Texte intégral
Après le referendum
Les Français ont approuvé le 20 septembre dernier le Traité de Maastricht. Les avocats du "non" au referendum ont considéré avec une commisération teintée de satisfaction la faible majorité obtenue par le "oui". Ils auraient sans nul doute considéré comme un triomphe de l'emporter par une infime majorité de non ! Ce qui importe, c'est le résultat. Il est incontestable. Après un débat national souvent passionné, en dépit de la mobilisation des moyens réalisée par les adversaires du Traité, malgré l'influence sur le vote des agriculteurs de la réforme de la PAC, malgré la conjoncture économique et sociale peu favorable, malgré une crise monétaire soudaine dans les jours qui ont précédé le referendum, les Français n'ont considéré que l'essentiel : l'acceptation ou le refus de l'Union européenne. Ils ont clairement choisi. Ils ont montré du même coup combien il était utile de recourir au referendum !
La campagne terminée, nous voici ramenés aux réalités du moment.
Dans la Communauté, il s'agit de poursuivre la ratification du Traité de Maastricht, de consolider le Système monétaire européen, qui continue à fonctionner même si la livre Sterling et la lire ont dû s'en retirer provisoirement, de mettre en place le Marché Unique à compter du 1er janvier prochain, de préparer la mise en œuvre progressive des dispositions du Traité d'Union européenne telles qu'elles ont été arrêtées par les 12 pays membres. Il serait sage d'éviter les novations précipitées qui détourneraient de l'objectif commun certains pays membres. Il est question de déterminer avec une plus grande précision les responsabilités des institutions communautaires et des États membres et de remédier au "déficit démocratique" dont souffrirait la Communauté. Excellent programme, à condition de ne pas affaiblir les mécanismes et les procédures, qui permettent à la Communauté de bénéficier d'une plus grande efficacité que les autres organisations internationales et de maintenir le dialogue constant des gouvernements nationaux et des institutions communautaires, qui fait l'originalité de la Communauté. C'est une affaire de pratique plus que de texte !
La France a accepté l'Union européenne : Tout maintenant commence ! Elle ne pourra en effet remplir ses obligations et exercer une influence au sein de l'Union que si se poursuit sans relâche l'effort d'adaptation qu'elle a déjà entrepris.
Il est regrettable que certains milieux économiques et politiques aient saisi l'occasion des controverses électorales récentes pour préconiser l'abandon de la politique du franc fort, le retour à une certaine inflation, l'adoption d'une politique de relance destinée à accélérer la croissance et réduire le chômage. N'ont-ils rien appris au cours de ces dernières années ? Ne constatent-ils pas que les pays qui ont cherché à maîtriser leurs problèmes par une "fuite en avant" fondée sur "l'autonomie" de leur politique économique et financière n'ont réussi en fin de compte qu'à les aggraver et ont été contraints d'accepter des cures d'austérité longues et douloureuses ! Ce n'est pas le moment de jeter par-dessus bord les disciplines que la France observe désormais en matière de monnaie et de change, de budget, d'évolution des rémunérations. À la veille d'élections législatives, la plus grande circonspection s'impose en matière de programmes et de promesses. Une correction de trajectoire budgétaire – réduction du déficit et de l'endettement s'imposera dès que l'amélioration de la conjoncture aura provoqué une augmentation des recettes fiscales : celles-ci ne devront pas servir à accroître inconsidérément les dépenses publiques comme ce fut malheureusement le cas entre 1988 et 1990. Il est par ailleurs nécessaire de combler le déficit préoccupant des régimes sociaux, c'est-à-dire de prévoir une réduction des dépenses et/ou une augmentation des charges perspectives peu réjouissantes ! Les privatisations – à condition que le marché financier permette de les réaliser – ne seront pas la panacée financière qui permettra de satisfaire les revendications multiples montant des diverses catégories socio-professionnelles. Désinflation, stabilité du franc, maîtrise des dépenses publiques et sociales, accroissement de l'épargne et de l'investissement, telles sont les exigences auxquelles sans tarder la France devra satisfaire.
Il faut que les Français en soient avertis ! Le débat national sur le Traité de Maastricht a permis de déterminer l'objectif que le pays se propose pour l'avenir. Un nouveau débat doit s'ouvrir sur les conditions nécessaires à la réalisation de cet objectif. Dans l'un comme dans l'autre, il n'y a aucune raison de ne pas faire confiance au réalisme, à la sagesse et au jugement du peuple français.