il au perchoir ?

M. Alliot-Marie : C'est un problème qui se réglera au sein de la majorité sans difficulté majeure. Je constate qu'il y a un gouvernement très équilibré avec un certain avantage à l'UDF.


RTL : 3 avril 1993

J.-M. Lefèvre : Fallait-il rouvrir le stade ? 

M. Alliot-Marie : Je pense pour ma part que Bastia est un grand club, un club ancien qui ne saurait se passer de stade. Maintenant, fallait-il le faire ? Ce sont les responsables locaux qui peuvent le mieux en juger. Ce qu'il faut noter, c'est qu'il ne s'agit en rien d'oublier. Nous n'oublierons jamais la vision d'horreur que nous avons eue à-travers la télévision et à travers les journaux. Bien entendu, les familles n'oublieront pas non plus.

J.-M. Lefèvre : L'État n'oubliera pas non plus ses responsabilités ?

M. Alliot-Marie : Non, absolument. Il y a trois choses : il ne s'agit pas d'oublier, nous n'oublierons pas. Il faut également voir dans cette réouverture aujourd'hui, un certain message d'espérance et de vie. Même si rien n'est oublié ni par les familles, ni par ceux qui souffrent encore aujourd'hui, la vie doit aussi reprendre. Et puis, je crois qu'il faut à la fois pour les responsables sportifs et les responsables de l'État tirer les leçons de ce qui s'est passé. Ne pas l'oublier de façon à ce que ça ne se reproduise jamais.

J.-M. Lefèvre : L'État est-il prêt à faire un effort pour le nouveau stade de Bastia ?

M. Alliot-Marie : Nous n'avons pas été saisi encore des dossiers. C'est aux collectivités locales de finir leurs études et de nous les transmettre. Pour l'instant, l'État s'est préoccupé des règles de sécurité. Je vous disais qu'il fallait tirer les leçons de ce qui s'est passé : ce que je constate, à l'époque, c'est que les règles de sécurité existantes n'ont pas été respectées. Il faut un renforcement de ces règles, et d'ailleurs, les décrets d'application de la loi du 13 juillet 92 viennent seulement d'être publiés. Je le regrette, il aurait fallu aller plus vite. Je dirais que le renforcement de ces règles ne sert à rien s'il n'est pas suivi d'effets. Il est indispensable de la part de l'État à rester très stricte et très vigilant sur les conditions de sécurité dans les stades.

J.-M. Lefèvre : Bastia est dépourvu de structures sportives. Il faut une politique de rattrapage rapide ?

M. Alliot-Marie : Il est indispensable effectivement que l'État joue son rôle et tienne sa part. Il ne s'agit pas, pour moi, de vouloir me substituer à des autorités, mais de faire en sorte que l'État tienne effectivement son rôle. Je souhaite, pour ma part, avoir une politique qui sera d'abord une politique de dialogue avec les responsables sur le terrain, et une politique de partenariat. De ce point de vue, je puis vous assurer effectivement que les décisions que je prendrai iront dans ce sens, c'est-à-dire l'État assumant ses responsabilités, que ce soit à Bastia ou dans le reste de notre territoire.

J.-M. Lefèvre : Il faut pouvoir aller au stade sans danger ?

M. Alliot-Marie : Absolument, c'est important. Il faut donc qu'il y ait des règles de sécurité qui soient justes et respectées. Il faut aussi mettre fin à certains errements qui, par le passé, ont pu conduire à ça, par exemple, l'existence de doubles billetteries. Je dirais aussi qu'il faut mettre fin aux tergiversations et aux lenteurs. Une bonne administration, c'est une administration qui réfléchit, certes, mais une administration rapide.


France Inter : 20 avril 1993

A. Ardisson : Avez-vous l'intention de favoriser des sports comme le basket ou le hand-ball, des sports dits minoritaires ?

M. Alliot-Marie : Il faut les favoriser. Je suis très soucieuse d'aider à une meilleure connaissance de ces sports. Mais ce n'est pas simplement une question d'argent. Bien entendu, l'argent compte, il y a une façon d'ailleurs de mieux utiliser l'argent. Il ne s'agit pas de désengager l'État dans des opérations comme celles-ci, mais souvent nous avons manqué d'une bonne coordination entre tous ceux qui font d'énormes efforts. Ces sports que vous dites secondaires, mais qui pour moi ne le sont pas, sont souvent pratiqués dans des petits clubs. Et s'il y a une politique à faire, c'est certainement celle d'aider les petits clubs et notamment ceux en milieu rural. Mais, il faut certainement que l'État apporte quelque chose mais aussi qu'il coordonne mieux son action avec tous ceux qui interviennent, les fédérations, et des sponsors privés. Je trouve dommage qu'il n'y ait pas une sorte de solidarité, de grande action du mouvement sportif pour essayer de mieux se faire connaître et avoir des actions plus efficaces et plus importantes.

A. Ardisson : En matière de sport, il y a une politique de gauche et une de droite ?

M. Alliot-Marie : En matière de sport, il y a une bonne politique et des politiques qui le sont moins. Ce que je souhaite c'est faire une politique de dialogue avec les différents responsables, c'est-à-dire les fédérations et les élus locaux, avec les bénévoles également dont on ne parle pas suffisamment. Or en France, les bénévoles jouent un rôle considérable qu'il faut mieux reconnaître. Il faut travailler également avec les partenaires privés qui ne sont pas que des grands dont on parle toujours, mais des petites entreprises locales qui permettent à de petits clubs d'exister.

A. Ardisson : Vive le parrainage alors ?

M. Alliot-Marie : Bien entendu !

A. Ardisson : Quelle politique de la jeunesse comptez-vous mener ?

M. Alliot-Marie : Il y a une politique qui relève de mon ministère. Pour cela, il faut introduire un peu plus de sérieux dans la façon de la mener. Il faut faire des choses sérieusement avec ceux qui sont sur le terrain. Le ministère est là pour les soutenir.

A. Ardisson : Cela s'inscrit dans la politique de la ville.

M. Alliot-Marie : Il faut aussi agir pour les jeunes en milieu rural. Si l'on veut éviter la désertification des campagnes, il faut encourager les jeunes. Je servirai de poil à gratter vis-à-vis de mes collègues de la ville et de l'éducation.

A. Ardisson : Ne risquez-vous pas de pâtir de la cure d'amaigrissement que l'État va devoir faire ?

M. Alliot-Marie : Dans un pays où il y a quasiment 4 millions de chômeurs, il y a des priorités. Aujourd'hui, il s'agit de s'en occuper. Par ailleurs, il est évident que mon rôle est de défendre mon budget. Avec l'argent que nous avons, nous pouvons mieux l'utiliser. Il faut veiller à son utilisation. Des crédits ont été attribués à des opérations dont je n'arrive toujours pas à savoir à quoi ils ont servi. À partir de là, en agissant de façon concertée, nous pourrons faire du travail plus sérieux, plus efficace et plus utile.