Communiqué CFTC du 31 août 1992 et déclaration de M. Alain Deleu, secrétaire général de la CFTC, le 16 septembre, publiés le 21 dans "La Lettre confédérale CFTC", et article de M. Guy Drilleaud, président, dans "CFTC La Vie à défendre" d'octobre 1992 intitulé "Adidas et les autres", sur les licenciements économiques et l'action contre le chômage.

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Média : La Lettre confédérale CFTC

Texte intégral

La Lettre confédérale CFTC

Considérant que le licenciement économique des 499 salariés alsaciens d'Adidas Sarragan France était abusif et sans cause réelle et sérieuse, l'Union départementale CFTC du Bas-Rhin a, sur la base du rapport de l'expert-comptable du Comité Central d'Entreprise, décidé de porter l'affaire devant le Conseil de Prud'hommes. Pour préparer les dossiers individuels, la CFTC a organisé le 16 septembre une réunion, le jour où une grande partie du personnel recevait sa lettre de licenciement. Plus de 200 ex-salariés d'Adidas Sarragan France étaient au rendez-vous. François Klein, Jean-Claude Kraemer et Jean-Georges Stoerck, conseillers prud'homaux, leur ont expliqué les raisons de cette nouvelle action de la CFTC : contester le motif économique invoqué par la direction d'Adidas Sarragan France et obtenir des indemnités supplémentaires pour les salariés involontairement privés d'emploi, la réintégration n'étant pas possible. Plus de 250 demandes nous sont parvenues à ce jour.


La Lettre confédérale CFTC : 21 septembre 1992
Alain Deleu

Le cas de l'entreprise Adidas est exemplaire des conditions par lesquelles la France s'offrira bientôt 3 000 000 de chômeurs. Si on licencie les salariés, ce n'est pas parce qu'on ne peut plus les payer, c'est parce qu'on préfère dépenser l'argent autrement. Les militants CFTC d'Alsace ont le bon réflexe en portant les 7 licenciements économiques devant le conseil de prud'hommes.

On peut toujours s'épuiser à chercher des solutions pour les chômeurs de longue durée. D'autres se chargent d'alimenter l'ANPE.

Nous avons longuement débattu de cette situation de l'emploi avec Madame Aubry. Nous savons très bien que l'objectif fixé avant l'été par le Premier ministre que les chômeurs de longue durée est inaccessible. C'est ainsi que l'on prépare des situations inextricables.

Nous demandons aux pouvoirs publics de faire leur travail à l'égard des chefs d'entreprises sans foi ni loi.

Nous n'attendons pas de miracles d'une conférence nationale pour l'emploi, mais nous en espérons une prise de conscience, un engagement commun, pour un changement de comportement.

On peut ne pas y croire.

On peut aussi ne rien faire.

Et attendre…


La Vie à Défendre : octobre 1992
Guy Drilleaud, président

La rentrée est déjà un peu derrière nous, avec ses cortèges de problèmes. Le chômage qui continue de croître malgré les plans successifs des gouvernements, la précarité qui s'installe et une partie de notre population marginalisée dans le revenu minimum d'insertion (RMI) où le mot insertion peut être malheureusement remplacé par isolement.

La France vit la fatalité du chômage, une société industrialisée comme la nôtre peut, encore longtemps sans doute, développer le traitement social du chômage, les hommes devenant de plus en plus spectateurs de la construction et de l'évolution économique de leur pays.

Ils sont les « laissés pour compte » d'une société qui rentabilise tout et refuse de voir en l'Homme autre chose qu'un instrument.

Combien d'années encore cette utilisation, cette manipulation va-t-elle s'exercer ? Certes, il ne faut pas généraliser, mais la méthode progresse.

Demain, quelle attitude auront ces « laissés pour compte » de plus en plus nombreux, ne pourraient-ils pas devenir source de danger et de déstabilisation, qui pourra éteindre le volcan ?

Comme chez Adidas, nombreux sont les salariés licenciés alors que la situation financière permettait de les conserver. Seulement, voilà, au nom de la stratégie, les aspects humains sont piétinés.

Nous avons encore à l'esprit, bien sûr, la situation catastrophique des pays de l'Est à la sortie du collectivisme, mais il ne faudrait pas qu'encourager par cela, le libéralisme pur et dur devienne la règle, sinon des causes différentes produiraient les mêmes effets.

C'est tout cela que nous avons voulu exprimer dans notre conférence de presse de rentrée : tous acteurs pour refuser le chômage.

Depuis plus d'un siècle, les syndicats CFTC se battent pour des entreprises, communautés de travail et de vie où les salariés seraient plus que de simples exécutants, mais des partenaires à part entière.

L'entreprise devant avoir une double finalité, économique mais aussi sociale, permettant aux salaries d'épanouir leur personnalité et de se reconnaître dans l'œuvre accomplie, la participation effective en tant que partenaire contribuant du même coup à l'efficacité de l'outil de travail.

L'entreprise Adidas en Alsace est en train de faire le contraire, elle licencie, alors que les comptes de l'entreprise prouvent la possibilité du maintien des effectifs, attitude d'ailleurs dénoncée par l'équipe CFTC qui appelle tous les salariés licenciés à contester les licenciements économiques devant le tribunal de Prud'hommes.

La méthode fait recette, combien d'entreprises se comportent comme Adidas aujourd'hui ?

C'est un fléau que nous devons dénoncer et combattre.